CORONATION STAKES (GR1) - Antoinette Tamagni : « Il faut donner sa chance à chaque cheval »

International / 21.06.2019

CORONATION STAKES (GR1) - Antoinette Tamagni : « Il faut donner sa chance à chaque cheval »

CORONATION STAKES (GR1)

Antoinette Tamagni : « Il faut donner sa chance à chaque cheval »

Très émue, Antoinette Tamagni, qui a élevé Watch Me au sein de son haras de Saint Julien, a pris le temps de répondre à nos questions, juste après le succès de sa pouliche dans les Coronation Stakes (Gr1).

Jour de Galop. - Que ressentez-vous quelques minutes après cette victoire ?

Antoinette Tamagni. - C’est super ! C’est incroyable, elle le fait avec beaucoup de facilité ! Il faut dire que son jockey lui a donné une course de rêve ! Quelque part, cela vient compenser la Poule d’Essai des Pouliches, où elle a été malheureuse. Je suis très contente, c’était vraiment génial ! Watch Me appartient à la première génération de chevaux élevés au haras de Saint Julien. Pour toute l’équipe, c’est donc un moment important. C’est aussi mon premier Gr1 en tant que propriétaire. Et à Royal Ascot ! Imaginez, c’est presque un rêve ! Je me sens encore un peu perdue !

Racontez-nous l’histoire de Watch Me…

J’avais acheté Watch Me in utero à la vente d’élevage Arqana. À l’époque, j’achetais des juments, car nous souhaitions soutenir notre étalon Elvstroem. J’avais donc acquis sa mère, Watchful (Galileo), pleine d’Olympic Glory, pour 22.000 €. Le produit à naître était Watch Me. C’était une pouliche normale, sympa, gentille, correcte. Rien ne la démarquait vraiment des autres. Elle est passée à Arqana yearling. C’était une jolie pouliche, pas très grande, assez légère, et c’est peut-être pour cela qu’elle n’a pas trouvé acquéreur. Je suis vendeuse mais quand un cheval n’atteint pas son prix de réserve, je le rachète et j’avais donc racheté Watch Me pour 30.000 €, de même que j’ai racheté l’année suivante son frère par Elvstroem, qui a désormais 2ans et est à l’entraînement chez John Oxx. Watchful a un yearling par Elvstroem ainsi qu’un foal par le même étalon et a été présentée à Golden Horn.

Avez-vous toujours cru en votre pouliche ?

En tant que propriétaire et éleveur, je crois qu’il est important de donner sa chance à chaque cheval. Certains vont être bons, d’autres non, mais il faut leur laisser une chance. Watch Me a montré des choses lorsqu’elle a commencé à travailler à 2ans. Aujourd’hui, elle est gagnante de Gr1. En la regardant dans le rond d’Ascot, parmi les autres pouliches, je l’ai trouvée plus grande, avec plus de force. Je crois qu’elle a encore pris de la maturité. Elle est désormais gagnante de Gr1 et c’est important pour nous, éleveurs !

Regardez-la bien, la petite française…

Les drapeaux et les chants de stade ont accueilli Watch Me (Olympic Glory) qui a ouvert le score pour la France à Royal Ascot cette année dans les Coronation Stakes (Gr1). Oui, les succès des "FR" vendus à l’étranger sont bons pour les affaires, mais les courses sont un sport et la joie d’une vraie victoire 100 % française, c’est autre chose. Francis-Henri Graffard et Pierre-Charles Boudot ont vécu le deuxième acte d’une incroyable semaine : un premier Prix de Diane et cinq jours après le triomphe dans la super-finale pour les pouliches sur le mile, en Angleterre.

Le pilote, encore en selle, a dit : « Je suis un garçon chanceux ! » Plus tard, il a ajouté : « Je n’ai pas trop tremblé dans la ligne droite ! Tout s’est vraiment parfaitement goupillé. Elle est bien sortie de sa stalle et je l’ai ensuite laissée faire. Nous avons eu le sillage d’Hermosa, la pouliche à battre, ce qui était la place rêvée. Je l’ai décalée gentiment dans la ligne droite et elle a bien répondu, venant sur la main, facilement. Nous savions qu’elle avait une chance car elle avait vraiment été très malheureuse dans la Poule d’Essai des Pouliches, elle n’avait pas pu s’exprimer. L’idée était de lui donner une ligne droite limpide et c’est ce qu’il s’est passé. C’est mon premier gagnant à Royal Ascot [il a été troisième pas loin des Queen Anne Stakes avec One Master mardi et troisième des Prince of Wales’s Stakes avec Waldgeist mercredi, ndlr]. C’est incroyable, c’est plus que sympa : c’est un pur kiff ! Tout ce qui est arrivé en moins d’une semaine, avec la victoire dans le Diane avec Channel, c’est juste incroyable ! Tout le monde rêve de cela ! C’est vraiment fabuleux ! Il va peut-être falloir créer un drapeau pour Paray-le-Monial (rires) ! »

Watch Me, qui porte les couleurs d’Alexander Tamagni (en association avec Regula Vannod), était un gros outsider, à 20/1, mais elle n’a pas gagné sur un coup de chance ou par hasard. Madame La Chance, qui avait joué contre elle dans The Emirates Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), a soufflé dans sa voile, mais pour gagner les Coronation, il ne suffit pas un bon parcours, sans encombre. Il faut une super pouliche.

Un parcours de rêve. Francis-Henri Graffard a expliqué : « Comme dimanche dernier, nous avons eu un parcours de rêve. La pouliche était bien aux boutons, elle suivait la bonne roue, celle de la favorite. Pierre-Charles l’a décalée au bon moment et elle a très bien accéléré. J’avais gardé ma confiance dans la pouliche. Elle n’avait pas été heureuse dans la Poule, mais je savais qu’elle était très bien. Nous venions en espérant la troisième place, ce qui aurait déjà été très bien pour son papier de future poulinière. Gagner ici, c’est exceptionnel. Je connais bien ces grands meetings pour y être allé avant de m’installer comme entraîneur. Pour la suite de son programme, on va voir comment elle récupère. Si elle court avant un break, ce sera le Rothschild. De toute façon, le boulot est fait, la suite ne sera que du bonus ! »

Un douzième succès pour la France. La France a signé son douzième succès dans les Coronation et, ce qui est encore plus intéressant, le quatrième au cours des neuf dernières éditions. Toutes les françaises qui précèdent Watch Me dans le palmarès se sont présentées au rendez-vous avec dans leur CV un succès ou une place dans la Poule d’Essai, sauf Immortal Verse (Pivotal), qui avait décroché son ticket en remportant le Prix de Sandringham (Gr2). Il fallait du courage pour affronter le déplacement avec une pouliche horriblement malheureuse dans le classique français mais, en tout cas, sixième sur le poteau. Les parieurs anglais n’ont pas pris la peine de regarder ce qui s’était passé à ParisLongchamp. Ils ont eu tort…

La vitesse fait toujours la différence. Tout s’est bien passé pour Watch Me. Pierre-Charles Boudot a réussi à positionner sa pouliche dans le dos de la grande favorite Hermosa (Galileo), contrée par Pretty Pollyanna (Oasis Dream) et obligée de voyager nez au vent. Le pilote français a attendu patiemment son heure. Watch Me allait tellement facilement que son jockey l’a déboîtée avant le poteau des derniers 400m ! Sur une pointe elle a passé Hermosa et a continué jusqu’au bout, pour rallier le poteau avec une longueur et demie sur la double lauréate des Guinées. Jubilosa (Kingman), pouliche à grande action, a suivi Watch Me, mais n’a pas montré la même pointe de vitesse, qui reste l’image de marque du galop français. Elle s’est classée troisième, avec mention très bien pour une pouliche qui en était à sa troisième sortie. La gagnante de la Poule d’Essai des Pouliches Castle Lady (Shamardal), attentiste, n’a pas accéléré et s’est classée cinquième, devancée par Twist’N’Shake (Kingman).

Aidan O’Brien, pas d’excuses. Hermosa a été battue par une pouliche qui possède plus de vitesse. Le Prix de Diane était peut-être un engagement plus favorable pour elle, mais heureusement pour Francis Graffard et Pierre-Charles Boudot, les lads en ont décidé autrement. Aidan O’Brien a dit : « Je ne cherche pas d’excuses, elle va rentrer à la maison et au fur et à mesure de sa récupération nous prendrons une décision dans les prochains dix jours. Sa sœur Hydrangea tenait 2.400m, mais sur ce sujet on ne peut juste espérer qu’un cheval tienne avant de le courir… »

Jubiloso, direction Falmouth. Jubiloso est sortie grandie de la course. Teddy Grimthorpe, racing manager du prince Abdullah a dit : « Elle a un peu manqué d’expérience mais on a connu des jours plus difficiles, elle est quand même troisième d’un Gr1. Je pense qu’elle a beaucoup appris et le mile, c’est son sport. Elle est engagée dans les Falmouth Stakes (Gr1) et on réfléchira à cet objectif. »

La réussite d’Olympic Glory. Watch Me appartient à la première génération d’Olympic Glory (Choisir), qui s’était classé deuxième à Royal Ascot dans les Coventry Stakes et il a gagné ensuite quatre Grs1 : le Prix Jean-Luc Lagardère, les Queen Elizabeth II Stakes, les Lockinge Stakes et le Prix de la Forêt. Il a entamé sa carrière d’étalon au haras de Bouquetot en produisant 20 gagnants de 2ans sur 109 produits et il a déjà 8 chevaux black types. Olympic Glory compte sur 67 poulains et pouliches de 2ans et 106 yearlings. Son tarif a baissé de 15.000 € en première saison à 8.000 € cette année et ses yearlings ont affiché en 2018 un prix moyen de 30.036 €.

Un heureux rachat. Watch Me, tout comme le lauréat de la Gold Cup Stradivarius (Sea the Stars), a été rachetée à la vente d’août pour 30.000 €. Elle appartient à la première génération élevée au haras de Saint Julien par Antoinette Tamagni-Bodmer. La mère Watchful (Galileo) n’avait pas un seul gagnant dans la page de catalogue quand elle l’a achetée pour 22.000 €, pleine d’Olympic Glory, à la vente d’Élevage Arqana. Antoinette Tamagni cherchait une fille de Galileo pour la croiser à Elsvtroem. Pouliche tardive, elle avait gagné deux courses en Angleterre, dont une sur 2.400m, sous la férule de Luca Cumani. Le record de Watchful s’est étoffé ensuite, avec deux gagnants, dont le bon cheval de handicap anglais The Emperor Within (Holy Roman Emperor). La deuxième mère, Sharakawa (Darshaan), n’a pas couru, mais a produit sept gagnants, dont les placés de Groupe Rabi (Alzao) et Kawagino (Perugino). Elle est issue de la lauréate du Prix Vermeille Sharaya (Youth).

Watchful a un 2ans et un yearling par Elvstroem (Danehill) qui, tout comme Watch Me, ont été rachetés respectivement pour 28.000 et 5.000 €. Le premier est enregistré à l’entraînement chez John Oxx.