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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Ruby Walsh, salut l’Artiste !

International / 02.05.2019

Ruby Walsh, salut l’Artiste !

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Ce mercredi, Ruby Walsh, une des icônes des courses anglo-irlandaises, a annoncé à la surprise générale son départ à la retraite. À cette occasion, nous vous proposons de revenir sur son exceptionnelle carrière au sommet de l’obstacle anglo-irlandais.

Par Christopher Galmiche

Il est un peu plus de 19 h 15 ce mercredi soir à Punchestown. L’arrivée de la Gold Cup (Gr1) a couronné le français Kemboy (Voix du Nord). Son jockey a passé le poteau en faisant un "au revoir" de la main. Sur le moment, tout le monde célèbre la victoire du cheval sans se douter un instant de la "bombe" qui va tomber… Une fois descendu de cheval, Ruby Walsh, bientôt 40 ans, a annoncé son départ à la retraite avec effet immédiat. Heureux de se retirer en « un seul morceau… » Tout le monde est sous le choc. Des spectateurs pleurent, son principal employeur, Willie Mullins, est abasourdi, sa femme Gillian est soulagée. Elle en a terminé du stress inhérent à la vie d’épouse de jockey d’obstacle. Les filles de Ruby Walsh ne se rendent pas compte de ce qu’il se passe, elles qui ont toujours connu leur champion de père avec une casaque. Une page se tourne. Quatre ans après Tony McCoy, son grand rival prend sa retraite.

Pourquoi ? La première interrogation qui vient à l’esprit lorsque l’on apprend la nouvelle de la fin de carrière de Ruby Walsh, c’est pourquoi ? Et pourquoi maintenant ? Mais la réponse vient assez vite. Ruby a subi plusieurs blessures ces dernières années, il a raté des festivals, des gagnants de Gr1 comme à Punchestown en 2018. Il a confié à nos confrères britanniques : « Je savais que si je montais Kemboy et qu’il gagnait, ce serait ma dernière monte. Si Rathvinden (Heron Island) avait gagné le Grand National (Gr3), j’aurais probablement arrêté ma carrière à Aintree. Mais ça n’a pas été le cas. Rien ne dure pour l’éternité et je voulais attendre de gagner une grande course pour prendre ma retraite. Lorsque cette décision est prise dans votre tête depuis un moment, c’est plus facile de l’annoncer. Cela fait un moment que j’y pense, peut-être depuis ma jambe cassée à Cheltenham l’année dernière. Je m’étais alors dit : "Mince… ça ne peut pas m’arriver encore une fois." Sans l’aide d’un bon médecin, je n’aurais pas pu poursuivre ma carrière. J’ai monté durant vingt-quatre ans et je veux faire autre chose durant les vingt-quatre prochaines années. »

Quel futur ? Ruby Walsh a une idée en tête pour sa reconversion, lui qui collaborait déjà avec Racing TV. Il va suivre la même voie que Tony McCoy, son plus sérieux adversaire en piste : « Je vais écrire mes propres articles maintenant. J’aime beaucoup travailler avec les médias. Je dois partir de la base pour tout réapprendre. Tout jockey n’est bon qu’au travers des chevaux qu’il monte. Et j’ai eu la chance de monter les meilleurs. D’Imperial Call (Callernish) à Kauto Star (Village Star) en passant par Denman (Presenting), Master Minded (Nikos), Quevega (Robin des Champs), Hurricane Fly (Montjeu), Annie Power (Shirocco), Vautour (Robin des Champs) ou Faugheen (Germany)… Si vous pensez à un bon cheval, il y a de fortes chances que j’ai l’ai monté. À l’exception de Sprinter Sacré (Network) et Altior (High Chaparral) ! Ce sont les chevaux qui m’ont fait. Ils m’ont rendu bon. J’ai eu un bon professeur avec mon père, Ted, et un bon agent avec ma sœur Jennifer. Et j’ai monté pour les deux meilleurs entraîneurs : Paul Nicholls et Willie Mullins. »

Papillon, le meilleur moment. En 2000, à l’âge de 20 ans seulement, Ruby Walsh a décroché le Graal pour un jockey d’obstacle : le Grand National de Liverpool (Gr3). Pour couronner le tout, il était associé à un pensionnaire de son père, Papillon (Lafontaine) : « Émotionnellement, il n’y aura pas de meilleurs moments dans ma carrière que la victoire avec Papillon, pour mon père, dans le Grand National 2000. C’était un conte de fées. Les mauvais moments ? Lorsque j’ai perdu des personnes comme John-Thomas, Kieran Kelly, Sean Cleary, Dary Cullen, Jack Tyner et Tom Halliday. Punchestown est ma maison. Je n’ai jamais baissé les bras face aux blessures et elles ne m’ont jamais vaincu. Est-ce le bon moment pour arrêter de travailler pour Paul Nicholls ? Non. Pour Willie Mullins ? Non. Mais il faut bien partir un jour. Je ne pense pas devenir entraîneur. Pas dans cet environnement. Comment faire pour concurrencer Willie, Gordon [Elliott, ndlr] ou Joseph [O’Brien, ndlr] ? Les jockeys d’obstacle sont courageux. Mais je ne suis pas stupide. Je n’ai rien dit à Willie. Il ne me tardait pas que ce jour arrive. Mais maintenant, je suis heureux qu’il soit venu. »

Des débuts en tant qu’amateur. En bon Irlandais qui se respecte et en tant que fils du célèbre entraîneur Ted Walsh, Ruby est monté rapidement à cheval. Comme beaucoup de bons pilotes, il est passé par la case amateurisme et a décroché le titre de champion de la catégorie durant les saisons 1996-1997, à l’âge de 18 ans, puis en 1997-1998. En 1998, il a gagné sa première course durant le Festival de Cheltenham, le Champion Bumper (Gr1), avec Alexander Banquet (Glacial Storm). Un succès qui fait partie de son top 5 que vous pouvez visionner ici :

https://www.youtube.com/watch?v=LhVxch73kY0

Cette première victoire au Festival de Cheltenham sera suivie par 58 autres, jusqu’à la dernière, en selle sur Klassical Dream (Dream Well), dans le Supreme Novices’ Hurdle (Gr1). Il est le jockey le plus capé de cet événement extraordinaire. D’ailleurs, de 2002 à 2019, il a toujours remporté au moins une course durant le Festival. En 2016, il avait même établi un record de succès avec sept victoires, dont six de Gr1…

Un palmarès vertigineux. Ruby Walsh a donc raccroché les bottes avec 2.756 succès, dont 213 Grs1, 59 victoires au Festival de Cheltenham (et 11 titre de Champion jockey du Festival), deux Grands National (Papillon et Hedgehunter), deux Cheltenham Gold Cups (Kauto Star), cinq King George VI Chase (Kauto Star), six Punchestown Gold Cups (Imperial Call, Commanche Court, Neptune Collonges (x2), Boston Bob et Kemboy)…

Un globe-trotteur. Le palmarès de Ruby Walsh est le plus grand de tous les jockeys d’obstacle de l’histoire. En effet, non seulement, il a régné en Europe, mais en plus il a étoffé son palmarès dans le monde entier avec un succès dans le Grand National australien avec Bashboy, en 2015, un autre dans les Grand National Hurdle Stakes, aux États-Unis, avec Rawnaq (2016), et le Nakayama Grand Jump (Gr1) avec Blackstairmountain, pour son patron, Willie Mullins en 2013.

Sa collaboration avec les deux meilleurs entraîneurs. Ruby Walsh a connu une longue et fructueuse collaboration avec Willie Mullins et Paul Nicholls, pour lequel il a monté Denman et Kauto Star. C’est un peu comme si un pilote de Formule 1 avait conduit à la fois pour Mercedes et Ferrari. Pour Paul Nicholls, il a gagné 679 courses, et pour Willie Mullins, il en a décroché 1.050... Sous le choc, Willie Mullins a déclaré mercredi soir : « Je ne savais pas que Ruby allait arrêter sa carrière. Chez nous, nous ne prononçons même pas le mot de retraite pour les gens ou les chevaux. Ruby est simplement descendu de cheval et a demandé si on pouvait trouver quelqu’un d’autre pour Livelovelaugh. Je l’ai regardé et je me suis demandé s’il avait un problème de santé. Mais non… C’est la fin d’une ère. Quelle carrière Ruby a eu ! Avec Paul Nicholls et moi qui plus est. Cela va être moins évident sans ses conseils. Il était naturellement talentueux, et depuis toujours, il sait y faire avec les chevaux difficiles. Nous savions de longue date qu’il allait un jour ou l’autre devenir le premier des jockeys. » Désormais, tous les jockeys de Willie Mullins vont prendre du galon et son premier pilote va devenir Paul Townend, qui sera couronné Champion jockey sur les obstacles irlandais dans peu de temps.

Tony McCoy, son grand rival. Comparer Tony McCoy et Ruby Walsh n’est pas facile. Ils ont été les deux plus grands adversaires. Le premier avait un style de monte un peu brutal, il courait de record en record, et comptait sur son contrat avec John Patrick McManus pour briller dans les Groupes. Le second était plus fin et se concentrait surtout sur les grands événements, avec une longue période au cours de laquelle il a monté pour Paul Nicholls et Willie Mullins. Dans les deux cas, ce sont deux légendes qui sont désormais retraités des pistes. Présent à Punchestown pour la Gold Cup, l’homme aux 20 titres de Champion jockey a déclaré : « Bravo à mon grand ami Ruby Walsh pour son incroyable carrière. Il était comme Lionel Messi à cheval, vous ne pouvez pas expliquer aux enfants comment faire pour être comme lui. Il était meilleur que n’importe qui. C’est le meilleur jockey que j’aie vu monter. »

Auteuil, un hippodrome qu’il a rapidement maîtrisé… mais un regret demeure ! Même s’il a participé au Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), c’est surtout sur les haies d’Auteuil que Ruby Walsh a brillé en France. Sur la butte Mortemart, il a vécu de grandes heures. C’est en 2005 qu’il y a signé sa première victoire au plus haut niveau en gagnant le Prix Alain du Breil (Gr1) associé à Strangely Brown (Second Empire), pour l’entraînement McNamara. En 2008, en selle sur le crack Hurricane Fly (Montjeu), il a gagné le Prix de Longchamp (Gr3) pour Willie Mullins. Il va alors enrichir régulièrement son palmarès français, gagnant deux Grandes Courses de Haies d’Auteuil et un Grand Prix d’Automne (Grs1) avec Thousand Stars (Grey Risk). Au travers de ce cheval, il a vécu un grand moment en luttant avec sa sœur, Katie Walsh, en selle sur le fils de Grey Risk (Kendor), alors que lui montait Diakali (Sinndar), dans un Prix La Barka (Gr2) finalement remporté par Thousand Stars. Le pilote irlandais a néanmoins un regret à propos d’Auteuil : « Je n’ai jamais hésité à courir une très bonne course à l’étranger et si j’avais un seul regret, ça serait de ne pas avoir gagné le Grand Steeple-Chase de Paris. C’est la seule course que je n’ai pas gagnée et que j’aurais aimé remporter. »

Ruby Walsh et ses trolls. Ruby Walsh a été souvent la cible de lâches attaques sur les réseaux sociaux. On lui reprochait de tomber souvent au dernier obstacle, comme ça a pu lui arriver dans des Grs1 avec Annie Power par exemple, ou Bénie des Dieux ** (Great Pretender). Et certains disaient même qu’il avait été payé pour tomber… C’est dire le niveau ! Tout cela a inspiré le bookmaker Paddy Power et ça donné un clip très drôle. Pour le visionner: 

https://www.youtube.com/watch?v=XQClFD5hr6I.