Mattia Cadrobi : « Mon grand rêve, c’est d’avoir un cheval capable de courir avec les honneurs à ParisLongchamp »

29.05.2019

Mattia Cadrobi : « Mon grand rêve, c’est d’avoir un cheval capable de courir avec les honneurs à ParisLongchamp »

Installé en Italie, Mattia Cadrobi n’a pas encore quarante ans et a déjà fait naître et courir des chevaux compétitifs au niveau Gr1 PA à l’international. La tête pleine de rêves, ce passionné des lignées françaises s’est confié à The French Purebred Arabian

The French Purebred Arabian. – Quel a été votre parcours dans la filière cheval ?

Mattia Cadrobi. – J’ai 37 ans et je suis installé dans le nord de l’Italie, près de Merano, sur plateau des Dolomites dont l’altitude est de 1.000m. Cette vallée s’appelle Altopiano di Piné et c’est la raison pour laquelle nos chevaux portent l’affixe de Pine. Ma mère est issue d’une famille d’éleveurs de bétail qui possédait quelques chevaux de travail par le passé. Depuis mon enfance, j’ai la passion des chevaux de course. Mes maîtres d’école m’ont confié qu’à l’âge de 3ans, je dessinais déjà des chevaux en expliquant vouloir élever des sujets pour la course. Mon premier cheval fut un Haflinger – une race locale – que mes frères ont gagné lors d’une loterie organisée par une équipe de football locale. J’avais 11 ans. Très rapidement, j’ai fait naître un premier poulain dont je prenais soin en sortant de l’école. J’ai continué avec ces chevaux de travail jusqu’à l’âge de 20 ans. Dès que j’ai eu les moyens de m’offrir une jument pur-sang arabe, j’ai sauté le pas. Ma passion, c’est d'élever des chevaux, pas de les monter.

Vous avez dix poulinières, dont Al Ramtha (Amer), Diva Al Maury (Volpone), Sitelle Al Maury (Dormane), Razza Di Gallura (Dormane)… Pouvez-vous nous en dire plus à leur sujet ?

Dix juments, c’est certainement trop ! Je possède certaines en totalité et d’autres sont en partenariat. J’adore étudier les pedigrees, et récemment j’ai commencé à me pencher sur ceux des pur-sang anglais. Je ne dors pas beaucoup la nuit ! Actuellement, j’ai à la maison des juments issues de la souche de Nevadour (Ourour), mais aussi de celle de Fantasia (Gosse du Béarn), Pesennaia (Naftalin) et Arabelle (c’est-à-dire celle de Bint El Bedia). Je suis aussi fier d’elles qu’un enfant peut l’être de ses jouets. Je m’occupe moi-même d’elles, de leur litière jusqu’à leur ration alimentaire.

Comment avez-vous trouvé ces juments ? Quels sont vos critères ?

Je regarde d’abord la lignée maternelle. Lorsque j’étudie les pedigrees, je pars de sujets qui m’intéressent et dont la généalogie laisse transparaître une chose qui me paraît importante. Dans ce cas, je n’hésite pas à prendre contact avec le propriétaire d’une jument pour savoir si elle est à vendre. Parfois, ce sont des courtiers ou des amis qui vivent à l’étranger qui repèrent des juments pour moi. Avant d’acheter une jument, je dois être totalement convaincu de sa valeur en tant que reproductrice. Si j’ai le moindre doute sur la qualité de son pedigree ou des deux premières générations de sa lignée maternelle, je préfère ne pas investir.

Dans quel contexte avez-vous acheté Akbar ? Combien de foals avez-vous de cet étalon ?

J’ai acquis Akbar (Djelfor) avec deux amis, Fulvio Bonazza et Alessandro Martinazzi. Sa mère, Fantasia (Gosse du Béarn), était la propre sœur de Flipper, un remarquable cheval de course qui a produit de manière exceptionnelle. C’est l’un des meilleurs étalons français de l’histoire du stud-book pur-sang arabe. C’est la raison pour laquelle nous voulions tant l’acheter. Nous avons de la semence congelée d’Akbar. À ce jour, cinq de ses produits ont vu le jour en Italie. Il y en aura certainement d’autres dans le futur.

Quels sont les étalons que vous avez utilisés cette année ?

En ce moment, j’ai des foals de Munjiz (Kesberoy), d'AF Albahar (Amer) et de Mister Ginoux (Amer). Par le passé, j’ai utilisé No Risk Al Maury (Kesberoy), Akbar, Dahess (Amer) et Sir Bani Yas (Amer). J’aime beaucoup Nizam (Amer), mais je n’ai pas eu de chance avec lui cette année.

Combien de chevaux avez-vous à l’entraînement ?

Un seul en ce moment même. Je veux vraiment me concentrer sur l’élevage. Mais sept chevaux que j’ai élevés sont à l’entraînement pour le compte d’autres propriétaires, en Italie et ailleurs. J’aime élever pour courir et cela implique parfois d’avoir certains de mes élèves sous mes propres couleurs. Dans ce cas, je les envoie chez Endo Botti. J’entretiens d’excellentes relations avec lui et son professionnalisme compte énormément. Il m’apprend tellement, au quotidien. Je lui dois beaucoup et j’espère qu’à l’avenir, nous aurons d’autres belles victoires ensemble.

Lares de Pine a couru dans quatre pays différents avec quatre entraîneurs différents.

Lares de Pine (Câlin du Loup) est un cheval qui a eu beaucoup de chance. Il a commencé sa carrière sous les couleurs d’un ami, Taleb Al Muhairi. J’ai toujours pensé la chose suivante : au-delà de la qualité du cheval, tout ce qui gravite autour de lui est important… et même décisif. Sans un bon enchaînement et un bon entourage, on ne peut pas obtenir de bons résultats. Et de ce point de vue, Lares de Pine a eu tous les atouts de son côté.

Il a commencé chez le meilleur entraîneur de l’histoire des courses de pur-sang arabes, monsieur Jean-François Bernard, qui l’a fait gagner en France. C’est ensuite madame Élisabeth Bernard qui l’a mené à la victoire dans ce qui fut la première course de pur-sang arabes de l’histoire de l’hippodrome de Milan. Le cheval a ensuite rejoint en Italie l’effectif de Stefano Meattini, avec lequel il a remporté de nombreuses belles épreuves, allant même jusqu’à courir à Dubaï dans la Kahayla Classic (Gr1 PA). Au final, sous la férule d’Endo Botti, il a obtenu un classement historique pour un entourage italien : troisième de l’édition de Muraaqib (Munjiz) dans les Dubai International Stakes (Gr1 PA) à Newbury.

Vous connaissez aussi une belle réussite avec Eiman du Loup qui a gagné lors du Shadwell’s Dubai Day à Rome, et qui s’est classé troisième des Hatta International Stakes à Newbury (Gr1 PA), l’année dernière.

J’ai acheté Eiman du Loup (Kerbella), alors qu’elle était âgée de 3ans, en janvier 2017. Elle n’était pas encore débourrée et j’étais en France avec un ami, Alessandro Martinazzi. Nous regardions des juments dans un paddock chez Éric Dell'Ova. Et nous l’avons immédiatement remarquée. Dès que j’ai vu son pedigree, j’ai voulu l’acheter. Éric s’est occupé d’elle, il l’a débourrée et préentraînée. La jument est ensuite partie à l’entraînement chez Endo Botti. Elle a couru sous mes couleurs pour le compte d’une association avec un ami, Stefano Daneri. Je n’oublierai jamais la réunion de Newbury où, à cause de la circulation, nous sommes arrivés en retard. Nous avons couru jusqu’à l’hippodrome après avoir garé notre véhicule en catastrophe. Et là, nous avons vu de nos propres yeux les 300 derniers mètres de la course où notre jument s’est classée troisième.

Est-ce votre ambition de courir à l’international ?

Mon véritable objectif, c’est élever des chevaux de course de qualité. J’ai l’espoir qu’ils auront la qualité nécessaire pour être compétitifs en France et dans les pays du Golfe.

Qu’est-ce qui motive votre soif de victoire ?

Mon grand rêve, c’est d’avoir un cheval capable de courir avec les honneurs à ParisLongchamp, lors du week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.