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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Philippe Ségalot, l’enfance de l’art

Courses / 12.06.2019

Philippe Ségalot, l’enfance de l’art

L’histoire des courses a profondément été marquée par les passionnés ou professionnels du monde des arts. Ce fut le cas, parmi tant d’autres, de la famille Wildenstein ou de Paul Mellon. De nos jours, on peut penser à Alain Jathière ou Peter Brant. Philippe Segalot est l’un d’entre eux. Ce dimanche, il aura une partante dans le Prix de Diane (Gr1), Étoile (Siyouni), dont il partage la propriété avec Martin Schwartz. À quelques jours de la grande épreuve, il nous a livré son sentiment.

Par Adrien Cugnasse

Un grand nom. Philippe Ségalot, la cinquantaine, est une sommité du marché de l’art contemporain. Travaillant autrefois pour Christie’s, ce marchand d’art a fondé GPS Partners en 2001 avec Franck Girard et Lionel Pissarro, petit-fils du peintre. Il est devenu le conseiller personnel de François Pinault. En 2014, The Guardian le fait paraître dans la liste des "movers and makers : the most powerful people in the art world". Ce mercredi, Philippe Ségalot nous a confié : « Mon activité hippique reste d’un niveau relativement modeste. Mais il est vrai que les gens du monde de l’art apprécient les belles choses, comme les chevaux de course. Ce sont des animaux magnifiques et les courses constituent un spectacle lui aussi magnifique. Ce n’est donc pas étonnant que le monde de l’art s’intéresse au galop. Mais quand on achète des yearlings, on fait aussi un pari sur l’avenir. Il faut de la chance bien sûr et être bien entouré, par des gens de talent. Mais il y a aussi cet aspect de découverte, comme dans les arts. Il se trouve que j’ai acheté Étoile chez Arqana après avoir fait le tour de plusieurs haras pendant l’été, pour enrichir mon éducation hippique. Voir les chevaux en amont des ventes, moins préparés, c’est très intéressant. J’ai immédiatement aimé Étoile lorsque je l’ai vue au haras des Capucines. Elle était tout en haut de ma liste. J’en ai parlé à Jean-Claude Rouget. Il l’a lui aussi trouvée belle, elle correspondait à ses critères et c’est lui qui a étudié son pedigree. »

La naissance d’une passion. « Cette passion est née un peu par hasard. Il y a environ cinq ans, alors que j’étais à Deauville, je suis allé aux ventes de yearlings. Par curiosité. Depuis toujours, j’adore les chevaux et je suis un cavalier du dimanche. Ce sont donc les chevaux de course eux-mêmes qui m’ont séduit. Ils étaient tellement beaux que je n’ai pas pu résister. C’est un domaine que je ne connaissais absolument pas. Jean-Claude Rouget a été mon premier interlocuteur dans cet univers. Et il est d’ailleurs le seul. Il m’a inspiré confiance et c’est ainsi que je me suis lancé. Si peu de temps après mes débuts, avoir une partante dans le Prix de Diane, c’est complètement fou. J’ai eu de la chance, dès le départ. Mon premier cheval, Mancora (Iffraaj) a fait une jolie carrière [quatre victoires dont son maiden au mois d’août de ses 2ans à Deauville, ndlr]. À présent, elle nous a donné un mâle par Siyouni (Pivotal). Elle est stationnée au haras de la Morsanglière. Je pense qu’elle m’a porté chance pour la suite ! »

Le partage. « Je n’ai que trois chevaux à l’entraînement, tous chez Jean-Claude Rouget. Outre Étoile dimanche à Chantilly, je vais avoir Arrow (Toronado) au départ du Derby du Languedoc (L), vendredi à Toulouse. Il reste sur une victoire dans une Classe 1 à Dax. Mon troisième cheval, Incitatus (Anodin) vient de monter deux fois sur le podium au niveau Classe 2. C’est une passion que j’ai le bonheur de partager avec mes deux filles, y compris sur leur téléphone lorsqu’elles ne peuvent pas se déplacer aux courses ! Une de mes filles est cavalière professionnelle de concours hippique. Je serai dimanche à Chantilly. Quel que soit l’endroit du monde où j’aurais pu me trouver, j’aurais tout fait pour assister à ce Prix de Diane ! On a des chevaux de course pour vivre ce genre de moments, pour les partager, pour sentir l’adrénaline monter… il y a peu activités qui peuvent se comparer à cela. Surtout quand c’est un cheval que vous avez acheté très jeune qui porte vos couleurs et que vous l’avez toujours. En allant les voir à l’entraînement, on apprend à les aimer et quand ils arrivent à ce niveau-là, c’est une satisfaction immense. Surtout si l’on peut partager ce bonheur. La dimension conviviale est très importante dans ma passion pour les courses. Se retrouver aux courses, en parler entre amis, apprendre au contact des professionnels… c’est cela qui m’intéresse. Mon plaisir c’est aussi d’aller à Pau ou à Deauville, pour voir mes chevaux s’entraîner le matin. Et puis courir les grandes courses, c’est très excitant, surtout face à des écuries de dimension internationale. Encore une fois, j’ai conscience du fait que j’ai beaucoup de chance. »