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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le secret le mieux gardé des courses deauvillaises

Courses / 03.05.2019

Le secret le mieux gardé des courses deauvillaises

Le secret le mieux gardé des courses deauvillaises

Peu de gens savent que depuis bientôt quarante ans, pendant les après-midi des vacances de Pâques, les poneys envahissent par centaines le centre d’entraînement de Deauville. Les petits Parisiens s’amusent en ce moment même au grand air tout en découvrant les coulisses du sport hippique… mais il ne s’agit pas du seul bénéfice pour notre filière.

Par Adrien Cugnasse

Philippe Audigé dirige l’important poney-club de Brimborion à Sèvres. Il est aussi l’un des personnages clés de la Fédération française d’équitation. Mais c’est en tant qu’enseignant et membre de l’équipe d’organisation des stages poney pendant la période de Pâques qu’il a répondu à nos questions : « Depuis trente-neuf années, nous proposons aux jeunes citadins de passer une semaine en Normandie, avec leurs poneys. Ils découvrent sur leur dos la beauté de la plage mais aussi celle de l’arrière-pays deauvillais et enfin l’ambiance des pistes d’entraînement. L’idée est née il y a plusieurs décennies, lorsqu’un festival sur le thème des animaux organisé à Deauville avait besoin d’intégrer des poneys. Une collaboration a donc vu le jour avec le monde des courses et elle s’est étendue au reste de l’année, car nous apportons aussi nos équidés pour les baptêmes à poneys sur les hippodromes, mais aussi pour les courses à dos de shetland lors des dimanches au galop. »

Franck le Mestre, directeur de l’hippodrome de Deauville-La Touques, nous a expliqué : « Ces stages sont organisés sous le contrôle sanitaire des services compétents, avec une bonne gestion de flux des animaux et des gens. C’est aussi une source de revenus. Cela nous permet de louer boxes et logements en dehors du meeting. C’est aussi important pour l’Afasec chez qui les stagiaires mangent trois fois par jour. L’impact en termes d’image est formidable. Et tout se passe très bien, ce n’est pas vraiment une charge de travail supplémentaire. »

Découvrir un monde fascinant. Philippe Audigé poursuit : « L’époque où nous occupions la moitié d’un train avec enfants et poneys est révolue. À présent, tout le monde voyage par la route. Aujourd’hui ce sont plusieurs poneys clubs qui envahissent les rues de Deauville, avec le soutien des élus locaux, notamment celui de Philippe Augier. Notre ambition est de proposer une équitation d’extérieur aux enfants, en tenant compte de leurs besoins, tout en leur faisant découvrir un monde fascinant et différent, celui des galopeurs. Cette rencontre se déroule en dehors des jours de course. Et les enfants, lorsqu’ils rencontrent des entraîneurs, lorsqu’ils sont accompagnés à l’entraînement, lorsqu’ils voient des pur-sang au box… saisissent immédiatement ce qui nous rassemble : la passion du cheval. C’est formidable de pouvoir discuter avec des professionnels et les équipes de l’Afasec, lesquels adorent faire découvrir leurs univers aux plus jeunes. Il y a une certaine magie à voir les chevaux s’entraîner le matin et on peut l’appréhender dès le plus jeune âge. »

Des prescripteurs. « Les enfants et leurs montures sont logés sur le centre d’entraînement, avec les galopeurs en toile de fond. Le matin, nous évoluons en dehors du centre d’entraînement, pour ne pas perturber les professionnels. Et ce n’est que plus tard, l’après-midi, que nous empruntons les pistes d’entraînement. Chacun des trois séjours de la période pascale rassemble 160 enfants, soit un total de 400 familles. Or ces derniers sont des prescripteurs et ils partagent leur expérience avec leur famille. D’ailleurs, certains adultes nous rejoignent à Deauville. L’image des galopeurs et des courses est démystifiée, mais elle n’est pas désacralisée. Nous sommes là pour proposer un séjour à de jeunes citadins… pas pour former de futurs jockeys. Si certains le deviennent, c’est tant mieux. Mais notre objectif est avant tout de leur proposer de découvrir un aspect du monde du cheval qu’ils ne connaissent pas ou mal. Certains auront envie de revenir à Deauville dans d’autres occasions, d’autres seront tentés par des après-midi à l’hippodrome et pourquoi pas par les courses de poney. »

Aller plus loin. La structure de Philippe Audigé a été labellisée par Au-delà des pistes pour reconvertir d’anciens chevaux de course. Il nous a expliqué : « Ce thème passionne plusieurs enseignants de notre équipe qui ont été formés à la méthode de La Cense. Grâce à Au-delà des pistes nous avons actuellement trois pur-sang chez nous et nous ne voulons pas les revendre. Ils sont là pour être formés à leur nouveau métier, sur le long terme. À présent, les élèves moniteurs qui passent par notre structure auront l’occasion de les monter et nos clients sauront que les anciens chevaux de course peuvent avoir une deuxième vie. Nous avons aussi un centre situé dans l’Eure-et-Loir où nous voulons proposer des camps d’été avec d’anciens chevaux de course. Le poney-club de Brimborion est né en 1970. Tout est centré autour de l’enfant, entre découvertes et pédagogie par le jeu. Faire découvrir la richesse du monde du cheval, sans œillères, c’est aussi notre mission. Enfin, j’ai aussi des responsabilités au sein du GHN, le syndicat des dirigeants de centres équestres. Et nous sommes en train d’opérer un rapprochement avec les professionnels du trot et du galop pour mettre en place des accords de branches, conformément aux exigences de la réglementation. Tout le monde fait des efforts, car notre univers ne peut plus se permettre d’entretenir des querelles de chapelles. »

Avant tout des pratiquants. Le fait que la Fédération française d’équitation compte plus de 600.000 licenciés (chiffres 2014) était tout simplement inimaginable il y a un siècle. En 1899, Pierre Giffard publiait La Fin du cheval, dont voici un extrait : « Nous voici au siècle qui verra l’homme se séparer du cheval. Ça sera la fin d’une collaboration vieille de plusieurs milliers d’années. » Jusqu’aux années 1960, le faible nombre d’équitants et la mécanisation lui donnaient raison. Mais dans les années 1970, la situation s’est inversée. Déjà en 1984, le nombre de licenciés était de 145.000. Il a crû de plus de 374 % depuis. Cette croissance s’est appuyée sur l’offre : son développement (explosion du nombre de centres équestres dans les zones périurbaines) et sa diversification (trente disciplines sont proposées dans les clubs affiliés à la Fédération !). Sans plan de communication, sans l’aide de grands médias, l’équitation – qui est un sport sous-financé de façon chronique – s’est pourtant développée de manière exponentielle. Ne croyez pas que ce soit grâce à ses stars : l’équitation française, après la réussite des dernières olympiades, a été plus présente que jamais dans les grands médias. Et pourtant le nombre de licenciés est en baisse… En contradiction avec ce qui a été entrepris depuis de nombreuses années, c’est donc par la pratique plus que par l’image que le public équestre peut découvrir l’hippique. Et une partie de ce public de pratiquants de loisir est enclin à payer son entrée trois ou quatre fois par an, pour aller voir des professionnels au Grand Prix de la Baule, au Saut Hermès ou aux Longines Masters… Ce paradigme – recruter des fans en leur proposant de pratiquer, plutôt qu’en les noyant sous un torrent de marketing – est à méditer pour les courses.

Mickaël Barzalona : « Je trouve cela génial ! »

Alors que notre filière manque de parieurs, de propriétaires… et de personnel, ce type d’opération est aussi une occasion en or pour faire naître des vocations. Mickaël Barzalona, un des meilleurs pilotes de la scène internationale… a commencé sa carrière en faisant du horse-ball en centre équestre. Le jockey nous a confié : « J’ai appris que ces stages avaient lieu grâce à des amis proches. Et j’ai été très surpris ! Encore plus que personne n’en connaisse réellement l’existence : 450 enfants sur l’hippodrome de Deauville ce n’est pas rien. Je trouve cela génial ! Indirectement, ces enfants en garderont toujours un souvenir, un jour ou l’autre ils contribueront peut-être à la filière que ce soit aux courses ou à la reconversion par exemple. Je trouve que c’est une très bonne idée de faire ce type de stage de découverte. J’espère que tous les professionnels ouvriront leurs portes et consacreront un peu de temps à ces enfants passionnés de poneys. »