PRIX DE DIANE - Samuel de Barros : « C’est encore mieux que de trouver du pétrole ! »

Courses / 20.06.2019

PRIX DE DIANE - Samuel de Barros : « C’est encore mieux que de trouver du pétrole ! »

PRIX DE DIANE

Samuel de Barros : « C’est encore mieux que de trouver du pétrole ! »

Il n’a – pour l’instant – eu qu’un seul partant au galop. Et cette pouliche, Channel, sera au départ du Prix de Diane ce dimanche. Passionné par l’élevage, Samuel de Barros s’est confié à 24 heures de la première grande échéance de sa vie de propriétaire.

Par Adrien Cugnasse

Installé au haras des Authieux, Samuel de Barros est marié avec Élodie Mangeard de Barros, une passionnée dont on connaît la réussite au trot (affixe Délo). Ensemble, ils ont décidé de redonner à ce site historique de l’élevage français son lustre d’antan. Le quadragénaire a pleinement conscience de sa chance : courir le Diane alors que l’on a qu’un seul 3ans à l’entraînement, c’est rarissime.

Il confie : « Mon épouse est active depuis une décennie au trot, mais il m’a fallu un peu plus de temps pour franchir le pas. En tout cas, c’est l’amour qui m’a fait découvrir cet univers ! Pendant mon enfance, je regardais les courses avec plaisir à télévision sans vraiment avoir eu l’opportunité de me rendre sur un hippodrome. En 2009, ma future femme m’a invité aux courses pour le Prix du Président de la République (Gr1 au trot monté). J’ai ressenti des émotions rares, une pression et une excitation très particulière. En arrivant sur place, une épreuve venait de se terminer et le public exultait. Voir un cheval s’exprimer sur une piste, en interaction avec l’homme, avec une telle force, une telle puissance… C’était une ambiance très prenante. Par la suite, lorsque nous nous sommes installés en Normandie, j’ai pu découvrir tout ce que cela implique en termes de temps et d’attention. Un contexte très éloigné de ma vie parisienne. »

Deux rencontres déterminantes. « C’est la passion du cheval qui, comme pour beaucoup de monde, m’a poussé à m’intéresser au galop. Notre haras approche les 150 hectares dans les bonnes terres du Merlerault. En revenant de l’étranger, nous avons décidé de changer notre manière de faire. Nous avons lancé des travaux, renouvelé nos équipes, agrandi le site… pour obtenir le bijou qu’est actuellement notre haras. J’avais envie de devenir acteur et j’ai choisi le galop pour lequel j’ai beaucoup d’affinité. Dans mes affaires, j’ai toujours pris soin de bien m’entourer. Je procède de la même manière au galop. La rencontre avec Bertrand Le Métayer a été déterminante. Une relation de confiance est née. Nous avons la même éducation, la même passion, la même manière de voir les choses et le même âge. Rapidement, ma route a aussi croisé celle de Francis-Henri Graffard. Là aussi, le courant est très bien passé. J’apprécie tout particulièrement son grand respect des chevaux. Il est clair et méticuleux dans sa manière de faire. Être bien entouré est important et il faut laisser les professionnels fonctionner sans pression. Nous avons acheté notre première poulinière pur-sang en 2017 et nous en avons six aujourd’hui. »

L’an dernier, ce n’était qu’une boutade. C’est Bertrand le Metayer qui a acheté Channel pour 70.000 € à la breeze up Arqana où elle était présentée par Tanya Browne. La pouliche qui a inauguré la casaque de Samuel de Barros en compétition reste sur une victoire dans le Prix de la Chapelle-en-Serval (Classe 1) en devançant nettement Ebony (Le Havre) et Wonderment (Camelot), lesquelles seront elles aussi au départ des Oaks françaises.

À son sujet, Samuel de Barros explique : « L’année dernière, nous avions été invités au Prix de Diane par des amis. La pouliche n’était pas encore nommée et sur le ton de la plaisanterie, nous avions alors dit qu’il serait amusant de la présenter dans l’édition 2019. Ce qui n’était qu’une boutade au milieu d’une belle journée s’est transformé en réalité ! Dotée d’une belle origine, Channel avait bien breezé à Deauville et elle a toujours eu un comportement exemplaire. Après la vente, nous l’avons envoyée chez Philip Prévost Baratte afin de faire redescendre la pression. Elle avait besoin de temps et depuis son arrivée chez son entraîneur, les bonnes nouvelles se sont enchaînées. En course comme à l’entraînement, elle répond toujours positivement. Depuis ses premiers pas en compétition, elle n’a jamais pris un coup de cravache ! En début d’année, Francis-Henri Graffard nous a dit qu’il fallait l’engager dans les bonnes courses. Après sa dernière victoire – sur le parcours du Diane – il m’a dit qu’elle allait fort probablement devenir black type, mais qu’il était possible de tenter de courir au niveau Groupe. Dès lors, nous avons décidé de la tester dans cette grande course, surtout qu’elle aura la chance d’être montée par Pierre-Charles Boudot. À la veille d’une telle course, on rêve forcément de victoire, mais une place serait déjà formidable. C’est à elle de nous montrer ce qu’elle est capable de faire. »

Des ambitions. « L’année dernière en revenant de Royal Ascot, nous prenions le tunnel pour la France tout en cherchant des noms pour nommer notre pouliche. Nous avons alors vu un panneau "ChannelTunnel". Ça sonnait bien, en français comme en anglais… Le nom était trouvé ! J’aimais déjà l’élevage et Channel m’a appris à aimer les courses. C’est incroyable d’avoir aussi rapidement une pouliche capable de courir ces épreuves. C’est encore mieux que de trouver du pétrole ! Mais nous investissons de manière importante et j’espère que nous aurons un élevage de pur-sang anglais de grande qualité dans les années à venir. C’est en tout cas l’ambition de mon épouse et la mienne également. Nous sommes très attachés au fait d’élever en France, en mettant en avant notre tradition d’élevage "à la française" et la qualité de notre terroir. »

Parmi les premiers achats des époux de Barros, on peut citer de manière non exhaustive Embiyra (Tamayuz), issue d’une sœur d’Estimate (Monsun), qui a donné un produit par Gleneagles (Galileo), Aurora Gold (Frankel), une sœur de Midday (Oasis Dream), acquise 550.000 Gns qui vient de donner naissance à une femelle de Kingman (Invincible Spirit), ou Lbretha (Exceed and Excel), une lauréate de Prix Jacques de Brémond (L), dont la troisième mère n’est autre que la championne Allez France (Sea Bird).