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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

VOUS AVEZ LA PAROLE - Et vous quelle est votre course de rêve ?

Magazine / 16.05.2019

VOUS AVEZ LA PAROLE - Et vous quelle est votre course de rêve ?

VOUS AVEZ LA PAROLE

Et vous quelle est votre course de rêve ?

Nous avons tous une course que nous rêvons de remporter plus que tout, parfois même sans vraiment se l’avouer… Les membres de la rédaction de Jour de Galop se lancent, en vous révélant la course de leur rêve. Et vous, quelle épreuve vous fait rêver ? Envoyez-nous votre réponse à jdg@jourdegalop.com et elle sera publiée la semaine prochaine.

Prix Cambacérès - Auteuil (FR) - Début novembre

Gr1 - 3ans - 3.600m

Par Alice Baudrelle

Ayant côtoyé l’hippodrome d’Auteuil depuis mon plus jeune âge, rien n’est pour moi plus naturel que de rêver de remporter une belle épreuve dans le temple de l’obstacle français. Nombreux sont ceux qui considèrent le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) comme le Graal ; personnellement, il n’y a pas de course qui me fait plus rêver que le Prix Cambacérès. Souvent considéré comme la discipline pauvre des courses, l’obstacle révèle pourtant des chevaux de premier plan, capables de briller également à haut niveau en plat si leur entourage s’y essaye, à l’image de l’excellent Kasbah Bliss (Kahyasi). Afin de briller au plus haut niveau sur les haies, en l’occurrence dans le Cambacérès, il faut allier entre autres qualité de saut et grande classe. Les gens ont tendance à vite l’oublier, car l’exemple de Kasbah Bliss demeure un cas peu commun, probablement par frilosité… Le fait que le Cambacérès soit réservé aux chevaux de 3ans ajoute pour moi de la valeur à l’épreuve, car j’ai toujours eu un faible pour les juniors surdoués. Quoi de plus beau, quand on est passionné d’obstacle, que l’ascension de la plus haute marche du podium du seul Gr1 de l’année pour les jeunes sauteurs ? J’aimerais particulièrement le gagner avec une femelle. Seulement douze pouliches sont parvenues à triompher depuis la création de la course en 1942, la dernière en date n’étant autre que la championne De Bon Cœur ** (Vision d’État) en 2015. C’est dire l’ampleur de l’exploit. Un souvenir me revient notamment en mémoire : la victoire en 2003 de la crack Maïa Eria (Volochine) par dix longueurs, devant le phénoménal Kauto Star (Village Star). Je n’avais que 14 ans à l’époque, mais une telle démonstration ne pouvait que marquer mon esprit pour toujours !

Breeders’ Cup Classic - Santa Anita Park (US) – Début novembre

Gr1, 3ans et plus, 2.000 m

Par Guillaume Boutillon

Cela fait maintenant quelques années que la réunion de la Breeders’ Cup est l’un de mes moments favoris de la saison. Créée en 1984 avec l’idée d’en faire les "olympiades des courses", la Breeders’ Cup est souvent décriée (utilisation du Lasix, fait que ce ne soit pas une course historique…). Mais voilà, à la question "quelle course rêves-tu de gagner ?", sans hésiter, je réponds une épreuve de la Breeders’ Cup et si possible la plus belle : la Breeders’ Cup Classic (Gr1). Selon moi, elle représente le mélange parfait entre folklore et enjeu sportif, le tout mis en scène façon "show à l’américaine". Bref, du grand spectacle !

Sur le dirt de Santa Anita (cet hippodrome a ma préférence) et face aux américains chez eux, la tâche s’annonce pour le moins difficile à relever. Mais avec un 4ans expérimenté et bâti comme un déménageur, je serais bien armé. Bien évidemment, personne ne nous attendrait et c’est en bon outsider (à 20/1, pas mal non ?) que mon protégé succéderait aux American Pharoah (Pioneerof the Nile), Arcangues (Sagace), Arrogate (Unbridled's Song), Cigar (Palace Music), Sunday Silence (Halo), Zenyatta (Street Cry)… Bien parti et dans le dos des animateurs, le mien, après avoir joué un peu des coudes, finirait par trouver le passage à 400 m du poteau et s’envolerait, laissait un écart de quatre ou cinq longueurs entre lui et son poursuivant (si possible, le favori).

Autour du moi, le public, composé en grande majorité de locaux en chemise californienne, chapeau de cowboy sur la tête et fumant leur Davidoff Double R, me verrait exulter. Tout d’abord, j’irais féliciter mon champion pendant de longues minutes et après lui avoir adressé une petite tape sur l’épaule, Mike "The Big Money" Smith, à qui j’aurais confié la monte, me dirait : « Job done. »

Prix de l’Abbaye de Longchamp - ParisLongchamp (FR) - Début octobre

Gr1 - 2ans & plus – 1.000m

Par Mayeul Caire

Parce que la vitesse est, autant que la tenue, l’essence des courses

Parce que la vitesse est, autant que la lenteur, l’essence de la vie

Parce que les sprinters me font penser aux rugbymen de la première ligne : faux mal aimés, vraiment adorés

Parce que, dans le rond, leurs carcasses ressemblent souvent à un fardeau

Parce qu’ils donnent parfois l’impression de boiter dans le rond juste avant de voler en piste

Parce que les sprinters sont des chevaux qui durent, qu’on voit, qu’on revoit et auxquels on s’attache

(…)

Parce qu’il est impossible de regarder la course dans de bonnes conditions

Parce que des types traversent la Manche ou la mer d’Irlande pour suivre leur cheval sur un écran de télé alors qu’ils sont aux courses

Parce que ces propriétaires sont massés dans le rond, collés les uns aux autres, voyant mal à cause des reflets du soleil sur l’écran

Parce qu’ils hurlent pour encourager leur protégé comme s’ils étaient turfistes

Parce que le spectacle est autant dans le rond que sur la piste

Parce que la plupart du temps, personne ne sait qui a gagné avant le développement de la photo-finish

Parce que ces conditions sont un hommage au nonsense anglais

(…)

Parce que c’est souvent un type improbable qui la gagne

Parce que c’est souvent un type dont ce sera le seul bon cheval de toute sa vie

Parce que quand on l’interviewe, on ne comprend rien à son anglais de rue

Parce que le sport a été inventé pour qu’Anglais et Français puissent s’affronter ailleurs que sur un champ de bataille

Parce que c’est un devoir moral de battre les Anglais à chaque fois qu’on le peut

Parce que nous avons tant de mal à y battre les Anglais chaque année

Parce que c’est une course aussi importante à gagner que le Crunch à Twickenham

Parce qu’un jour, j’aimerais pouvoir aller voir le favori anglais battu par mon cheval et lui dire : « Good game »

(…)

Parce que c’est le seul Groupe du calendrier français qui s’adresse à tous les sexes et à tous les âges, de 2ans jusqu’à la fin de sa carrière

Parce que c’est un Groupe 1 ouvert aux hongres

Parce que c’est le seul Groupe 1 français sur 1.000 m

Parce que les courses en ligne droite ont un charme brut assez indéfinissable

Parce que sur ce parcours, la moindre erreur du jockey se paie cash

(…)

Parce que c’est la seule course du monde qui a été courue de bout en bout, à fond, malgré un faux départ (Overdose, 2008)

(…)

Parce que c’est le même jour que l’Arc, le seul de l’année où l’on a – un petit peu – l’impression que les courses existent dans la société et que cela nous rend fiers

(…)

Parce que Philippe Bouchara me surnomme "l’abbé"

(…)

J’aimerais tant gagner l’Abbaye de Longchamp.

Derby - Epsom (GB) - Début juin

Gr1 - 3ans - 2.400m

Par Adrien Cugnasse

En théorie, tout bon français fait de l’Arc le sommet de ses aspirations hippiques. De mon côté, je rêve de remporter une course qui n’est plus – et depuis longtemps – la meilleure au monde. Elle n’est pas non plus la mieux dotée et elle n’a pas le meilleur bilan en termes d’élevage depuis trente ans. Mon grand rêve, celui que l’on ose à peine avouer au zinc d’un hippodrome, c’est le Derby. Dans le Sud-Ouest qui m’a vu grandir, il y a deux religions, la deuxième étant le catholicisme. Mais la première se joue à quinze, à l’aide d’un ballon ovale et de quelques morceaux de bravoure. On peut tout rater au rugby. Mais si on bat les Anglais chez eux, alors on entre dans la légende. L’équivalent hippique du Crunch, c’est l’Arc. Or un français qui l’emporte à Paris, cela ne suffit pas à susciter l’émotion outre-Manche. Par contre, si un "FR" entraîné en France gagne à Epsom… quel choc ! C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec les cinq victoires tricolores des années 1950 et 1960. Le sport – quel qu’il soit – c’est aussi triompher de la volonté des autres. Et plus les autres ont envie de gagner une course, plus on a envie de les battre. Quand on aime les courses, on envie l’Angleterre et on veut jouer dans la cour de récréation de ceux qui ont fait naître le sport qui nous passionne… Bon, les Anglais peuvent dormir tranquilles, ma dernière victoire ayant été acquise avec un 3ans sur la bonne distance (2.400 m), mais pas au bon endroit (Ajaccio).

Arima Kinen - Nakayama (JP) - Fin décembre

Gr1 - 3ans et plus - 2.500m

Par Anne-Louise Echevin

C’est un rêve et ne restera qu’un rêve… À moins d’obtenir mes couleurs au Japon ! L’Arima Kinen veut dire : le Grand Prix. Plus encore que la Japan Cup, c’est la course du Japon. Celle de la fin de saison, celle où le public vote pour inviter ses chevaux favoris, celle où les champions font leurs adieux, la course la plus jouée du Japon (et du monde).

Je pousse le rêve jusqu’au bout : j’ai un champion, le cheval le plus populaire du Japon. Cet Arima Kinen – qu’il a peut-être déjà remporté – est sa dernière course. Ils sont plus de 100.000 à vouloir lui dire au revoir. Le silence est quasiment religieux au rond et derrière les stalles. Puis, la fanfare retentit pour indiquer l’entrée dans les stalles. Plus de 100.000 personnes tapent alors leurs programmes dans leurs mains. Les chevaux partent, sous la clameur tonitruante du public. Ligne droite : mon cheval remonte tout le peloton sous les encouragements du public. Et gagne. Les tribunes pleines à craquer tremblent et grondent... Les frissons.

Et une grande partie du public restera sur l’hippodrome bien après cette épreuve ! Parce que mon cheval va revenir sur la piste, pour une cérémonie de retraite. Pour que le public profite encore de lui et lui dise adieu. Alors non, je ne recevrais pas de trophée des mains de la reine d’Angleterre ! Mais j’aurais ce cheval, qui ne m’appartiendrait pas totalement. Il appartiendrait aussi à ses fans et ces derniers seraient là pour lui, jusqu’au bout. Juste pour lui… Et pour rien d’autre.

Cheltenham Gold Cup (Gr1) - Cheltenham (GB) - Mi-mars

Gr1 - Steeple-Chase - 5ans et plus - 5.300 m

Par Christopher Galmiche

C’est une douce matinée de mars comme peut parfois en réserver Cheltenham. Le soleil rayonne sur la station thermale du Gloucestershire et le thermomètre affiche 15 °C. La dernière journée du Festival sera belle. Je me lève tôt chez ma logeuse, la célèbre Mme Marsch. L’excitation de cette journée de Gold Cup est bien présente. D’autant plus que j’aurais un partant, ou plutôt une partante, dans le Grand Steeple anglais. Un rêve. Ma jument a gagné le Costwold Chase, un Gr2 disputé à Cheltenham fin janvier et préparatoire à la Gold Cup. Les Anglais n’y croyaient pas pourtant. « Elle est trop petite », disait-on. Mais après tout, Al Capone II (Italic) n’est pas grand non plus. J’arrive à l’hippodrome de Cheltenham. Une cinquantaine de personnes est déjà amassée sur les barrières, devant les écuries, où les chevaux descendent des vans. Quelques applaudissements surgissent à la descente du crack anglais en lice pour la Kauto Star Chase Triple Crown. Il vient de remporter le Betfair Chase (Gr1) puis le King George VI Chase (Gr1). Personne ne le voit battu. Les préparatifs d’avant-course se passent comme dans un film au ralenti. La pression monte. Comme à chaque fois à Cheltenham, les chevaux arrivent vingt-cinq minutes avant le départ et tournent dans le rond de présentation. Ma jument est calme. Une fois en piste, elle commence à trottiner. Les chevaux s’élancent. Elle va devant et avale les fences sans faire aucune faute. Dans le long tournant final, le grand favori vient à sa hauteur. Il lui met la pression jusqu’au dernier fence. Pourtant, ma jument repart et l’emporte courageusement. Je dévale les escaliers pour la rejoindre en bord de piste avec mes amis copropriétaires. En larmes, nous la raccompagnons à la Winner’s Enclosure. Le public, fair-play, lance des « hip hip hip hourra ». Le nom de ma jument ? French Bird (Cokoriko).

2.000 Guinées - Newmarket (GB) - Début mai

Gr1 - Mâles de 3ans - 1.600m

Par Adeline Gombaud

La course de mes rêves, c’est une addition de plusieurs rêves. À ce stade, on peut même parler d’utopies.

Le premier, c’est de battre les Anglais chez eux. Et chez eux, pour moi, c’est Newmarket, the home of horseracing. C’est un tout petit détail, mais j’avais été estomaquée de découvrir, lors de mon premier voyage dans cette petite bourgade du Suffolk, une librairie entièrement consacrée aux chevaux et aux courses…

Le second, c’est de gagner avec un cheval entraîné par Freddy Head. Principalement pour qu’il me dise, en attendant que le cheval rentre aux balances : « Vous avez vu comment il a gagné ? Je suis fou de joie ! », avec ce flegme qui le caractérise si bien.

Le troisième, c’est que ce cheval soit monté par Olivier Peslier. Qu’il le monte devant, en imprimant un faux train, avec ses mains magiques, et qu’il démarre juste au bon moment. Assister aussi à l’échange entre le jockey et l’entraîneur : « Alors, Monsieur, cela vous a plu ? »

Cette course, ce serait les 2.000 Guinées. Parce que c’est un classique, parce que le mile reste pour moi la distance reine pour un pur-sang, et parce que c’est en ligne droite. Pas de discussion possible. Ce jour-là, c’était nous les plus forts !

San Juan Capistrano Handicap - Santa Anita (GB) - Fin juin

Gr1 (à l’époque) - 4ans et plus - 2.800m

Par Franco Raimondi

Le Gran Premio di Milano, la course la plus belle de mon jardin, le merveilleux San Siro ? Non, je ne rêve pas parce que je l’ai déjà gagnée avec la casquette d’agent de jockey en 2000 avec un cheval à 15/1, Endless Hall (Saddlers’ Hall) monté par Fernando Iovine et entraîné par Luca Cumani. Ma course, c’est le San Juan Capistrano Handicap, pas la version déformée qui a changé ce handicap en Stakes après sa rétrogradation de Gr1 à Gr3. Le vrai, l’unique, qui était à l’affiche lors de la dernière réunion du meeting d’hiver de Santa Anita, qui reste malgré tout le plus bel hippodrome du monde.

C’était la course la plus dingue des États-Unis, avec ses 2.800 m, et sur un parcours qui était exploité une fois par an. Le départ se situe en haut d’une colline et les chevaux sont obligés de négocier une descente à couper le souffle, ensuite un tournant, un passage qui croise la piste en dirt, et un autre tour de piste. Un jour, j’avais demandé à Charlie Whittingham, qui l’avait gagnée quatorze fois, pourquoi c’était une course de rêve. Il m’avait répondu, un peu macho : « It’s not for sissies. » Ce n’est pas pour les fillettes.

Quand le meeting californien fut inventé, dans les années 30, il était possible de "planquer" un cheval pour le Santa Anita Handicap, car les poids étaient assignés après la première réunion et la grosse épreuve était à l’affiche deux mois et demi après. Dans le San Juan Capistrano, c’était impossible, puisque la course était à la fin du meeting. Le lauréat du Big Cap était presque obligé de remettre son titre en jeu, passant du dirt au gazon, avec beaucoup de kilos en plus. On pouvait gagner avec 49 kg en visant le rendez-vous après des mois de défaites ou, en faisant les gros bras, avec 59 kg après une saison glorieuse.

Pour gagner un Derby, il suffit largement d’avoir le meilleur 3ans du pays et un peu de chance. Le San Juan Capistrano Handicap, c’était autre chose. Il fallait le cheval, bien sûr, mais aussi la patience, les hommes, le savoir-faire, le goût du défi. Et à la fin, tout l’hippodrome chantait Auld Lang Syne, Ce n’est qu’un au revoir. S’ils le refont, je le gagnerai.

Qatar Prix de l’Arc de Triomphe – ParisLongchamp (FR) - Début d’octobre

Gr1 - 3ans et plus - 2.400m

Par Charlotte Rimaud

Comme tout bon Français, je rêve de gagner l’Arc. Pas très original, certes, mais j’ai du mal à imaginer autre chose. Je pense que j’ai commencé à aller aux courses avec mon père dans l’ancien Longchamp, je me souviens aussi d’avoir assisté à l’Arc plus jeune avec lui et d’y avoir emmené par la suite des amis. J’adorerais partager une participation dans l’Arc avec mes proches, gagner serait même la cerise sur le gâteau. Pourquoi l’Arc ? Simplement parce c’est la course plus prestigieuse au monde, qu’elle est ouverte aux mâles et femelles de tout âge, qu’elle est disputée sur un champ de courses des plus sélectifs au monde (avec Ascot et Epsom). Les grands étalons l’ont gagnée, ce qui est important pour l’élevage ensuite. Elle totalise aussi plus de 2,8 millions d’euros d’allocation au gagnant. Mais encore faut-il avoir un cheval d’Arc. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une Zarkava (Zamindar), Trêve (Motivator) ou Enable (Nathaniel) ou encore un Dalakhani (Darshaan), Sea the Stars (Cape Cross), Golden Horn (Cape Cross). One day, maybe