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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Jockey Club : à la recherche de l’amour perdu

Courses / 22.05.2019

Jockey Club : à la recherche de l’amour perdu

Par Mayeul Caire

Rome ne s’est pas faite en un jour. Et on ne change pas les idées reçues en un jour non plus. Le Prix du Jockey Club peut en témoigner.

D’une part, depuis quelques années, sa cote d’amour s’est lentement ternie auprès du grand public. Dans un contexte général de baisse de l’affluence sur les hippodromes, il a été vampirisé par le Prix de Diane – qui a monopolisé l’attention et les efforts de ceux qui décident de faire 50 kilomètres pour aller aux courses en juin à Chantilly. À l’heure actuelle, personne ne fait deux fois cet effort à trois semaines d’intervalle… Pour enrayer la spirale et casser les idées reçues, France Galop crée cette année une journée portes ouvertes le jour du Jockey Club et un espace privatif très qualitatif pour les sociopros. Double bonne idée.

D’autre part, le plus grand fabricant d’étalons du monde – Coolmore – a décidé une fois pour toutes que la course qui fait les étalons est le Derby d’Epsom. On ne peut pas lui en vouloir ; c’est aussi ce que pensait le géant Federico Tesio (« Le pur-sang existe parce que sa sélection

repose, non pas sur l’avis d’experts, de techniciens ou de zoologistes, mais sur un morceau de bois, le poteau d’arrivée du Derby d’Epsom. »).

Résultat, alors qu’Aidan O’Brien disait vouloir courir Sir Dragonnet à Chantilly, il a fait marche arrière hier, en confiant aux journalistes anglais que les “lads” (comme se surnomment eux-mêmes les boss de Coolmore) préfèreraient sans doute courir à Epsom. Aidan O’Brien risque donc – une fois encore ! – de nous envoyer ses seconds couteaux et de rester à 0 victoire dans le classique français.

Pour attirer les meilleurs chevaux d’Europe et casser les idées reçues, France Galop a réduit la distance de 300 mètres en 2005. La course est à présent clairement différente d’Epsom. Voilà qui aurait pu convaincre le jeune maître de Ballydoyle de répartir ses forces entre Chantilly et l’Angleterre… mais non !

Le nouveau format de courses a séduit, car il peut toucher un spectre de chevaux nettement plus large. Il fait en particulier la part belle aux milers rallongés, que les éleveurs commerciaux adorent. Et c’est ce qui fait que la réforme a plutôt porté ses fruits, même si on ne peut plus parler de “Derby” au sens strict du terme puisque le mile et demi n’a plus cours.

En lisant le palmarès des deux courses depuis 2005, on voit que le match des ratings tourne presque plus souvent à l’avantage des "anglais"*. Mais ce n’est pas forcément vrai au haras ensuite.

*Le premier nom est celui du vainqueur de Chantilly et le second nom celui d’Epsom. Entre parenthèses : le rating officiel obtenu en fin d’année par chaque cheval (source Fiah). En gras, les lauréats cantiliens ayant dominé leur homologue d’Epsom. En italiques, les années où il y eut match nul.

2005 : Shamardal (125) - Motivator (125)

2006 : Darsi (116) - Sir Percy (121)

2007 : Lawman (120) - Authorized (129)

2008 : Vision d'État (122) - New Approach (130)

2009 : Le Havre (120) - Sea the Stars (136)

2010 : Lope de Vega (124) - Workforce (128)

2011 : Reliable Man (122) - Pour Moi (122)

2012 : Saônois (117) - Camelot (124)

2013 : Intello (124) - Ruler of the World (122)

2014 : The Grey Gatsby (127) - Australia (127)

2015 : New Bay (122) - Golden Horn (130)

2016 : Almanzor (129) - Harzand (121)

2017 : Brametot (121) - Wings of Eagles (119)

2018 : Study of Man (115) - Masar (121)