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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE - Voyage au cœur des secrets de Saint-Voir

Courses / 23.06.2019

LE MAGAZINE - Voyage au cœur des secrets de Saint-Voir

En amont du Chaser Day et de l’AQPS Sprinter Sacré Show, nous sommes partis en tournée dans le Centre-Est, de la Nièvre à la Saône-et-Loire en passant par l’Allier. C’est justement dans ce département que nous faisons escale aujourd’hui, au haras de Saint-Voir, une place forte de l’obstacle français.

Par Christopher Galmiche

Nicolas de Lageneste nous a accueillis avec son épouse, Pascaline, pour une matinée à l’entraînement. L’occasion de parler avec lui de sa casquette d’entraîneur qu’il porte depuis 2016, mais aussi de celle d’éleveur, de ses choix de croisements, de la réussite de l’élevage français ou encore d’Alliance Galop, la liste qu’il a lancée avec Jacques Cyprès en vue des élections.

Pour entraîner ses chevaux, Nicolas de Lageneste dispose de plusieurs atouts : « Notre piste est en montée [3,5 %, ndlr] et fait environ un kilomètre. Elle est en sable plastique, une matière très drainante qui permet de travailler normalement quelles que soient les conditions climatiques, notamment en période de gel l'hiver, durant laquelle nous avons une grosse activité de préentraînement. Parfois nous allons aussi sur l'hippodrome de Moulins avant de débuter nos élèves. Nous avons également une arène en sable avec des haies pour dresser et mécaniser les chevaux et quelques obstacles de steeple. Pour la préparation sportive, nous travaillons plutôt en interval training, des travaux fractionnés avec un suivi du rythme cardiaque et des lactates. »

L’entraînement a pris la place de l’étalonnage. Cela fait quelques années maintenant que Nicolas de Lageneste a décidé d’entraîner lui-même quelques-uns de ses chevaux. Il nous a expliqué ce choix : « À Saint-Voir, nous avons toujours fait du préentraînement, avec des pistes dans les prés et des sorties en extérieur en forêt. Mais nous avions une grosse activité d'élevage, et surtout d’étalonnage, particulièrement chronophage. J'ai toujours été passionné par l'entrainement, avec des expériences comme gentleman-rider et des stages à Newmarket, Chantilly ou dans l'Ouest. Nous poussions le préentraînement assez loin avec nos chevaux et, souvent, ceux-ci couraient et gagnaient dans la foulée. Il ne manquait donc pas grand-chose pour aller aux courses avec eux... De ce fait, je me suis lancé dans l’entraînement, suite à la mise à terme de notre activité d’étalonnage. Mais pour faire cela, après avoir développé nos infrastructures, il fallait avoir une bonne équipe... et j’ai la chance d’en avoir une ! Elle est compétente, impliquée, et elle aime ses chevaux. Nous avons autour de 30 chevaux au travail, dont une moitié prête à courir et l’autre en préentraînement ou en reprise pour aller ensuite chez d'autres entraîneurs. Mon seul regret est de ne plus pouvoir monter, mais ma fille Justine est aujourd'hui "accro" et se forme avec un beau parcours, riche d'expériences grâce à d'excellents maîtres de stage dans le cadre de ses études de management. »

Une équipe de confiance et du matériel de pointe. Nicolas de Lageneste travaille avec les objets connectés de la société Arioneo qui permettent d’obtenir de nombreuses données sur les chevaux à l’entraînement comme leur vitesse, leur rythme cardiaque, la distance parcourue ou encore les temps de récupération. Mais ce n’est pas tout… « Nous avons deux marcheurs, une balance et un tapis roulant. Nous procédons aussi au débourrage de nos chevaux dans un manège [de 40x20, ndlr] en copeaux de buis, qui contiennent des huiles essentielles. Ce sont Christophe Moigne, mon responsable, et Clément Gaillard qui s’occupent du débourrage. Ils sont d'excellents cavaliers et hommes de cheval. »

35 poulinières sur le haras. Au haras de Saint-Voir, il y a 35 poulinières et, cette année, 33 sont pleines, parmi lesquelles une certaine Santa Bamba (Saint des Saints), la mère de la championne De Bon Cœur ** (Vision d'État). « Elle est pleine de Cokoriko. C’est un étalon améliorateur, doté d’une vraie génétique obstacle. Voilà pourquoi nous l’avons choisi. » Au cours de notre journée à Saint-Voir, nous avons pu croiser De Bonne Grâce (Vision d'État) dans les prés. Ce nom ne vous dit rien ? C’est normal car cette pouliche n’a pas encore couru. Elle est yearling. Mais elle n’est autre que la propre sœur de De Bon Cœur et elle ressemble fortement à celle-ci, au moins au niveau de sa tête, très fine.

Des croisements mûrement réfléchis. C’est bien à l’avance que Nicolas de Lageneste réfléchit à ses croisements pour déterminer les choix qui feront mouche sur la piste. « Nous travaillons dès l’automne pour choisir nos croisements et les étalons que nous allons utiliser. Nous recherchons les lignées qui croisent bien entre elles et les étalons avec lesquels ça fonctionne bien. Il y a bien sûr de nombreux paramètres à prendre en compte, mais j'attache de l'importance aux tempéraments. Nous recherchons des étalons plutôt froids et pas trop brillants. C’est important pour l’obstacle. Nous allons aujourd'hui plutôt aux étalons confirmés. La génétique, ce n’est pas l'essentiel. La qualité du suivi et l’environnement donné à l’élevage restent le plus important. Il faut rechercher les moyens de fabriquer des chevaux solides, avec du modèle et de bons aplombs. »

De bons éléments sous son entraînement. Nicolas de Lageneste a d’ores et déjà entraîné plusieurs très bons chevaux qui ont même atteint un haut niveau, à l’image de D’Entrée de Jeu ** (Network), plusieurs fois lauréate sur les haies d’Auteuil et deuxième du Prix Amadou (Gr2), ou encore Dans la Foulée (Alberto Giacometti), gagnante du Prix Wild Monarch (L). Lorsqu’on lui a demandé de détacher quelques noms de sa jeune carrière d’entraîneur, il nous a cité : « Bonne Élève (Dylan Thomas) nous a fait plaisir en gagnant deux Listeds à Auteuil. En cross, nous avons des chevaux sympathiques comme Vieux Garçon (Epalo) ou À Dieu Vat (Presenting). En plat, nous avons un bon 3ans avec Gant de Velours (Poliglote). C’est un poulain qui a du moteur. Il a gagné à Vichy sa course de début par cinq longueurs. Cette année, il va rester en plat et ira sur les Prix du Bourbonnais (Gr2 AQPS), puis Jacques de Vienne (Gr1 AQPS). On est à l'étape du rêve ... Mais je ne veux pas me tromper avec lui et il est possible qu'il rejoigne une écurie parisienne. Dernier Cri (Soldier of Fortune) est aussi un bon cheval, avec lequel nous avons malheureusement raté le Prix du Président de la République (Gr3). »

Ses meilleurs élèves. Nicolas de Lageneste a obtenu quatre Chevaux d’or, en 2009, 2010, 2011 et 2012. Il fait partie du top 10 des éleveurs d’obstacle depuis quasiment vingt ans et a donc vu passer de nombreux champions au haras. Au moment de choisir quels ont été les chevaux élevés à Saint-Voir dont il est le plus fier, il nous a donné quatre noms. « Rendons Grâce ** (Vidéo Rock) est le cheval que j’ai élevé dont je suis le plus fier, avec son propre frère, Homme du Jour (Vidéo Rock), et évidemment Saint des Saints (Cadoudal), devenu grand étalon, père de mère de De Bon Cœur. Ils étaient des cracks. Homme du Jour est probablement le meilleur cheval en classe pure que j’aie élevé. Il a eu de gros problèmes de santé et n’a pas pu montrer tout ce dont il était capable. » Rendons Grâce et  Homme du Jour ont été les meilleurs de leur promotion. Le premier a gagné le Prix Alain du Breil tandis que le second a remporté le Prix Renaud du Vivier (Grs1) et fini deuxième du Prix Georges Courtois (Gr2) derrière Kotkijet (Cadoudal). Tous deux étaient entraînés par Guy Cherel, « un grand entraineur et un ami fidèle. »

Pourquoi nos sauteurs sont-ils si forts des deux côtés de la Manche ? Nous avons posé la question à Nicolas de Lageneste, qui a vendu à Willie Mullins Vautour (Robin des Champs), gagnant de cinq Grs1 – qu’il a coélevé avec Patrick Joubert –, mais qui a aussi conservé de très bons éléments en France, à l’image de Rendons Grâce, entre autres. Il nous a expliqué : « Il y a beaucoup de choses qui peuvent l’expliquer. Nous n’avons pas de lignées détériorées par le sang et le modèle américain. Nos lignées sont établies en pensant à une seule finalité : l’obstacle. C'est ce qui constitue la force des AQPS. Notre élevage est également réalisé dans le but de faire des athlètes et non des chevaux de vente. Nos professionnels ont compris depuis bien longtemps que l’entraînement de nos sauteurs doit commencer tôt, alors que ce n'est que peu le cas en en Angleterre et en Irlande, où faire des opérations de pinhooking reste trop souvent la seule intentionTout cela peut expliquer en partie la réussite des chevaux français. »

Alliance Galop, pour rassembler le monde du galop. Avec Jacques Cyprès, Nicolas de Lageneste a lancé, en vue des prochaines élections, la liste Alliance Galop. Il nous a donné les raisons de la création de celle-ci : « Nous avons lancé la liste Alliance Galop pour éviter une division, au sein de notre famille des AQPS, entre l’Association des PP et la Fédération des éleveurs. Nous restons proches de ces Associations, mais nous voulons rassembler plutôt que diviser. Nous présenterons donc des listes qui seront apolitiques, regroupant toutes les sensibilités, en s’appuyant sur la force de l’obstacle et de la province pour retrouver du bon sens dans les décisions à prendre, pour servir le galop français dans son ensemble. Nous voulons remettre l'église au milieu du village. Réaffirmer que le PMU est au service de France Galop, les paris devant être adaptés aux courses et non les courses adaptées aux paris. Avec un Conseil d'administration fort et responsable à France Galop, dont la technostructure doit être au service et non le contraire... »