Les candidatures aux postes de cavalier d’entraînement ont baissé de 65 %

Autres informations / 06.06.2019

Les candidatures aux postes de cavalier d’entraînement ont baissé de 65 %

L’Association cheval & SHS promeut les travaux en sciences humaines et sociales sur les questions équestres et hippiques. Le 27 mai, elle organisait à Caen une journée d’étude sur les courses. L’intervention de Charlène Lourd a particulièrement attiré notre attention : elle pointe du doigt l’effondrement des candidatures pour les postes de la filière cheval.

Charlène Lourd est doctorante en sciences de l’éducation et conseillère en emploi et en orientation spécialisée dans la filière équine au sein d’Équi-ressources. Ses travaux portent sur les trajectoires professionnelles des travailleurs de la filière équine ainsi que sur les difficultés de recrutement qu’elle connaît actuellement. La journée d’étude a été l’occasion de pointer les difficultés qu’éprouvent les entraîneurs à recruter. Urbanisation de la jeunesse, métiers difficiles, physiques, exigeants, filière de moins en moins attractive… autant de raisons qui amènent à réfléchir sur la pénurie de personnel que connaît le secteur des courses. Équi-ressources relève une baisse de plus de 65 % des candidatures aux postes de cavalier d’entraînement et de lad driver sur une période de quatre années.

Le travail de recherche doit être poursuivi. Même en tenant compte de la concurrence des réseaux sociaux – qui détournent une partie des candidats de la plateforme – cette évolution souligne une accélération de la tendance avec de jeunes générations de moins en moins attirées par les emplois hippiques. Si les chiffres inquiètent, les échanges avec les employeurs renforcent ce sentiment, tout comme le nombre de candidats enregistrés par l’Afasec. Charlène Lourd souligne qu’une étude plus large, avec des chiffres extérieurs à Équi-ressources, serait nécessaire pour parfaire la compréhension de la situation. La doctorante va dans un premier temps essayer de produire des données par zone géographique.

Le turn-over est encore plus important dans les sports équestres. Cette crise des vocations est au cœur de toutes les discussions chez les professionnels du trot et du galop. Pour pallier le phénomène, les entraîneurs baissent leurs effectifs et restructurent les équipes, ce qui n’est pas sans conséquence sur la qualité de l’entraînement des chevaux mais aussi sur le personnel en place, qui peine pour réaliser le travail. Toutefois, les premiers travaux de Charlène Lourd, issus de l’étude de plus de 1.000 curriculum vitæ normands, montrent que les travailleurs du secteur course ayant eu leur premier emploi dans la filière équine sont les plus nombreux à être restés uniquement dans ce secteur, contrairement aux sports équestres, au secteur du loisir et à celui de l’élevage. Les courses et l’élevage sont les deux domaines qui attirent le plus de travailleurs dès lors qu’ils ont exercé leur premier emploi dans le monde du cheval. Enfin, ceux qui ont eu leur premier emploi dans les courses sont les moins nombreux à quitter la filière.

Et à l’étranger ? Même si la baisse des vocations y est moins impressionnante, elle touche aussi le monde de l’équitation, comme de nombreux métiers dits "en tension", à l’image de la restauration, de l’agriculture ou du bâtiment. Beaucoup de pays sont touchés par ce manque de personnel, même l’Irlande, où la crise semble cependant moins forte pour plusieurs raisons. Outre le taux de pénétration des courses dans la population irlandaise, il faut aussi noter que de nombreux employés d’écurie peuvent y pratiquer la compétition très régulièrement dans les point-to-points, ce qui est source de motivation supplémentaire. Dans d’autres pays, comme la République tchèque, le taux de chômage très bas (1,9 % en février 2019) pousse de nombreux travailleurs à quitter les emplois manuels en zone rurale – comme celui de personnel à l’entraînement – et un grand nombre de cavaliers s’exilent dans des pays où les salaires dans les écuries sont plus élevés.

L’avenir des courses est en jeu. La France est victime de la rencontre de plusieurs facteurs, notamment la très mauvaise image des courses dans notre pays, les abus de certains professionnels par le passé et le faible développement de l’amateurisme (à cheval comme à poney), qui rassemble un pourcentage élevé de jeunes issus du sérail (et génère donc moins de vocations extérieures). Aujourd’hui, en France, sans minorer la difficulté de leur quotidien, le rapport de force est clairement en faveur des meilleurs employés d’écurie compte tenu de la rareté de leurs profils. Charlène Lourd souligne le fait qu’une partie du personnel de la filière galop a désormais accès à des salaires incomparables avec ceux pratiqués il y a une décennie ou ailleurs dans le monde du cheval pour une qualification équivalente. Le galop français ne peut pas se passer de ses parieurs ni de ses propriétaires, mais il a un besoin tout aussi crucial de personnel qualifié. Sans eux, impossible d’entraîner correctement. À la lumière des chiffres dévoilés par Charlène Lourd, on mesure d’autant plus l’intérêt des foyers et des crèches mis en place dans les centres d’entraînement, mais également des initiatives comme les Trophées du personnel. Beaucoup reste à faire, comme sur les questions du bien-être animal.

Pour retrouver le compte rendu complet de la journée du 27 mai à Caen – avec Nicolas Blondeau, Honorine Tellier, Olivier Villepreux et Chloé Pathé – cliquez ici

https://reseauchevalshs.wordpress.com/2019/06/05/compte-rendu-journee-etude-courses-hippiques-cheval-shs/