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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

À Pau, une P.S.F. rénovée et des ambitions renouvelées

Courses / 18.06.2019

À Pau, une P.S.F. rénovée et des ambitions renouvelées

Au mois de février, la rénovation complète de la piste en sable fibré de Pau a été annoncée. Alors que le premier coup de pelle est prévu cette semaine, Jean Brouqueyre, directeur de l’hippodrome et du centre d’entraînement, a répondu à nos questions.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – En dehors de la surface elle-même, d’autres modifications sont-elles prévues ?

Jean Brouqueyre. – Le tracé a été revu. Nous allons passer de dix-huit à seize partants. Dès lors, l’emprise de la piste va être réduite, à l’intérieur, ce qui permet d’augmenter son rayon. Deux raquettes de départ seront disponibles, une pour le parcours de 1.600m, l’autre pour celui de 2.000m.

Le tracé va être très sélectif, sur 2.300m, avec une ligne droite de 450m. Le président Jean-Louis Foursans-Bourdette souhaite, et l’idée est bonne, créer un deuxième poteau d’arrivée, à 200m de l’actuel. C’est un projet dont nous devons rediscuter avec les instances. Il a été présenté de manière trop précoce et le retour n’a pas été positif. Mais l’idée mérite d’être creusée et nous allons apporter d’autres éléments techniques, avec l’objectif de faire un test cet hiver sur une dizaine de courses. Avec ce deuxième poteau, on crée des distances intermédiaires, comme 1.800m ou 2.200m. De même, cela permet d’obtenir une ligne droite de près de 650m, donc très sélective, qui sera utile pour accueillir des courses de sélection, c’est-à-dire des épreuves pour de bons 3ans ou même une Listed. Aujourd’hui, le programme de Pau ne propose pas ce type de compétitions. Nous sommes bien ancrés dans l’instant présent mais cela ne nous empêche pas d’essayer de prévoir l’avenir. Nous avons par ailleurs acquis une nouvelle stalle de départ auprès de Fornells, prévue pour seize partants, avec une 17e place pour des questions de sécurité.

De même, cela permet d’obtenir une ligne droite de près de 650m, donc très sélective, qui sera utile pour accueillir des courses de sélection, c’est-à-dire des épreuves pour de bons 3ans ou même une Listed. Aujourd’hui, le programme de Pau ne propose pas ce type de compétitions. Nous sommes bien ancrés dans l’instant présent, mais cela ne nous empêche pas d’essayer de prévoir l’avenir.

Comment vont se dérouler les travaux ?

La première phase, celle de la reprise de la fondation drainante, est assurée par Normandie Drainage, une entreprise reconnue en France. Elle débute cette semaine et va durer jusqu’au 10 août. La deuxième phase, celle de l’enrobé drainant, est assurée par la société Sacer Colas. On connaît les réalisations de cette entreprise, notamment pour la PSF de à Chantilly. Ce deuxième lot dure trois semaines à partir du 23 août.

Enfin la troisième phase, celle qui concerne la surface de la piste elle-même, doit durer deux mois et elle est confiée à la société Martin Collins qui fait référence à travers le Monde. Nous devons être prêts pour courir le 26 octobre. Après cette première journée de courses, nous ferons le point et l’inauguration officielle est programmée pour le mois de décembre.

La société d’Encouragement des Pyrénées Atlantiques est le maitre d’ouvrage.

Nous avons voulu créer une équipe avec trois intervenants afin que chacun puisse apporter son expérience et son expertise dans son domaine d’excellence. Entre février et mai, nous avons longuement travaillé pour déterminer à quel prestataire nous allions confier ce projet, tout en suivant les règles d’attribution des marchés publics. Dans le cahier des charges, il y a notamment le fait que cette piste doit à la fois être utilisée à l’entraînement et lors des jours de courses, y compris en période hivernale où quatre cents chevaux sont là le matin, seulement quelques heures avant le début des compétitions. Nous avons choisi Martin Collins, car ce prestataire a prouvé sa capacité à livrer des pistes qui fonctionnent dans des conditions comparables.

 

Qui dit nouvelle piste dit aussi nouveau matériel et nouvelle formation du personnel ?

En effet. La société Martin Collins nous a conseillés au niveau des achats du matériel d’entretien, tout en nous fournissant la marche à suivre pour nous en servir de manière optimale. De même, Martin Collins va former nos équipes. Nous allons envoyer deux salariés en juillet à Deauville puis au mois d’octobre et de novembre à Chantilly. Il faut que les moyens humains soient à la hauteur de la qualité de l’équipement. Nous avons une réelle marge de progression sur l’entretien et la maintenance. Tout comme un gazon, une P.S.F. réagit aux variations de la météo. Beaucoup d’entraîneurs en sont conscients mais nous devons continuer à communiquer à ce sujet. Pour obtenir les conditions optimales de compétition, il est nécessaire que les équipes soient très aguerries à l’entretien et à la préparation de la surface. Et ce, dès le premier jour.

Aujourd’hui, la Société des courses, la ville de Pau et France Galop ont uni leurs forces pour faire progresser notre site. Investir, c’est manifester et annoncer clairement que les courses ont un avenir et que les acteurs veulent se bâtir un futur.

 

Les collectivités locales et autorités hippiques vous ont largement suivi sur ce projet ?

C’est vraiment un point très important. Il est très heureux de constater que dans une filière où des difficultés existent, où les budgets se resserrent… un tel projet est capable de rassembler des soutiens aussi importants et diversifiés. Le premier levier d’une entreprise qui doit assurer son avenir, c’est l’investissement pour améliorer son outil de travail et ses performances. Cette P.S.F. nous permet de nous projeter pour les deux décennies à venir. Je suis arrivé à Pau en 2012 et je sais qu’il y a des tentatives de rénovation de cette piste qui n’ont pas abouti. Aujourd’hui, la Société des courses, la ville de Pau et France Galop ont uni leurs forces pour faire progresser notre site. Investir, c’est manifester et annoncer clairement que les courses ont un avenir et que les acteurs veulent se bâtir un futur. Nous bénéficions du soutien très actif de la mairie, et du maire François Bayrou, qui considèrent véritablement les courses comme un secteur économique à part entière. Plus de quatre cent vingt emplois sont liés aux activités hippiques localement. Le rôle de l’institution c’est de créer les conditions pour qu’un tel outil soit utilisé au mieux et rentabilisé. On ne peut pas penser qu’un hippodrome comme Pau ne soit utilisé pour la compétition que deux mois et demi durant l’année. Un plan de redéploiement des courses doit être lancé. Lorsqu’un site rassemble un hippodrome et un centre d’entraînement – comme c’est le cas à Pau, La Teste-de-Buch ou Mont-de-Marsan – il doit accueillir des compétitions toutes les trois semaines, quitte à dédensifier la période hivernale, aussi bien en plat que sur les obstacles. Cela englobe aussi la question du coût économique, humain et environnemental des déplacements, alors que les chevaux peuvent courir sur place. Je n’invente rien, c’est un engagement d’Édouard de Rothschild, président de la société mère.

 

En dehors de la piste quels sont les autres projets prévus sur le site ?

Nous allons refaire le parvis de l’hippodrome, c’est-à-dire l’espace entre les tribunes et la piste, mais également toute la main courante. Nous travaillons avec TecRail et Fornells sur ce sujet. Tout l’agencement du rond de présentation va être revu. La zone qui l’entoure aussi. Les chevaux n’y accéderont plus par le côté, mais par l’ancien rond. Nous allons mettre en place une plateforme semi-végétalisée afin d’accueillir des structures éphémères le jour des grandes courses. L’ensemble de ces agencements sera effectif cette année, grâce à l’implication du personnel mais aussi des prestataires. Pour financer tout cela, nous avons redoublé nos efforts de gestion. Nous voulons théâtraliser et scénariser encore plus les courses. Les gens veulent du neuf mais il faut savoir les écouter, en répondant simplement à leurs besoins au bon moment. La réussite des Jeuxdis à ParisLongchamp en atteste : à cette période de l’année, les gens veulent venir aux courses pour passer du bon temps, boire des verres… Il faut faire les choses simplement.

Demain, tous les hippodromes de notre secteur auront franchi un grand cap s’ils achètent du matériel ou des matières premières ensemble. Rassemblés, nous serons plus forts. Une révolution culturelle doit voir le jour dans les hippodromes et elle passe par les hommes.

 

Comment jugez-vous l’évolution des effectifs basés à Pau ?

Il y a bien sûr les piliers – comme Jean-Claude Rouget et François Rohaut – qui sont compétitifs sur la scène internationale. Mais nous avons besoin de diversité et d’acteurs de toutes les tailles. Et il est très heureux de constater que Pau accueille des professionnels installés depuis moins de cinq années, à l’image d’Hector de Lageneste, Simone Brogi, Christophe Cheminaud, David Morisson… Il ne faut plus opposer les professionnels des différentes catégories. Ils ont tous leur place, tout comme les hippodromes de toutes tailles. En France, il n’y a pas que le PSG et c’est l’ensemble des clubs de football qui crée une cohérence, un tissu social. La diversité est synonyme de richesse, chacun doit jouer sa partition. Cette pluralité ne doit pas empêcher une segmentation de l’offre. Les vingt-cinq plus gros hippodromes français doivent tirer l’ensemble vers le haut. La compétition économique a changé d’échelle. Avant, dans une ville, une salle de spectacle était concurrente d’un palais des congrès. Aujourd’hui, les marques So Toulouse, Only Lyon… permettent par exemple de marketer l’ensemble des équipements de la cité et d’assurer le rayonnement de leur ville au niveau national et mondial. Il va falloir que les courses se mettent à la page. Demain, tous les hippodromes de notre secteur auront franchit un grand cap s’ils collaborent ensemble au travers de groupement en achètant du matériel ou des matières premières ensembles. Rassemblés, nous serons plus forts. Une révolution culturelle doit voir le jour dans les hippodromes et elle passe par les hommes.

Martin Collins : « Les P.S.F se sont considérablement améliorées »

Martin Collins est le fondateur de la société éponyme. Celui qui fait référence dans l’univers des P.S.F. est chargé de la rénovation la surface de la piste de Pau et il nous a confié : « En trois décennies, les P.S.F se sont considérablement améliorées, notamment en ce qui concerne la qualité des matériaux. Le plus difficile à maîtriser, ce sont les corps gras. Nous avons consacré énormément de temps à cette question, notamment à la réaction aux variations de température, mais également face aux rayons ultraviolets de la lumière. Comme toute piste de qualité, une P.S.F. génère des projections car c’est lié à la capacité d’absorption du sol. Le cas échéant, on casse les chevaux car la piste n’est pas assez souple. Aux États-Unis, à Keeneland, de nombreuses études statistiques ont été menées sur les différents types de pistes. Les chiffres prouvent que celles en sable fibré génèrent 85 % d’accidents en moins que les autres surfaces. C’est une différence considérable. Concernant le projet de Pau, j’ai bien sûr mis au service de la Société des courses locales mon expérience acquise à travers le monde. Au-delà de la surface, c’est la piste en intégralité qui va être améliorée. Le sable – de qualité – provient de France, tout comme la composante plastique du mélange. Et nous apportons les corps gras depuis notre base anglaise. Ce type de piste est actuellement en fonction à Deauville. Nous pouvons déjà compter sur plusieurs années de recul avec cette technologie. Au total nous avons déjà équipé vingt-six champs de courses à travers le monde et deux supplémentaires sont en discussion. De plus en plus d’hippodromes veulent avoir une P.S.F. Nous sommes très heureux de travailler avec l’équipe de Pau. Grâce à leur collaboration, nous allons obtenir une piste de très grande qualité. »