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ZETURF GRAND STEEPLE-CHASE DE PARIS (GR1) - Carriacou, le chef-d’œuvre familial

Courses / 19.05.2019

ZETURF GRAND STEEPLE-CHASE DE PARIS (GR1) - Carriacou, le chef-d’œuvre familial

Carriacou, le chef-d’œuvre familial

ZETURF GRAND STEEPLE-CHASE DE PARIS (GR1). Ils étaient dix-neuf à prendre le départ du Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) après le forfait de Bob and Co (Dom Alco), dont le propriétaire et gentleman-rider, David Maxwell, est tombé dans le Prix Maréchal Foch. Mais nous n’avons vu qu’un seul cheval en piste : Carriacou (Califet) ! Le chef-d’œuvre d’Isabelle Pacault et de sa famille a décroché le Graal de l’obstacle, et de quelle manière ! Il s’est imposé en roue libre de neuf longueurs, ponctuant un scénario de folie. En effet, son entraîneur n’avait pas de jockey et trois jours auparavant, elle a fait appel à Davy Russell, un crack irlandais, grâce au courtier Seamus Murphy. Bilan : Isabelle Pacault est devenue la première femme entraîneur au palmarès de l’épreuve reine et Davy Russell a gagné le Grand Steeple pour sa première sortie sur les gros obstacles d’Auteuil. Quant à Carriacou, il a démontré qu’il était le meilleur sur la piste et il n’a pas volé sa victoire. Cela fait déjà trois ans qu’il fait partie de l’élite d’Auteuil ! Certains esprits chagrins souligneront qu’il manquait pour le match final Crystal Beach (Network) et Docteur de Ballon (Doctor Dino), tombés au rail ditch, alors qu’ils allaient très bien. Mais la première chose à faire dans une course d’obstacles, c’est de rester debout !

Davy Russell et Carriacou, une publicité pour l’obstacle. C’est rare, très rare de voir un cheval arriver avec autant de ressources entre les deux derniers obstacles d’un Grand Steeple, les oreilles pointées, n’attendant qu’un signe de son pilote pour bouger. Pourtant, c’est la saisissante image que nous a laissée Carriacou. Mais rembobinons le film. Carriacou est parti tranquillement, galopant dans la seconde moitié du peloton. Impeccable dans ses sauts, il a fait mouvement après le rail ditch et au bout de la piste extérieure, il s’est retrouvé juste derrière les leaders avec des ressources. Entre les deux derniers obstacles, le sauteur de l’écurie Mirande est venu de lui-même sur la ligne de tête. Son jockey, Davy Russell, a attendu d’avoir passé la dernière haie pour demander à Carriacou d’accélérer, alors que Bipolaire (Fragrant Mix) tentait de le menacer. Il est alors reparti pour gagner aisément. Impérial sur les obstacles et sur le plat, le couple Carriacou/Russell est une vraie publicité pour l’obstacle.

Isabelle Pacault, première femme entraîneur au palmarès. Isabelle Pacault est devenue grâce à Carriacou la première femme entraîneur à gagner le Grand Steeple. Elle avait sellé son premier partant dans l’épreuve en 1994 avec Vénus de Mirande (Carmont). Elle a ensuite aligné Lord Carmont (Goldneyev) à quatre reprises au départ du Grand Steeple, faisant trois fois l’arrivée, et enfin Carriacou et Winneyev (Goldneyev), respectivement troisième et non placé en 2017. Mais ne soulignez pas trop qu’Isabelle Pacault est la première femme entraîneur au palmarès de la grande épreuve : « Je n’aime pas ça, c’est le cheval qui a gagné. Une femme, un homme… C’est le cheval et toute l’équipe. C’est une magnifique histoire familiale. La mère a été élevée à la maison. L’étalon a été entraîné pas loin non plus, je connais bien toute la famille et ça rajoute une valeur extraordinaire. Ma mère était là aussi et elle ne vient que pour les grands événements. Aujourd’hui, c’en est un ! Mes frères étaient présents et ils m’ont toujours soutenue. C’est magique… » C’est par l’intermédiaire de Seamus Murphy, auquel elle avait promis un sévère châtiment si Davy Russell ne gagnait pas, que la Mansonnienne a fait appel au crack-jockey irlandais. Un choix qu’elle n’a pas eu à regretter : « Étonnamment, j’avais une confiance dans le jockey et le cheval ne m’a pas fait peur sur un seul des obstacles. Je suis étonnée moi-même, mais à un moment, il faut faire confiance. Ce n’est pas forcément ma qualité première, mais là je sentais que c’était un grand jour, une belle histoire. Le jockey n’avait pas d’a priori, il a monté des courses avec quarante partants, il a visionné toutes les courses et ne s’est pas occupé de savoir si quelque chose allait gêner le cheval ou si celui-là était comme-ci ou comme ça. Il a eu un sang-froid exceptionnel. » Carriacou avait offert un premier Gr1 à Isabelle Pacault. Avant elle, seule Florence Forneron (Prix Alain du Breil) avait fait aussi bien. Catherine Godin fut le premier entraîneur au féminin à avoir un partant dans le Grand Steeple. C’était en 1981. Elle fut ensuite imitée par Mme Loic Audon, Mme Siavy-Julien, Sylvie Siné, l’Anglaise Mme Hugues, Mireille Desvaux. Cette année trois femmes étaient représentées (avec Louisa Carberry et Anne-Sophie Pacault).

Dix mille personnes ont été recensées lors du week-end du Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Trois mille spectateurs étaient venus samedi pour assister au sacre de Bénie des Dieux (Great Pretender) dans la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1). Sept mille personnes se sont déplacées pour voir Carriacou (Califet) gagner le Grand Steeple ce dimanche, malgré une météo loin d’être parfaite.

Tous à Carriacou ! Nous avons demandé à Isabelle Pacault la signification du nom de Carriacou, laquelle nous a expliqué : « C’est le nom d’une île. Ma fille Anne-Sophie l’a nommé comme ça. J’ai dit que si nous gagnions le Grand Steeple, nous partirions tous à Carriacou ! Nous avons une sœur de ce dernier chez Charlotte [qui s’occupe de Carriacou, ndlr], une autre qui est chez Sébastien Leloup, un de mes anciens jockeys et une autre sœur qui est dans un pré à Mirande. Elle ira peut-être directement faire des bébés ! Je pense que l’étalon compte pour beaucoup. Carriacou a beaucoup pris de son père, toutes ses qualités. C’est un cheval extrêmement intelligent» Vainqueur des Prix Maurice Gillois (Gr1) et Hopper (Gr3) à 4ans, Carriacou avait terminé troisième de l’édition 2017. Par la suite, il a été longuement absent et n’a retrouvé la compétition que l’hiver dernier à Pau. Il a eu une préparation idéale, gagnant le Prix William Head (L) avant son sacre dans le Grand Steeple.

Davy Russell, le pilote des grands événements. Longtemps premier jockey de Gigginstown House Stud, vainqueur de la Cheltenham Gold Cup (Gr1) avec Lord Windermere (Oscar), et partenaire du double gagnant du Grand National de Liverpool (Gr3) avec Tiger Roll (Authorized), Davy Russell est l’un des meilleurs jockeys d’obstacle du monde. Pour sa découverte du steeple d’Auteuil, il a réalisé un coup de maître en montant d’emblée une course à montrer dans les écoles. Il nous a raconté : « Ma seule course à Auteuil avait eu lieu dans la Grande Course de Haies (Gr1) dans laquelle j’avais monté Solwhit (Solon). Mais je n’avais jamais monté sur le steeple ici. Malgré tout, cela reste une course de chevaux et j’ai eu un partenaire très intelligent. Je me suis fait ma propre opinion de la piste et des obstacles. Je n’ai rien demandé aux autres jockeys ou entraîneurs. J’ai pensé que la clé était de bien détendre Carriacou et de l’avoir dans un bon rythme, tout en évitant les problèmes. Le favori Bipolaire était devant moi et j’ai vu que Paul Townend n’était pas loin également : j’étais en bonne compagnie ! Pour aborder les deux derniers obstacles, j’avais beaucoup de ressources. J’étais très heureux mais je ne voulais surtout pas venir trop tôt en tête. J’ai dû décider du moment où partir et heureusement, j’ai fait le bon choix ! Je suis venu samedi matin à Maisons-Laffitte pour le monter. Isabelle m’a laissé faire. Elle est très heureuse pour moi. Elle m’avait dit de le monter suivant mon feeling et lorsque vous avez des instructions comme ça, c’est bon ! Seamus Murphy m’a appelé pour monter le cheval. On m’a demandé si je pouvais faire le poids, et heureusement je pouvais. Je ne sais pas si nous allons emmener Carriacou pour faire une parade chez moi à Youghal en Irlande, mais Isabelle m’a dit que mes enfants étaient les bienvenus pour voir le cheval. J’ai toujours regardé cette course et j’ai toujours voulu la monter, mais je n’avais jamais eu l’opportunité jusqu’à présent. J’étais déjà heureux d’avoir une monte, mais je ne pensais pas gagner ! C’est très spectaculaire. Les Français sont passionnés par leurs chevaux. C’est fantastique ! »

Mi-figue mi-raisin dans la team Nicolle. François Nicolle avait quatre partants dans ce Grand Steeple : Bipolaire, Roi Mage (Poliglote), Eludy (Saddler Maker) et Dalia Grandchamp (Kapgarde). Bipolaire a patienté avant de se rapprocher pour venir dans le groupe de tête au bout de la piste intérieure. Après avoir passé la piste extérieure, il a fait illusion pour la victoire, mais à la fin, il n’a rien pu faire contre Carriacou. Roi Mage a pratiqué la même tactique qu’il y a quinze jours lors de sa victoire dans le Prix Romati (Gr3). Il a longuement attendu avant de tracer un beau dernier kilomètre pour venir prendre la troisième place. Eludy a été contrariée par la forte hésitation de So French (Poliglote) au premier passage de la rivière des tribunes et elle est tombée. Dalia Grandchamp a fini neuvième, mais elle a des circonstances atténuantes. Le professionnel de Saint-Augustin nous a déclaré : « Bravo à Carriacou qui est un grand crack. On pourrait refaire la course et ce serait la même arrivée, il n’y a pas de discussion possible. Le meilleur a gagné ! Bipolaire a fait une course magnifique et j’y ai cru très longtemps, mais quand j’ai vu le gagnant arriver sur la der sans rien demander, j’ai su que nous allions être battus. Jonathan Plouganou m’a dit qu’il l’avait peut-être monté trop offensif, mais ce n’est pas une excuse. Roi Mage court très bien lui aussi. Il a été gêné par un tombé dans la ligne d’en face, mais son jockey m’a dit qu’il n’aurait pas pu finir plus près. Il ne pouvait pas suivre les deux premiers, mais il a fourni une vraie performance pour son premier essai sur la distance. Nous n’avons rien vu avec Eludy puisqu’elle est tombée à la rivière des tribunes. Elle va sans doute aller sur les Drags. Dalia Grandchamp a joué de malchance elle aussi puisque la selle a tourné»

Roxinela réalise une grande performance. Bonne et éclectique jument, Roxinela (Muhtathir) a réussi la meilleure valeur de sa carrière. Elle est venue prendre la tête pour aborder le deuxième tour et elle a conservé les commandes jusqu’au tournant final. Courageuse jusqu’au bout, elle s’est classée bonne quatrième devant Burrows Saint (Saint des Saints) qui était le meilleur des pensionnaires de Willie Mullins sur le papier. L’entraîneur irlandais nous a dit au sujet de ses cinq protégés : « Burrows Saint a été trop bien durant le parcours. Il s’est retrouvé devant au second saut de la rivière des tribunes et il a alors eu envie d’en découdre, alors que c’était trop tôt. Rathvinden (12e) n’a jamais été bien en course. Pleasant Company (13e) a laissé traîner les postérieurs au second saut de la rivière des tribunes. Son jockey a dit que c’était fini pour lui à ce moment-là. Total Recall (8e) a bien sauté et a galopé jusqu’au bout. Le jockey d’Acapella Bourgeois (14e) m’a dit qu’il n’avait jamais voyagé comme il l’a fait la dernière fois en Irlande. Il est possible que les pluies tombées depuis hier ne lui aient pas plu, tout comme à Burrows Saint. Cela aurait dû plaire aux autres. C’est formidable pour Isabelle Pacault et Davy Russell. Je suis enchanté pour eux. Davy Russell a aussi remporté le Grand National cette année. Je voulais l’avoir lorsque j’ai appris qu’il me manquerait un jockey et je me suis dit : “Mais qui est cette personne qui a eu l’intelligence de faire appel à lui ?”, et c’était Isabelle. Quant à nous, nous allons apprendre encore plus grâce à nos partants»

Un rail ditch qui nous laisse sur notre faim. Les vainqueurs respectifs des Prix Murat (Gr2) et Ingré (Gr3), Crystal Beach (Network) et Docteur de Ballon (Doctor Dino) faisaient partie des favoris. Fidèles à leurs tactiques de prédilection, ils ont attendu à l’arrière-garde. Au moment de franchir le rail ditch, Crystal Beach est arrivé en roue libre à la hauteur de Carriacou… Mais alors qu’il avait franchi l’obstacle à la perfection les fois précédentes, il a laissé traîner l’arrière-main en faisant une faute sérieuse qui a éjecté son jockey, Ludovic Philipperon. Quant à Docteur de Ballon, il avait également gagné des rangs pour sauter le rail ditch, mais a fait une faute qui a éjecté Félix de Giles. Il allait lui aussi facilement et pouvait espérer faire l’arrivée, au minimum… So French a fini onzième et il a fait plusieurs hésitations, sur la rivière et le gros open ditch par exemple. Le Costaud (Forestier) a donné l’impression de pouvoir finir dans les cinq premiers au bout de la ligne d’en face, alors qu’il était dans le sillage des animateurs, mais les 6.000m ont été un peu trop longs pour lui. Il a terminé septième, devant Storm of Saintly (Saint des Saints), dixième, après avoir évolué dans le premier tiers du peloton. Saint Pistol (Saint des Saints) a fait tomber son jockey au moyen open ditch, obstacle sur lequel Spirit Sun (Zambezi Sun) a chuté. Mais tout le monde s’est relevé, rentrant sain et sauf aux écuries.

http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/CARRIACOU.pdf

Le neuvième Gr1 de Califet. Lorsque Carriacou a été conçu, son père Califet (Freedom Cry) officiait en France au haras du Chêne Vert. Clairement passé de mode, il avait sailli 58 poulinières cette année-là – après deux saisons à plus de 130 juments – si bien que deux ans plus tard, il a été vendu en Irlande par l’intermédiaire de Carberry Bloodstock, l’agence de courtage de Philip et Louisa Carberry. Son arrivée à Boardsmill Stud a été bien accueillie par les éleveurs de l’île verte qui l’ont bien soutenu depuis (179 juments en 2016 par exemple). Repéré à 2ans par Guy Chérel, Califet avait remporté les Prix Jean de Chaudenay (Gr2) et d’Hédouville (Gr3) sous les couleurs de l’Espagnol Leopoldo Michelena Olazabal. Il s’était classé quatrième du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) de Marienbard (Caerleon), à une demi-longueur d’High Chaparral (Sadler’s Wells). Vendu à Godolphin, il n’avait ensuite pas confirmé sous l’entraînement de Saeed bin Suroor et c’est alors que Guy Cherel l’avait récupéré pour faire la monte en France. Avec un carnet de bal restreint pour sa première année de monte – en 2005 – Califet avait terminé en tête des étalons "première production" en obstacle (devant Martaline, Al Namix et Ballingarry). Ses cinq gagnants de Gr1 ont remporté neuf épreuves au meilleur niveau. Il s’agit de Blue Dragon (Prix Renaud du Vivier & Prix Alain du Breil, Grs1), Clarcam (Galway Plate, Galway, Christmas Nov Chase & Manifesto Novice Chase, Grs1), Cilaos Emery (Herald Champion Novice Hurdle, Gr1), Adrien du Pont (Coral Future Champions Finale Juvenile Hurdle, Gr1) et Carriacou (Prix Maurice Gillois & Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris, Grs1).

Le fils de la prolifique Medanik. Élevé par le haras de Mirande, Carriacou est un fils de Medanik (Medaaly), gagnante en steeple à Pau. Cette dernière était une fille de Medaaly (Highest Honor) lui-même père de Medermit (Scilly Isles Novices'Chase et deuxième du Ryanair Chase & Supreme Novices' Hurdle, Grs1) et de Shekira (Prix Renaud du Vivier, Gr1).

Cinq produits de Medanik sont gagnants sur les sept à avoir couru. Elle a produit notamment Bargain (Goldneyev), vainqueur de gros handicap, mais aussi Goldik (Goldneyev), deuxième du Premio Steeplechases di Treviso (L).

La deuxième mère, Nikora (Nikos), compte une victoire en plat et deux succès en steeple. Medanik est son unique produit. La troisième mère, Linora (Esprit du Nord), est une élève de l’écurie Wertheimer & Frère. Après avoir couru en plat pour les couleurs de son éleveur, elle a été achetée par Jean-Claude Evain et a rejoint les boxes de Guy Chérel. Elle est l’aïeule de Costic (Nikos), deuxième du Prix Jean Stern (Gr2) et Somag (Indian River), gagnant du Prix Guillaume de Pracomtal (L).

Soviet Star

Freedom Cry

Falling Star

Califet

Kendor

Sally’s Room

Square Room

CARRIACOU (H7)

Highest Honor

Medaaly

Dance of Leaves

Medanik

Nikos

Nikora

Linora