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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE - De Vaumas aux sommets

Élevage / 26.06.2019

LE MAGAZINE - De Vaumas aux sommets

Nous continuons notre tour du Centre-Est, réalisé quelques jours avant le Chaser Day et l’AQPS Sprinter Sacré Show. Aujourd’hui, nous faisons escale à Vaumas, dans l’Allier, chez Emmanuel Clayeux.

Par Christopher Galmiche

Ces dernières années, la réussite des chevaux façonnés par Emmanuel Clayeux est impressionnante. Des gagnants de Gr1 anglais et irlandais sont passés par ses pistes, à l’image d’Al Boum Photo (Buck’s Boum), qu’il a coélevé, de Delta Work (Network), d’Apple’s Jade (Saddler Maker) ou encore de Défi du Seuil (Voix du Nord).

Le propre frère d’Al Boum Photo chez Arqana. Lors de la vente d’été, l’une des attractions sera la présence de T’araison (Buck’s Boum), qui n’est autre que le propre frère d’Al Boum Photo (Buck’s Boum), lauréat de la Cheltenham Gold Cup (Gr1) 2019. Il portera le numéro 87 et sera présenté par l’écurie Pythagore pour le compte d’Emmanuel Clayeux. Il est plus épais qu’Al Boum Photo, ce qui n’est pas pour déplaire aux investisseurs, britanniques notamment. Son éleveur, Emmanuel Clayeux, est revenu pour nous sur l’histoire de son grand frère, Al Boum Photo, son croisement et son achat par Pierre Boulard, après une chute à Moulins, le 14 septembre 2015… « Lorsque j’ai dû choisir le croisement pour faire Al Boum Photo, Buck’s Boum était arrivé dans la région. C’était un des derniers fils de Cadoudal. Je n’avais pas de sang de Cadoudal du côté de la mère, donc j’y suis allé. J’ai ramené du Cadoudal par le père et le cheval en lui-même me plaisait. Jeune, Al Boum Photo était un cheval assez ordinaire, pas précoce du tout. Je l’avais débuté en fin d’année de ses 3ans à Moulins. Il était tombé. Je l’avais couru et je m’étais dit qu’ensuite nous attendrions ses 4ans. Mais il avait fait un vrai truc à Moulins. Je pense que s’il n’était pas tombé, on ne l’aurait pas revu. Et un courtier a été très courageux [Pierre Boulard, ndlr] parce qu’acheter un cheval sur une chute, ça n’est pas ordinaire. Depuis le temps que l’on travaille ensemble, il y a un climat de confiance avec les courtiers. J’avais dit à Pierre que le cheval avait un petit quelque chose. Mais c’est facile à dire aprèsIl n’a pas attendu qu’il recoure et gagne, et l’a acheté. » Al Boum Photo a une sœur âgée de 4ans, Al Amaison (Khalkevi), qui est plaisante, et Al Inea (Cokoriko), une yearling. Al Gane (Dom Alco), la mère de tout ce petit monde, est allée à Tunis.

De Delta Work à Apple’s Jade… Triple gagnant de Gr1 l’hiver dernier sur les fences irlandais, Delta Work (Network) est aussi passé par les boxes d’Emmanuel Clayeux. L’élève de Charles et Jean-François Magnien a débuté par une quatrième place en plat, à Cluny, en septembre, avant de gagner le Prix du Tremblay à Lyon-Parilly, la chasse gardée de l’entraîneur de Vaumas. « Delta Work est un très bon cheval. Il a débuté à Cluny et j’avais dit à la famille Magnien que je n’avais pas besoin d’en voir plus, que nous allions gagner le Tremblay. Je l’avais prédit à l’avance car il avait un vrai galop, c’était un cheval exceptionnel, au même titre que Défi du Seuil. Mais ce dernier avait débuté plus tôt [au printemps de ses 3ans] puis il avait gagné à Lyon-Parilly avant d’être vendu. » Autre vainqueur de Gr1 passé par Vaumas, Apple’s Jade (Saddler Maker) avait gagné brillamment le Prix Colonel Bidault, en mai de ses 3ans à Vichy. « Apple’s Jade a tout de suite montré de la qualité. Elle avait gagné en débutant à Vichy, comme sa sœur Apple’s Shakira ** (Saddler Maker), que nous avions aussi vendue. »

Pas de frustration. Emmanuel Clayeux a entraîné de très bons éléments qui ont fait de très belles carrières en France comme Rhialco ** (Dom Alco), Net Lovely (Network), Vézelay ** (Dom Alco) ou encore Pythagore (Kahyasi). Et il en a vendu d’excellents également. Nous lui avons demandé quels étaient les éléments qui conduisaient à la réussite des chevaux qu’il a vendus outre-Manche. « Les chevaux que je vends ont encore de la marge. Les courtiers savent que neuf fois sur dix, ils ne sont pas au bout de leurs limites. Je n’ai aucune frustration à les vendre. Je préfère vendre un cheval en Angleterre ou en Irlande et que ça se passe bien. Je ne me dis pas que je me suis séparé d’un cheval de Groupe. Car je n’aurais peut être pas été capable de faire aussi bien que l’entraîneur qui a reçu le cheval. »

Deux manières de penser complètement différentes. En Angleterre et en Irlande, les programmes d’obstacle font la part belle aux chevaux d’âge. On laisse vieillir les chevaux qui ne commencent vraiment leur carrière qu’à 4ans ou 5ans. En France, le programme est plus axé sur la jeunesse, de manière complémentaire à son équivalent britannique. La question qui revient souvent est : qu’auraient pu faire en France les chevaux vendus, sachant par exemple que les spécialistes des 2 miles n’auraient pas eu de programme pour développer leurs atouts ? « Je serais curieux de savoir ce que les chevaux français qui font carrière en Angleterre auraient fait, à terme, en France. Pour moi, ce sont deux parcours totalement différents. Je ne veux pas cracher dans la soupe, mais le programme français est trop axé sur les jeunes éléments et l’on passe à côté de chevaux. Si on ne colle pas au programme, on est hors circuit, et si on essaye de coller au programme, il y a de la casse avec des chevaux qui pourraient être des chevaux de Groupe. »