RAZZA DORMELLO OLGIATA : La casaque de "Ribot" est de retour !

International / 28.06.2019

RAZZA DORMELLO OLGIATA : La casaque de "Ribot" est de retour !

Par Franco Raimondi

La giubba ! En français, on peut traduire ce terme par « la casaque ». Mais, pour les turfistes italiens, la Giubba Dormello Olgiata… c’est le drapeau national. Même Lanfranco Dettori, qui a gagné quelques courses à travers le monde, a affiché chez lui une photo géante prise lors d’un succès à Capannelle avec la giubba di Ribot, celle des grandes heures de Tesio. Ce dimanche, la tribune de San Siro a explosé quand les commissaires ont maintenu – après enquête – l’ordre d’arrivée des Oaks d’Italia. Lamaire (Casamento) est bel et bien la gagnante des Oaks d’Italia (Gr2). La Razza Dormello Olgiata a enfin décroché une victoire classique, une gloire qui lui échappait depuis l’époque où une partie de son effectif était entraînée par François Boutin. En ce temps-là, les chevaux faisaient le déplacement accompagnés par les jeunes assistants du maître entraîneur. Leur nom ? Pascal Bary et Gérard Larrieu !

Les temps ont changé. Le galop, surtout en Italie, a beaucoup changé. Mais la Razza Dormello Olgiata est encore là, avec son haras et son magnifique centre d’entraînement à Bolgheri. Situé en Toscane, ce dernier fut une idée révolutionnaire du marquis Mario Incisa della Rocchetta, qui y rassembla ses poulinières et ses chevaux de course, pour le plaisir du sport. Il y a dix-sept ans, dans une interview au sujet du cinquantenaire de la naissance de Ribot (Tenerani), le marquis Nicolò Incisa della Rocchetta, m’avait confié qu’il était difficile de faire vivre cette tradition hippique en restant compétitif dans un sport qui a complètement changé de visage. Au niveau international, l’arrivée des grands investisseurs arabes a fait basculer les courses dans une autre dimension et, en Italie, une nouvelle génération d’éleveurs – qui ont astucieusement utilisé les aides de l’État – a aussi fait bouger les lignes.

La main de Franca Vittadini. Pourtant, la Razza Dormello Olgiata a su résister. Elle s’est même relancée avec l’aide de Franca Vittadini. En cinq ans, elle est passée du rôle de conseillère à celui de racing manager. Dimanche, lorsqu’elle a reçu le trophée des Oaks, elle était heureuse comme une gamine, même si Call me Love (Sea the Stars), un produit de son élevage, était troisième en étant un peu gênée. Franca Vittadini nous a confié : « Je n’avais d’yeux que pour Lamaire ! Call me Love a été prise en sandwich et elle était battue. On a gagné et c’est un rêve devenu réalité. » Pourtant, il faut savoir que les Oaks d’Italia sont la seule grande course italienne qui manque au palmarès de l’écurie et de l’élevage Vittadini, qui ont aussi brillé dans le reste de l’Europe… Sur le podium de San Siro, au moment de la remise du trophée par le ministre Gian Marco Centinaio, Franca Vittadini a glissé quelques mots à l’oreille de l’homme politique : « Monsieur le ministre, vous êtes là depuis plus d’un an, quand pensez-vous faire quelque chose pour les courses et l’élevage ? » Zéro diplomatie, 100 % Franca…

Une collaboration qui dure. Franca Vittadini a commencé à collaborer avec la Razza Dormello Olgiata il y a cinq ans. Elle nous a expliqué : « Au tout début, le marquis Nicolò m’avait demandé de l’aider sur les croisements. Les premiers produits issus de cette collaboration ont 4ans. Lamaire est un fruit de la deuxième année. Le marquis Nicolò connaît bien l’élevage et nous échangeons toujours sur le choix des étalons. Nous avons opéré un premier travail de sélection : une quarantaine de poulinières, c’était beaucoup trop et cela enlevait des ressources pour les autres. »

Entre tradition et durabilité. L’objectif fixé était de rendre saine et durable la gestion de la Razza Dormello Olgiata. Cela passe par le fait de regagner en compétitivité : « Un élevage qui court ses produits, sans faire du commerce, ne peut pas devenir rentable. Qui plus est en Italie, avec les allocations. On m’a demandé de trouver un modèle soutenable du point de vue économique et en même temps de gagner des courses car la société qui produit le meilleur vin italien, le Sassicaia, ne peut pas se contenter de petits handicaps. J’ai agi sur deux plans, d’un côté une spending review, c’est-à-dire une réduction des coûts, et de l’autre la sélection des poulinières et des chevaux à l’entraînement. Quand on travaille avec un budget saillies, ça change tout si on doit l’utiliser sur 15 ou sur 40 poulinières. Le travail de sélection ne s’est pas fait au détriment de l’histoire car la Razza Dormello Olgiata a toujours gardé ses souches maison. »

Les grandes souches maison. Le risque, dans ce contexte, c’était de transformer Franca Vittadini en gardienne de musée… Mais elle est visiblement satisfaite de son travail : « Même si nous sommes descendus à 14 poulinières, les grandes souches, comme la R de Ribot et la T sont encore bien là. C’est aussi le cas de la L de Lamaire, qui est arrivée à la Dormello Olgiata avec l’achat de Laura Russell (Crocket) par le marquis Mario. Nous avons gardé des pouliches ayant prouvé leur valeur en piste, dans de bonnes courses. Et, avec la concentration du budget saillies sur moins de juments, nous avons pu monter en gamme. La jumenterie est très jeune, plusieurs poulinières ont d’ailleurs leurs premiers produits. Lilanga (Kalanisi), la mère de Lamaire, est une des vétéranes du haut de ses 11ans. Elle est pleine de Gleneagles (Galileo). Lorenzetta (Mastercraftsman), une placée de Gr3 de la même souche, issue de la placée classique Louise Aron (Intikhab), est pleine d’Expert Eye (Acclamation). »

Le regard tourné vers l’avenir. Franca Vittadini a donc résolument le regard tourné vers l’avenir, et la Razza Dormello Olgiata entre dans une nouvelle dimension. Elle nous a dit : « Dans un futur prochain, pour renouveler notre jumenterie, outre les pouliches ayant fait preuve de qualité, nous pourrions chercher quelques femelles supplémentaires à l’extérieur. Soit des yearlings dotées de belles origines ou des pouliches sortant de l’entraînement. Au-delà des familles historiques, nous avons recruté de nouvelles lignées, avec la placée de Gr3 Oryetta (Henrithenavigator) ou Fetch (Arch), une demi-sœur de Call me Love, qui est pleine de Sea the Moon (Sea the Stars). La génération des yearlings de cette année compte 16 produits. On a le demi-frère par Footstepsinthesand (Giant’s Causeway) de Lamaire, une très belle Dariyan (Shamardal) et Fetch, une femelle par Harzand (Sea the Stars) et Twardowska (Daylami), un mâle magnifique par Holy Roman Emperor (Danehill), qui est le demi-frère de Lorenzetta. »

Bolgheri, un outil de travail exceptionnel. Au début de l’année 2019, Franca Vittadini est devenue – en plus de son rôle de conseillère pour l’élevage – le racing manager de l’écurie. La Razza Dormello Olgiata affiche désormais une réussite de 27,5 % à la gagne. Les chevaux sont confiés à Riccardo Santini, un grand ami de l’ex-entraîneur de la Juventus Max Allegri. Il s’occupe des 29 chevaux installés en Toscane. Franca Vittadini explique : « Le centre d’entraînement privé de Bolgheri est magnifique. C’est un outil de travail extraordinaire, avec une grande diversité de pistes et il a été très bien entretenu. Nous avons une piste, nommée l’Isolotto, qui peut rivaliser avec un grand hippodrome. Avant le dernier galop de Lamaire pour les Oaks, nous avions demandé du terrain bon souple, malgré la chaleur. Le personnel a arrosé pendant quatre jours et Fabio Branca, qui avait monté la pouliche, nous a dit que même à San Siro on ne trouve pas un gazon de cette qualité. Les jeunes chevaux sont la base de l’écurie. Nous avons une douzaine de 2ans, dont le premier, un mâle par Footstepsinthesand nommé Macaire – comme l’entraîneur ! –, fera ses débuts ce samedi à Milan. C’est un bon lot, avec trois ou quatre sujets qui peuvent se révéler. »

Lamaire vers le Lydia Tesio. Lamaire a placé la barre très haut avec son succès classique. Franca Vittadini a déjà imaginé avec Riccardo Santini le programme pour la gagnante des Oaks : « Elle a commencé très tôt la saison et mérite donc un peu de repos. Je l’adore car c’est une pouliche très dure, qui aime son travail et répète ses courses. Elle fera une rentrée automnale et ira ensuite sur le Premio Lydia Tesio (Gr2). L’année prochaine, elle pourrait aller chercher une valorisation à l’étranger, fort probablement en France. » Chers lecteurs, souvenez-vous des deux articles écrits par mon ami Emmanuel Roussel en 2016. Il s’était rendu à Bolgheri et à Dormello pour célébrer le soixantième anniversaire du deuxième Arc de Triomphe remporté par Ribot. Le long de la route, avec Manu, nous discutions d’un hypothétique retour sur le devant de la scène de la giubba. Tout en cheminant, nous en rêvions ensemble. En moins de trois ans, c’est mission accomplie. Merci marquis Nicolò. Bravo Franca.