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French Purebred Arabian

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LE MAGAZINE - Adi de Saint Lon ou la réussite marocaine de Michel Poydenot

29.05.2019

LE MAGAZINE - Adi de Saint Lon ou la réussite marocaine de Michel Poydenot

Meilleur cheval du Maroc cette année, toutes races confondues, Adi de Saint Lon ne cesse de progresser. Lauréat de sa quatrième Listed PA le 13 mai, il fait la fierté de son entourage, notamment de son éleveur, Michel Poydenot. Ce dernier est revenu sur l’histoire de ce cheval pas comme les autres.

Désormais âgé de 6ans, Adi de Saint Lon (Al Saoudi) enchaîne les succès au sein du royaume chérifien et n’a peut-être pas encore atteint son plein potentiel. Michel Poydenot explique : « C’est une chance étonnante. S’il avait pu courir en France, il aurait été mis de côté au bout de six mois. Alors que là-bas, et c’est le grand mérite de l’écurie de Zaki Semlali, ils ont su l’attendre. Ce cheval ne s’est révélé que tardivement, à l’âge de 5ans. D’ailleurs, son père, Al Saoudi (Nuits St Georges), n’a gagné qu’à 4ans, pas avant. Il a ensuite continué sa carrière – à partir de l’âge de 5ans – aux Émirats Arabes Unis. En France, à moins d’avoir une trésorerie sans fond, le marché est difficile si on ne produit pas d’emblée des chevaux de Groupe. Le Maroc représente donc une alternative intéressante. Dans ce pays, les produits d’Aqaba (Djel Bon), la mère d'Adi de Saint Lon, ont remporté pas moins de trente victoires. Il y a beaucoup de courses au Maroc, même si elles sont moins nombreuses pour les chevaux importés. Un cheval de valeur, sans être forcément un crack, peut y gagner sa vie. »

Un eldorado ? De fait, le développement des courses au Maroc s’avère une aubaine pour de petits éleveurs. « C’est une belle opportunité, et sans ce marché, je crois que j’arrêterais de faire saillir. En dehors des Marocains, je n’ai pas d’autres acheteurs. »  Une vraie chance donc, « car ils ont l’obligation de continuer à importer des chevaux. En effet, il ne manque qu’une chose au Maroc, ce sont les conditions d’élevage, avec les pâturages et les vallonnements que l’on trouve chez nous. C’est important pour élever des chevaux de course. Ils sont conscients de ce problème. En revanche, ils auront sous peu une génétique aussi bonne que la nôtre. Les éleveurs marocains peuvent acheter des saillies subventionnées à 75 %. C’est fantastique ! Il y a beaucoup d’argent dans les courses et ils construisent de magnifiques centres d’entraînement, comme à Bouznika mais aussi à Bouskoura. Ils font beaucoup d’efforts car c’est un pays de cheval et ils veulent conserver cela, à juste titre. »

Adi de Saint Lon évolue au sein de l’écurie de Zakaria Semlali, qui est son entraîneur mais aussi son propriétaire. « Le cheval est arrivé tardivement chez lui, au moins de janvier de ses 3ans. Il a couru en fin d’année, mais c’est à 4ans qu’il a décroché sa première victoire et désormais à 6ans qu’il est le meilleur. C’est un sujet qu’il a fallu attendre et son entourage marocain y croyait. Monsieur Semlali savait déjà, alors qu’il avait 4ans, que le cheval allait devenir bon. Les Marocains connaissent bien les chevaux. » Ses victoires en font aujourd’hui le meilleur élément du Maroc. « Il est vaillant et étonne son entourage par son énergie et son courage. »

Les débuts. Au sujet de l’histoire de son élevage, Michel Poydenot détaille : « Nous possédions du terrain à la campagne. Je n’y connaissais rien en élevage mais nous avions acheté deux pouliches de la souche de Madou (Norniz), c’est-à-dire celle de Saint Laurent (Baroud II), sans avoir conscience de la valeur de cette origine. Lors d’un concours d’élevage, Martial Boisseuil s’est approché de nous et nous a demandé ce que nous faisions. J’ai bafouillé trois phrases et il m’a suggéré de les croiser à des étalons de course avant d’ajouter : "Lorsque vous aurez des produits, appelez-moi, voici ma carte". C’est ainsi que nous avons commencé dans les années 1980. Cela nous a ouvert les yeux, car le seul sens de cette souche, c’était la performance en course. Avec la génération précédente, celle d’Annabelle d’Avril (Djouras Tu), nous avions produit Aladin la Nuit (Nuits St Georges), qui a gagné à Pompadour [pour l’entraînement d’Arnaud Chaillé-Chaillé et la casaque de Faiz Al Elweet, ndlr]. J’ai mis les pieds dans l’élevage sans trop savoir où j’allais. Mais depuis ces premiers pas, nous essayons de vraiment sélectionner dans l’objectif de produire des chevaux de course. Mais qui dit petite structure dit petits moyens et toutes les difficultés qui vont avec. De petits éleveurs comme nous, il y en a désormais très peu. »

Autza, la première à partir au Maroc. Basé dans les Landes – à Saint-Lon-les-Mines – l’élevage de Michel et Xavier Poydenot fonctionne avec des effectifs réduits : « Nous avons Aqaba, la mère d’Adi de Saint Lon. C’est une poulinière étonnante. Elle nous fait un produit chaque année. J’en attends un par Al Jakbar (Al Sakbe). J’ai un poulain par Assy (Amer) et une 2ans par Al Mamun Monlau (Munjiz) qui sera intéressante, je crois. Adi est son premier produit qui gagne à un tel niveau. » Parmi ces nombreux produits, tous vainqueurs, on peut citer : « Autza (Jaman) n’a pas gagné un sou à 3ans et 4ans. Nous étions dans un accord de location-vente avec son entraîneur et cela n’a pas toujours d’effets positifs. Quoi qu’il en soit, au moins de juin de ses 4ans, il ne voulait plus la faire courir. J’ai appelé monsieur Semlali qui courait après cette pouliche depuis quelques mois. Elle est donc partie là-bas, alors que je ne le connaissais qu’au téléphone. J’ai eu de la chance car nous allons désormais régulièrement au Maroc et nous avons une bonne relation avec cette écurie. Monsieur Semlali utilise très bien les chevaux et il les respecte. Autza est une très belle jument qui compte dix victoires. Elle a notamment fini deuxième de The President of the UAE Cup (L PA) en 2016. Son père, Jaman (Dormane), est un étalon peu utilisé. C’est pourtant un superbe papier français. Il n’a pas beaucoup couru, ayant une seule victoire, mais s’est ensuite blessé. » Cette jument a permis d’établir une relation de confiance avec Zakaria Semlali qui se perpétue aujourd’hui avec Adi de Saint Lon. Son éleveur confie : « C’est un cheval magnifique, qui progresse encore à 6ans. D’ailleurs, le commentateur local le surnomme "le sculptural Adi" ! »

Les éleveurs d’Azadi. Une chose saute aux yeux concernant les produits de l’élevage de Saint-Lon. Il s’agit de la prédominance du « sang français ou franco-tunisien. On essaie de garder cette ligne de conduite car dans l’avenir, il y aura beaucoup de produits issus d’Amer (Wafi) et de ses fils. Je fais peut-être erreur, notamment au niveau commercial, mais c’est le pari que nous faisons, à tort ou à raison. » Concernant le choix d’Al Saoudi, le père d'Adi de Saint Lon, il explique : « Martial Boisseuil nous a fait acheter Fatzica (Fatzour), la mère d’Al Saoudi et d’Azadi. Elle est restée chez nous cinq ou six ans avant d’être cédée à Hassan Mousli en 1999, alors que je partais travailler en Amérique du Sud. La jument était vide mais monsieur Mousli l’a amenée à Nuits St Georges (Dunixi). C’est ainsi qu’est née Al Saoudi en 2000. Cette jument a fait des gagnants de très haut niveau. Monsieur Mousli nous a toujours été reconnaissant de cet achat. » Accidenté lors de sa deuxième sortie, Azadi fut ce jour-là battu du minimum dans la Coupe d'Europe et des Émirats Arabes Uunis (Gr1 PA) par le très bon Djavius des Landes (Octavius). Désormais stationné au haras de Thouars, Azadi est devenu un étalon de premier plan. Non sans humour, son éleveur déclare : « Nous avons raté le coche en laissant partir Fatzica. Nous essayons donc de rattraper le coup en utilisant ses fils au haras Al Saoudi et Azadi (Darike). » La collaboration ne s’arrête pas là « puisque monsieur Mousli nous a donné une vieille jument, Nasma Al Chame (Kesberoy), qui est la propre sœur de Saklawi Jardane (Kesberoy), un bon cheval des années 2000. Elle a produit un Azadi et, par chance, cette année, elle est à nouveau pleine de ce même étalon. Nous avons ces deux poulinières ainsi qu’une fille d’Aqaba, Aida de Saint Lon (Azadi), qui est pleine pour la première fois cette année d’Handassa (Madjani). Même si la race évolue, beaucoup de pur-sang arabes sont tardifs. Ce fut le cas pour Adi de Saint Lon et Autza. Même chose avec Ayane (Parador), issue d’un étalon sous-utilisé. Elle a 4ans désormais et a déjà décroché deux victoires au Maroc. Elle n’est pas encore à son meilleur niveau. Cela va venir. J’en suis persuadé. Nous avons aussi élevé Alizé (Azadi), qui a gagné le Prix Étienne Camentron – devant le débutant Al Mourtajez (Dahess) ! – au Bouscat. Il a été acheté par Faisal Al Rahmani pour ensuite être exploité aux Émirats Arabes Unis. »

Pas encore à 100 %. Le 13 mai 2019, il faisait très chaud sur la piste de Khemisset, mais cela n’a pas empêché Adi de Saint Lon de conserver son titre dans le Prix Jawahir (L PA, 2.100m). Pour couronner le tout, il a réalisé le jumelé avec son compagnon de casaque et d’entraînement Djarabb des Forges (Sarrab). Une encolure seulement les sépare. L’entraîneur Zakaria Semlali a déclaré : « C’est une journée de canicule, donc oui, c’est très bien, d’autant qu’Adi n'apprécie pas trop la chaleur. Mais son jockey m’a dit qu’il en avait encore sous le pied, et puis Djarabb progresse également. Il a fait une remontée magnifique. » Le professionnel marocain revient sur l’arrivée d'Adi de Saint Lon dans son écurie : « On voyait qu’il avait besoin de temps. Nous l’avons donc laissé un peu tranquille. L’avantage, c’est qu’il est sain, sans problème et avec un super caractère. C’est aussi un cheval très dur, qui n’a sans doute pas encore été poussé à 100 %. Il est aussi un bon point d’appui car on peut travailler les autres chevaux avec lui, sachant que j’ai 98 % de pur-sang arabes dans mon écurie. C’est d’ailleurs comme cela qu’on a pu hisser le niveau de Djarabb des Forges. Ils travaillent ensemble depuis quatre ou cinq mois et progressent tous les deux. »

Croire en ses chevaux. Tout de même, sans réelles performances dans sa jeunesse, il fallait une bonne dose d’optimisme et une confiance sans faille dans le cheval pour continuer l’aventure : « À 3ans, c’était une grosse boule. Il n’était pas encore fait et très massif. Nous n’arrivions pas à lui faire perdre du poids. C’est un cheval qui a besoin de beaucoup manger. En revanche, il ne prend pas dur en course. Si on le prépare bien, il peut prétendre à un très bon résultat dans une grande course, même sur le gazon… » On peut donc imaginer le voir un jour sur notre sol : « Si on venait à courir en Europe, ce serait pour le prestige. Mais financièrement, c’est plus intéressant au Maroc, d’autant plus que nous avons le préjudice de la quarantaine. Il faudrait trouver une solution pour réduire ce délai qui nous pénalise. » Multiple lauréat de Listed PA, Adi de Saint Lon avait tenté sa chance dans le Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed VI (Gr3 PA) en fin de saison dernière, à Casablanca : « Ce jour-là, il a été barré à la corde et a été gêné. Nous n’avons cependant pas voulu porter réclamation. Il aurait pu prétendre à la victoire sans ce problème. Je crois qu’il a toutes ses chances sur le gazon, même en terrain lourd. Nous sommes en train d’y réfléchir. »

Les progrès du Maroc. Zakaria Semlali est au cœur de la montée en puissance des courses marocaines qu’il constate chaque jour : « Il y a une tête de pont constituée de propriétaires et d’éleveurs qui ont mis les moyens et pris beaucoup de risques. La Sorec fait également le travail et cela va finir par payer. Vu comment le niveau progresse, il y aura beaucoup de chevaux marocains qui viendront courir en Europe, et d’ailleurs, cela commence déjà car j’ai des amis qui vont aller courir en Espagne. » Ce développement n’est toutefois pas sans risques : « Les gens investissent, mais surtout continuent à perdre de l’argent. Sincèrement, je ne pense pas qu’il y ait une seule écurie au Maroc qui soit rentable. C’est d’autant plus difficile s’il y a des barrières administratives pour déplacer les chevaux. Nous aurions pu courir des Listeds et des Grs3 PA à l’étranger sinon. Beaucoup de propriétaires et d’entraîneurs ne peuvent pas attendre car ils ont des frais. Mais nous sommes des passionnés et quand vous avez de tels résultats, tels que ceux d'Adi, cela vous fait oublier la charge financière. Mais je crois beaucoup aux progrès des courses marocaines, à condition que la Sorec continue d’encourager les six ou sept écuries qui font un super travail. Je crois qu’ils en sont conscients. » D’ailleurs, de gros efforts continuent à être entrepris « comme avec le centre d’entraînement qui est en train de sortir de terre à Casablanca, avec une piste beaucoup plus grande et près de 700 boxes ! C’est énorme et il ne doit pas y en avoir beaucoup de cette taille en Europe. Mais bon, les problèmes des écuries marocaines sont les mêmes qu’en France. Un cheval, même si c’est une passion, cela coûte cher et pour faire de la compétition de haut niveau, cela demande des moyens. » L’écurie de Zakaria Semlali est installée « au centre d’entraînement de Bouznika, une petite ville entre Rabat et Casablanca. Il y a une centaine de boxes et une bonne piste d’entraînement. Les conditions sont optimales et d’ailleurs, nos amis français sont ébahis de la qualité des infrastructures lorsqu’ils viennent visiter le centre. Nous essayons d’être au top concernant l’entraînement et la récupération. On peut encore progresser, côté médecine, avec des vétérinaires spécialisés. C’est le petit "gap" qui nous sépare des écuries américaines, anglaises ou françaises. Concernant la récupération, la physiothérapie, les vitamines, le bien-être du cheval, nous progressons également. »

Une histoire d’amitié. Dans son écurie, Zakaria Semlali peut compter « sur près de 25 chevaux à l’entraînement. Et j’ai mon propre élevage. J’ai d’ailleurs des sœurs d’Adi chez nous. C’est une souche à laquelle j’ai cru très tôt, même si elle n’avait pas beaucoup couru. Michel Poydenot est un homme consciencieux, qui a une histoire. Il est notamment à l’origine de la naissance d’Al Saoudi, grâce à Fatzica, qui est aussi la grand-mère d'Al Mourtajez. Chez les pur-sang arabes, c’est une référence. Il s'agit d'un grand ami et nous travaillons ensemble sur un objectif commun. Nous avons démarré de zéro mais nous avons travaillé… Le plus dur, c’est de se donner les moyens d’attendre car les chevaux ont besoin de temps. Il faut être patient car chaque cheval va à son rythme. Par exemple, à l’entraînement, Djarabb mettait dix longueurs à Adi mais chacun a eu une trajectoire différente. Djarabb a eu quelques petits soucis d’ulcères et Adi a progressé. Mais Djarabb est en train de revenir. Il faut essayer de permettre à chaque cheval de donner le meilleur de lui-même. » Cette relation de confiance, Zakaria Semlali a conscience de sa valeur : « C’est une grande amitié et je peux dire que Michel fait pratiquement partie de la famille. Nous avons vécu tellement de choses ensemble… Par exemple, nous avons vécu la même histoire avec Autza, la sœur d’Adi, dont le pedigree était assez anodin et dont personne ne voulait. Je pense qu’elle aurait pu faire aussi bien qu'Adi si, à ce moment-là, j’avais eu l’expérience que j’ai aujourd’hui. Il y a eu quelques petites erreurs à l’entraînement mais c’était une super pouliche. Elle a remporté dix victoires mais aurait pu viser plus haut. Elle a fini deuxième d’Al Nashmi alors qu’elle n’était pas super bien préparée. Je ne regrette pas ce qui a été fait mais elle était largement au niveau d'Adi, peut-être mieux. »

Pour conclure, notre entraîneur explique : « Avec Michel, nous partageons la même façon de voir les choses. C’est une amitié qui a commencé avec les chevaux. Mais aujourd’hui, elle va beaucoup plus loin. Michel m’a beaucoup soutenu, notamment cette année où nous avons connu quelques problèmes. Il a été patient et nous en sommes récompensés. »