Il magnifico !

International / 20.06.2019

Il magnifico !

Frankie Dettori, ce gamin de 48 ans, comme le surnomme John Gosden, évoluait sur une autre planète ce jeudi à Royal Ascot. Il a remporté les quatre Groupes du jour, et la plus belle, la Gold Cup (Gr1), avec Stradivarius (Sea the Stars), porté par une foule acquise à sa cause.

L’autre Magnificent Seven

ROYAL ASCOT (GB), JEUDI. Il y avait une certitude avant ce Ladies Day de Royal Ascot : Lanfranco Dettori ne pouvait pas réaliser un autre Magnificent Seven puisqu’il n’y avait que six courses au programme… Le pilote italien a quand même fait son grand sept. Il a remporté pour la septième fois la Gold Cup (Gr1), en selle sur son cheval de cœur, Stradivarius (Sea the Stars), et il a fait trembler les bookmakers car il a gagné les quatre premières courses de la réunion. A’Ali (Society Rock) dans les Norfolk (Gr2), Sangarius (Kingman) dans les Hampton Court (Gr3) et Star Catcher (Sea the Stars) dans les Ribblesdale (Gr2) ont anticipé l’explosion de la tribune quand Stradivarius a pris l’avantage. C’était l’alerte rouge dans les bureaux des bookmakers, avant la cinquième course, et les attachés de presse avaient déjà à la bouche la formule : la plus grande catastrophe depuis le 28 septembre 1996, le jour du Magnificent Seven. C’est Harry Bentley qui a sauvé les bookmakers dans le Britannia Handicap, en selle sur Biometric (Bated Breath), qui est venu dans les toutes dernières foulées ajuster le poulain de Dettori, Turgenev (Dubawi). Il mérite que les bookmakers lui offrent la voiture qui porte son nom…  Lanfranco n’a pas réussi à égaler le record de cinq victoires, établi en 1868 par la légende Fred Archer, mais il a devant lui encore deux réunions pour améliorer son record à Royal Ascot de… oui, sept succès !

Encore 120 mais sur du très souple. Un jockey, même Dettori, ne peut rien sans le cheval et Stradivarius est le sujet parfait pour un grand pilote. Il est dur à la lutte, il possède tenue, vitesse et maniabilité. Le petit alezan au grand cœur a enregistré son troisième succès à Royal Ascot après le Queen’s Vase (Gr2), quand il était un apprenti stayer et la Gold Cup 2018. Il a battu un lot de haut niveau car la ligue de stayers est de plus en plus compétitive. Stradivarius ne sera jamais le chouchou des handicapeurs. Par sa façon de courir, il ne peut pas décrocher des ratings flatteurs. Il a fourni pour la troisième fois dans sa carrière un Racing Post rating de 120, égal à celui qui lui avait permis de battre Vazirabad (Manduro) l’année dernière, mais il a fait quelque chose de plus car il a été capable de performer même sur un terrain très souple qui n’est pas sa tasse de thé.

Emmuré vivant… puis magnifique gagnant. La course a eu un déroulement très simple, avec le peloton qui s’est disposé deux par deux, comme à l’école, sous l’impulsion de Dee Ex Bee (Farhh) et Master of Reality (Frankel), avec Stradivarius derrière eux, qui avait à sa hanche Capri (Galileo). Le train n’a pas été trop soutenu et le wagon à l’extérieur, dans lequel s’étaient assis Flag of Honour (Galileo) et Cross Counter (Teofilo), semblait le plus confortable. Stradivarius, dont on connaît la pointe de vitesse, était dans la boîte, mais Lanfranco Dettori a choisi le bon moment, dans le dernier tournant, pour décaler d’un couloir son cheval, et Donnacha O’Brien a déboîté Capri pour attaquer en troisième épaisseur. C’est à ce stade que la course s’est décidée. Stradivarius, qui risquait de rester emmuré vivant, a pu s’appuyer sur Capri et, à moins de 400m du poteau, il a trouvé le passage. Il a placé son uppercut, sa griffe de stayer qui possède une grande vitesse. Les autres l’ont vu partir… Dee Ex Bee, le long de la corde, a fini par gagner d’un nez son match avec Master of Reality, qui avait pris l’avantage un instant. Cross Counter a refait du terrain en pleine piste, mais trop tard et pour deux raisons : ceux devant lui n’ont pas faibli et les 4.000m sont un sport différent. Le français Called to the Bar (Henrythenavigator), attentiste, n’a pas pu accélérer et s’est classé huitième.

Aussi bon que Sagaro et Yeats. Lanfranco Dettori adore Stradivarius. Il a dit : « C’est un cheval incroyable ! C’est le cheval pour les grandes occasions, je l’aime beaucoup, comme tout le monde. Je suis un peu nerveux quand je le monte car il y a plein de gens qui s’occupent de lui. C’est une magnifique histoire pour son propriétaire, Bjorn Nielsen, tout le personnel de l’écurie, et à chaque fois le cheval répond présent. » John Gosden a expliqué : « Je ne veux pas faire de classements mais Stradivarius est de la même graine que les meilleurs stayers de l’histoire, comme Sagaro (Espresso) et Yeats (Sadler’s Wells). Il est très aimé par le grand public car, avec ses longues chaussettes blanches, il est facile à reconnaître. Les grands chevaux de tenue font du bien au sport, car les supporters peuvent se faire plaisir avec eux pendant longtemps. »

Sea the Stars et le courage de Bjorn Nielsen. Stradivarius est le troisième gagnant de Groupe et le deuxième de Gr1 cette année à Royal Ascot pour le crack Sea the Stars (Cape Cross) qui, pour l’anecdote, a gagné sur toutes les grands hippodromes sauf Ascot. La souche de Stradivarius avait déjà connu la gloire de l’hippodrome de Sa Majesté avec sa troisième mère, Pawneese (Carvin) qui, après le doublé Oaks & Prix de Diane, s’était imposée dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Le propriétaire et éleveur Bjorn Nielsen s’était montré courageux à deux reprises en rachetant Stradivarius pour 300.000 guinées, à la Tattersalls October Sale, après avoir investi 70.000 Gns pour s’assurer sa mère, Private Life (Bering), placée de Listed pour la casaque Wildenstein quand elle avait 9ans, et qui avait produit un seul gagnant. Stradivarius est le dernier produit de Private Life.