Le boss du Diane

Courses / 15.06.2019

Le boss du Diane

Ce vendredi, Bruce Springsteen, 70 ans, a sorti son 19e album, Western Stars, et prépare une nouvelle tournée. Le boss est toujours là. Le Prix de Diane a aussi son boss. À 52 ans, Gérald Mossé est le codétenteur du record de victoires dans le classique cantilien, avec cinq succès (et trois places). Dimanche, il va monter cette course pour la 23e fois. Il sera associé à Grand Glory (Olympic Glory), qui s’élancera avec le statut d’outsider. Mais le pilote ne cache pas son envie d’ajouter une sixième couronne à son palmarès. Sur la route du retour de York, où il a monté trois fois sous une pluie glaciale, il nous a raconté ses cinq couronnements…

Par Adeline Gombaud

1988

Resless Kara

« J’ai 21 ans et c’est la première fois que je suis associé à une pouliche à qui je vois une vraie chance. J’avais monté pour premier Diane trois ans plus tôt, pour M. Biancone et les couleurs Wildenstein, mais Vaison la Romaine jouait le rôle de leader. Resless Kara avait terminé troisième du Saint-Alary. François Boutin n’était pas sûr de sa tenue, mais j’avais un peu insisté pour qu’elle coure. La pouliche est arrivée au top pour ce rendez-vous, et elle a gagné ! D’ailleurs, elle n’a pas vraiment répété ensuite.

C’était le premier Gr1 et le premier classique pour l’écurie Lagardère, le début d’une riche histoire entre nous. J’ai monté beaucoup de très bons chevaux pour cette casaque. Je pense à Linamix, mais il y en a beaucoup d’autres… Cette victoire est marquante aussi parce que François Boutin était un grand, très grand entraîneur, particulièrement avec les 2ans. J’ai eu la chance de monter Arazi pour lui, mais aussi Tersa… J’ai été un enfant gâté, formé par Patrick Biancone, puis ayant collaboré pour François Boutin et Alain de Royer Dupré… »

1993

Shemaka

« La victoire de Shemaka, elle était écrite. Je crois en ce genre de choses. Cette année-là, il y a eu la grève des guichetiers, et on a bien cru ne jamais courir. Le prince était même rentré chez lui. Finalement, on court, bien plus tard que prévu. La pouliche qui devait me servir de leader rate le départ, et je me retrouve en tête. Là, je me suis dit que ça allait être dur. Quand la victoire semblait acquise, je vois Thierry Jarnet arriver avec Baya, comme pour le doubler. Je garde un nez au passage du poteau, mais il y a une enquête qui n’en finit pas. On gagne, et c’est le premier Diane de Son Altesse l’Aga Khan. Une joie immense… Je me souviens que, la veille, nous avions eu des partants à Évry, et cela ne s’était pas bien passé. Alain de Royer Dupré m’avait proposé de passer le soir chez lui, pour prendre un rafraîchissement et discuter un peu. Nous avons toujours eu une relation particulière, et je me sens privilégié d’avoir pu travailler avec de tels professionnels ! »

1997

Vereva

« Vereva, c’était une très bonne pouliche, arrivée invaincue sur le Diane. Elle n’avait que deux courses dans les jambes, mais la classe prime souvent l’expérience. Ce fut une victoire propre, attendue. Sans discussion possible ! »

1998

Zainta

« Zainta est aussi arrivée invaincue sur le Diane. Elle venait de gagner le Saint-Alary. C’était une toute petite pouliche, mais avec un cœur énorme. À mi-ligne droite, Abattiale et Frédéric Sanchez nous prennent l’avantage. Je me pense battu. Mais la pouliche de Dominique Sepulchre, victime d’un problème de santé, s’arrête et je lui prends une courte tête au passage du poteau. Encore une fois, cette victoire était écrite. »

1999

Daryaba

« Pour moi, la meilleure de mes gagnantes de Diane. Elle avait connu un problème de santé à trois jours de la course et a failli ne pas courir. Maître Alain, le magicien, a su régler ça et elle s’est imposée d’une classe. Je l’ai montée à mi-peloton, classique, j’ai déboîté, et elle a gagné facilement. C’était mon cinquième Diane. Dans le feu de l’action, évidemment, on ne se rend pas compte qu’on rejoint des légendes au nombre des victoires dans cette course ! On réalise un peu plus tard seulement… »

Et 2019 ?

« Je pense que Grand Glory doit avoir son mot à dire. J’ai regardé ses courses. Elle arrive avec de la fraîcheur, sans avoir eu des combats difficiles, un peu comme Vereva ! Après, je ne sais pas si le résultat sera le même ! J’ai sûrement plus envie maintenant qu’à 25ans de gagner le Diane. Être sollicité pour monter une telle course, quand on sait le nombre de jockeys en activité en Europe, c’est une superbe reconnaissance. Bien sûr, j’ai ce sixième succès quelque part dans ma tête, qui me permettrait de devenir seul recordman du nombre de victoires… Mais c’est avant tout le plaisir de monter une telle course, dans une journée où l’élégance est le maître mot. Je suis très sensible au beau. J’aime les belles tenues, les belles femmes, alors forcément, le Prix de Diane, c’est une ambiance qui me parle ! »

Gérald Mossé et le Prix de Diane

Année

Pouliche

Classement

1985

Vaison La Romaine

9e

1986

Top and Lady

NP

1988

Resless Kara

1er

1989

Glenbelle

5e

1990

Gold Quest

13e

1993

Shemaka

1er

1994

Kalajana

8e

1995

Balanka

4e

1996

Khalisa

6e

1997

Vereva

1er

1998

Zainta

1er

1999

Daryaba

1er

2000

Lady of Chad

7e

2001

Baldwina

NP

2004

Torrestrella

NP

2007

Anabaa’s Creation

4e

2009

Ana Americana

10e

2010

Rosanara

2e

2011

Glorious Sight

3e

2012

Sagawara

8e

2014

Xcellence

3e

2017

Monroe Bay

9e

En gras : les victoires

En italique : les places (dans les trois premiers)