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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L’Amérique mise sur le gazon

Magazine / 06.06.2019

L’Amérique mise sur le gazon

Sept des quinze Groupes du Belmont Stakes Racing Festival, qui a débuté ce jeudi, se disputent sur turf. Pour les Américains, les allocations ont plus d’importance que le prestige d’une épreuve. Or, sur le gazon de Belmont, elles s’élèvent à 3,5 M$ (3,11 M€), c’est-à-dire 44,3 % du total…

Par Franco Raimondi

La répartition des allocations de ce meeting est proche de celle que l’on retrouve dans le programme des Groupes aux États-Unis. En 2019, dans ce pays, on dénombre 199 Groupes sur le gazon (31,1 % du total). D’après une étude sur toute l’activité hippique américaine menée par Syd Fernando en 2017, le pourcentage de courses sur le turf est de 17 %. C’est un chiffre colossal quand on sait qu’elles ne représentaient que 5 % en 1991. Pourtant, entre 1991 et 2017, le nombre total de courses américaines est passé de 71.454 à 37.483, chutant presque de moitié. Pour faire simple, on a assisté à une légère hausse du nombre d’épreuves sur le gazon alors que celles sur le dirt ont été divisées par deux. Un autre élément que l’on doit prendre en compte est le fait que bon nombre de petits hippodromes ne disposent pas d’une piste en gazon. Et ce pour une raison très simple : les coûts d’entretien sont plus élevés.

Quand Secretariat courait sur le turf. Le galop aux États-Unis est né sur le dirt, tout comme son élevage. Le Washington D.C. International est la course qui a lancé la mode des grandes épreuves intercontinentales. Dès la troisième édition, en 1954, un édito d’Albion Hughes publié par le prestigieux hebdomadaire Sports Illustrated prédisait que l’avenir du galop américain se trouvait sur le turf… dans moins de cinq ans ! C’était légèrement optimiste. Les courses sur le gazon sont restées ultra-minoritaires pendant des décennies. On demandait parfois aux grands champions de dirt de courir également sur l’autre surface. Ce fut le cas de Secretariat (Bold Ruler), qui avait terminé sa carrière en remportant les Man O’War et le Canadian International (Grs1) sur le gazon.

Les pionniers. Ce n’est que récemment, disons après les premières éditions de la Breeders’ Cup (1984), que les courses sur gazon aux États-Unis ont pris de l’envergure. Parmi ceux qui ont le plus œuvré dans ce sens, il y a Richard Duchossois, le patron d’Arlington Park, et Martin Panza. Ce dernier a lancé le Hollywood Turf Festival, lequel se déroulait fin novembre (voire début décembre). L’objectif était à la fois d’attirer des Européens et d’offrir d’autres opportunités à ceux qui avaient participé à la Breeders’ Cup. Vous l’aurez compris, il y a trente ans, le gazon aux États-Unis permettait d’offrir une dernière chance aux chevaux malheureux sur le dirt. En Europe, quelques années avant, on faisait la même chose avec l’obstacle… Les courses américaines sur le gazon ont toujours attiré les Européens car les allocations étaient plus importantes que chez nous. Dans ce domaine, comme en d’autres, Nelson Bunker Hunt a été le premier à envoyer des champions de la trempe de Dahlia, Exceller ou Estrapade (tous par Vaguely Noble) aux États-Unis.

Le choix de Bobby Frankel. Beaucoup d’autres ont suivi ses traces. De grands entraîneurs ont démarré leur carrière en se spécialisant dans l’acclimatation des ex-européens, comme fut le cas du regretté Bobby Frankel. En Europe, on a toujours estimé que la réussite de chevaux qui gravissaient plusieurs échelons était due à l’effet magique du Lasix et/ou au faible niveau des courses sur le gazon américain. Certaines réussites remplissent effectivement ces conditions. Mais il y a aussi d’autres explications. Pour gagner sur le gazon outre-Atlantique, il faut s’adapter au terrain bon léger, aux petites pistes qui tournent tout le temps, au rythme de course si particulier et aux tactiques très différentes.

L’évolution de Chad Brown. On pourrait écrire un livre sur les ex-européens débarqués avec un palmarès modeste avant d’atteindre les sommets (ou presque). Restons dans les statistiques et prenons comme exemple Chad Brown, l’élève de Frankel. Depuis 2016, il a gagné 154 Groupes, dont 118 (76,6 %) sur le gazon. Presque la moitié de ces victoires sur le turf ont été acquises avec des sujets ayant commencé l’entraînement en Europe. La raison est affaire de gros sous. Aux ventes de yearlings et de 2ans à l’entraînement aux États-Unis, 20 sujets de la génération 2016 se sont vendus à plus de 1 M$, avec tous les risques que cela engendre d’investir sur des poulains et des pouliches qui n’ont jamais couru. Pour le même prix, on peut s’offrir sur le marché européen un(e) gagnant(e) de Groupe, surtout si on n’est pas trop pointilleux sur le pedigree. Certes, il faut qu’il s’adapte au régime américain, mais le risque est bien plus faible.

Breeder’s Cup, l’Europe domine. L’augmentation des opportunités et des allocations pour les courses sur le gazon n’a pas provoqué une amélioration de la qualité des chevaux locaux. Si l’on considère les résultats de la Breeders’ Cup, cela saute aux yeux. Les trois épreuves historiques sur l’herbe, c’est-à-dire le Turf, le Mile et le Filly & Mare Turf ont fourni 91 gagnants : 34 sont de purs américains (37,3 %), 13 sont d’ex-européens (14,2 %) et 44 sont de purs européens (48,5 %). Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de courses disputées aux États-Unis, avec tous les avantages que cela comporte pour les locaux, qui ne sont pas obligés faire le déplacement et qui connaissent déjà les pistes. Quand les meilleurs éléments d’Europe arrivent aux États-Unis, les Américains tremblent.

Le phénomène Kitten’s Joy. Côté élevage, on ne peut pas dire que la hausse des courses sur le gazon ait développé sérieusement cette branche. Les statistiques des étalons sont devenues moins fiables depuis la création des super-courses. Il faut savoir que Bloodhorse considère aussi les gains remportés à Dubaï dans son classement américain. Depuis 2007, sept étalons différents ont été sacrés têtes de liste. À trois reprises, le leader par les gains s’est imposé dans le classement général et dans celui sur le turf. C’est notamment le cas de Smart Strike (Mr Prospector). En 2007, il avait pu compter sur English Channel (Smart Strike), lauréat de la Breeders’ Cup Turf, et sur Curlin (Smart Strike), qui avait remporté la Dubai World Cup. Kitten’s Joy (El Prado) a occupé à deux reprises la première position. En 2013, il devançait à la photo – 73.000 $ d’écart – Speightstown (Gone West) au classement général. Le résultat était alors historique car ses produits ont décroché sur le gazon 75 % de leurs gains. L’année dernière, Kitten’s Joy a été couronné avec l’aide d’Hawkbill (Kitten’s Joy) dans le Dubai Sheema Classic, un succès décisif pour le titre général. Aux États-Unis, les produits de Kitten’s Joy ont décroché 81 % de leurs gains sur le gazon. Il est tête de liste sur cette surface depuis six ans. Pourtant, son prix de saillie est descendu à 60.000 $ en 2018 avant de remonter à 75.000 $ cette année. C’est un phénomène, mais pour les Américains la réussite sur le gazon ne suffit pas. Tant pis pour eux…

BELMONT PARK (US), VENDREDI

BELMONT GOLD CUP (Gr2)

Amade, une Cup qui peut en appeler d’autres…

Une course de 3.200m sur gazon… cela n’existait pas aux États Unis il y a encore quelques années. C’est Martin Panza qui a créé la Belmont Gold Cup en 2014, alors qu’il arrivait à Hollywood Park en provenance de New York. Et l’idée a bien fonctionné. Pour 400.000 $ (355.000 €), neuf candidats, dont trois européens, vont s’affronter. La course est très importante pour l’avenir du français Amade (Casamento). En moins de neuf mois, le représentant de Laurent Dassault, Oti Management et Elisa Berte est passé de Dax à Belmont Park. Son entraîneur, Alessandro Botti, nous a confié : « C’est un objectif et en même temps une course qui nous dira si on peut continuer à rêver ou s’il faudra revenir sur la terre. Amade arrive dans un état magnifique, il a bien voyagé et il trouvera du bon terrain. On a engagé un jockey de formation européenne, Flavien Prat. Je pense que c’est un avantage car les Américains n’ont pas l’habitude de monter dans des courses sur les longues distances. »

Le gazon ? Pas de souci. Amade n’a plus couru sur le gazon depuis son déplacement à Dax et on peut s’interroger sur son aptitude à cette surface. Alessandro Botti ne se fait pas de souci : « C’est un cheval de bon terrain et par hasard il a couru sur la P.S.F. tout au long de sa progression. Je ne voulais pas prendre le risque de le présenter dans le lourd. Ensuite, il a suivi le circuit du All-Weather Championships. Avant de partir, il a travaillé sur le gazon, corde à gauche, à Chantilly. Et il a montré une belle action. Il lui reste à prouver qu’il est capable d’aller avec des chevaux de Groupe. Je suis assez confiant et j’espère qu’il y aura du train pour faire parler sa tenue. »

Deux anglais à respecter. Les autres européens sont les anglais Mootasadir (Dansili), lauréat de Gr3 sur la P.S.F., et Raa Atoll (Sea the Stars), qui a créé une grosse surprise en remportant la Oleander Rennen (Gr2), lors de sa rentrée à Hambourg. Les trois seront au départ sous Lasix. Alessandro Botti nous a dit à ce sujet : « Il n’a pas besoin de Lasix mais je ne veux pas donner un avantage aux autres. J’aurais hésité en cas de forte chaleur car il y a le risque de déshydratation mais les conditions sont bonnes. »

Le jour J de Canessar. Le meilleur des américains, qui ont remporté la Belmont Gold Cup trois fois en cinq éditions, c’est Arklow (Arch), lauréat de Gr3 sur 2.400m et quatrième (à douze longueurs de Enable) dans la Breeders’ Cup Turf. Le "FR" Canessar (Kendargent), deuxième de cette course l’année dernière, n’a pas gagné au niveau Groupe. Mais le programme américain ne lui offre pas beaucoup d’opportunités sur la distance. Il est fin prêt.

BELMONT PARK (US), VENDREDI

NEW YORK STAKES (Gr2)

Homérique dans les traces de Sistercharlie

Est-ce que Homérique (Exchange Rate) peut devenir la nouvelle Sistercharlie (Myboycharlie) ? La question se pose depuis l’impressionnant succès de l’élève de Nicolas et François Drion lors de ses débuts américains dans les Beaugay Stakes (Gr3). La pouliche avait battu d’une demi-longueur une autre pensionnaire de Chad Brown, Competitionofideas (Speightstown), mais la distance à l’arrivée ne reflétait pas sa supériorité. Ce vendredi, dans les New York Stakes (Gr2), l’ex-pensionnaire de Francis-Henri Graffard trouve son parcours de prédilection, les 2.000m, et bénéficie de quatre livres d’avantage sur Competitionofideas, qui est la deuxième favorite. Parmi les AQCB (autres que Chad Brown), il faut se méfier de Holy Helena (Ghostzapper), lauréate de Gr2, et de l’ex-Fabre Lady Montdore (Medaglia d’Oro), qui avait décroché son Gr2 en septembre à Saratoga. Pour la petite histoire, Sistercharlie s’était classée deuxième dans le New York Stakes l’année dernière… On connaît la suite de l’histoire.