Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Rich Ricci, l’homme "mystère" qui rêve de remporter le Grand Steeple

International / 16.05.2019

Rich Ricci, l’homme "mystère" qui rêve de remporter le Grand Steeple

Rich Ricci, l’homme "mystère" qui rêve de remporter le Grand Steeple

Ce nom vous dit forcément quelque chose, si vous nous lisez régulièrement, surtout en période hivernale. Rich Ricci a une trentaine de chevaux à l’entraînement chez Willie Mullins. Ce week-end, il sera représenté dans le Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris et dans la Grande Course de Haies d’Auteuil.

Par Christopher Galmiche

L'homme aux inamovibles lunettes noires et aux costumes flamboyants, a atteint les sommets avec des "FR" comme Vautour (Robin des Champs), Douvan (Walk in the Park), Min (Walk in the Park), Bénie des Dieux (Great Pretender), Djakadam (Saint des Saints) et Vroum Vroum Mag (Voix du Nord). Depuis 2008, il a gagné pas moins de 146 Groupes – 94 avec des "FR" soit 63 % – dont 68 Grs1. La (désormais) célèbre casaque rose à pois verts a déjà pris part à la grande épreuve française à trois reprises avec Pomme Tiepy (7e en 2008 et 8e en 2009) et Djakadam (8e en 2018). L’année dernière, Bapaume (Prix La Barka, Gr2) lui a offert un premier Groupe français. Et c’est encore avec deux chevaux nés en France que le propriétaire le plus puissant de l’obstacle irlandais va traverser la Manche ce week-end : Burrows Saint (Saint des Saints) dans le Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) et Bénie des Dieux, candidate à la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1).

Des débuts modestes. Comme il a ses chevaux en Irlande, nous pourrions croire que Rich Ricci est irlandais, voire anglais. Mais pas du tout, l’homme est né de parents modestes, dans le Nebraska où il a passé un diplôme de finance à l’université de Creighton. Une petite université privée, loin des structures prestigieuses comme Harvard ou Yale. Embauché à la banque de Boston, puis de Nouvelle-Angleterre, il est entré en 1994 par la petite porte chez Barclays. En 2002, il est devenu le chef des opérations de Barclays Global Investors. Il va développer ces investissements, menant par exemple les achats des actifs américains de Lehman Brothers, et assurer le succès de la banque, jusqu’en 2013…

Départ de Barclays sur fond de scandale. En juin 2013, Rich Ricci a quitté Barclays, un an après le scandale de la manipulation du taux interbancaire du Libor. Il était le bras droit de Bob Diamond, le directeur général du groupe, et ils ont forgé ensemble le succès de la banque d’investissement, la "vache à lait" de Barclays, avant que ses excès ne soient révélés et ne coûtent cher au groupe qui a fini l’année 2012 sur une perte nette de 1,04 milliard de livres. Barclays a dû payer une amende de 290 millions de livres. Bob Diamond et Jerry del Missier, les deux hommes à la tête de Barclays, ont été licenciés en 2012, mais pas Rich Ricci. À son départ, ce dernier a touché 44 millions de livres de bonus plus 18 millions de livres grâce à la vente de ses actions.

Le "Fat Cat". Rich Ricci est vu comme un "Fat Cat" de la City, c’est-à-dire un gros bonnet des affaires. Et il en joue. C’est ainsi qu’avec humour il a nommé l’un de ses chevaux Fatcatinthehat, comme un pied de nez à ses détracteurs. Il surfe sur cette image que les gens se font de lui, l’homme aux costumes trois-pièces, au chapeau en feutre et aux traditionnelles lunettes noires vissées sur son nez, quels que soient la météo et l’éclairage. Rich Ricci a été vu en train de boire un verre avec John Hourican, lequel a assuré les mêmes fonctions que lui au sein de la Banque royale d’Écosse, avant d’être limogé suite au scandale… du Libor ! Preuve que Rich Ricci assume son passé, sa réussite et l’image que les gens se font de lui.

Amoureux de l’Irlande. Cet Américain qui vit à Londres est un vrai amoureux de l’Irlande. Et la quasi-totalité de son effectif est confiée à Willie Mullins. Joueur de football gaélique dans sa jeunesse, il aime cette île. Rich Ricci a déclaré : « J’ai souvent des appels d’entraîneurs anglais qui se demandent pourquoi je n’ai pas de chevaux en Angleterre puisque j’y habite. Je leur réponds très simplement que j’aime les courses irlandaises. L’atmosphère y est très bonne et les allocations attractives. J’ai de l’affection pour l’Irlande profonde. »

Un jet privé pour aller voir ses chevaux. C’est par la voie des airs que Rich Ricci se rend chaque week-end en Irlande pour aller voir ses chevaux courir. Grâce à son jet privé, il est rare que l’un de ses chevaux soit au départ d’un Groupe sans qu’il soit présent. Les courses sont sa plus grande excentricité, comme pour le patron de Ryanair, Michael O’Leary, qui possède une importante écurie de sauteurs (Gigginstown House Stud) pour encore quelques années... C’est un ami commun, Pat O’Riordan, qui a introduit Rich Ricci auprès de Willie Mullins : « Willie a pris le temps de tout m’expliquer. Il a été très patient, réfléchi, il m’a détaillé l’anatomie d’un cheval par exemple. Nous sommes rapidement devenus amis. Nous avons beaucoup d’intérêts en commun. » Rich Ricci n’hésite pas à investir tous les ans : « Il le faut pour demeurer compétitif. Je suis conscient qu’il ne faut pas dépenser de l’argent bêtement. En cela, je suis très à l’aise avec la façon dont agit Willie et son équipe pour acheter les chevaux. Après, je n’ai pas l’ambition d’être tête de liste des propriétaires, car je n’ai pas assez de chevaux pour rivaliser avec Michael [O’Leary, ndlr] ou JP [McManus, ndlr]. » L’équipe en charge des achats pour Rich Ricci est entre autres constituée d’Harold Kirk et de Pierre Boulard.