THE DERBY (GR1) - Le génie et l’orfèvre

International / 01.06.2019

THE DERBY (GR1) - Le génie et l’orfèvre

EPSOM (GB), SAMEDI

Aidan O’Brien a égalé le record de sept succès dans le Derby qui appartenait à Robert Robson, John Porter et Fred Darling. Il l’a fait avec un fils de son homologue quadrupède, le grand Galileo (Sadler’s Wells), qui a égalé lui aussi le record de quatre Derby winners qui appartenait à son rival Montjeu (Sadler’s Wells) et à quatre autres étalons. En début de semaine, le génie de Ballydoyle avait confié à Lanfranco Dettori : « J’ai quatre poulains qui peuvent gagner le Derby et je t’en donnerai un. » Il y avait une vérité : quatre poulains de Ballydoyle ont terminé en moins d’une longueur. Parmi les quatre qui pouvaient gagner, c’est Anthony Van Dyck (Galileo) qui a trouvé sa place dans la liste des Derby winners et, associé à son nom, il y a celui de Seamie Heffernan, le deuxième et parfois troisième pilote de l’escadron irlandais. Il a rejoint l’équipe en même temps que le patron. C’était en 1996, et il ne l’a jamais quittée. Anthony Van Dyck était sa onzième monte pour l’écurie dans le Derby et, pour la troisième fois, le poulain de Heffernan a battu tous ses petits amis. Ce samedi, au contraire de ce qui était arrivé à Fame and Glory (Montjeu) et At First Sight (Galileo), il n’y avait pas en piste un grandissime favori, comme Sea the Stars (Cape Cross) ou un champion de la taille de Workforce (King’s Best).

Seamie a aussi monté Galileo. Le Derby est le trentième Gr1 de Seamie qui, à 46 ans, a vu passer devant lui tous les pilotes de Ballydoyle. Il avait monté, entre autres champions, Galileo lors du succès dans le Derby Trial (Gr3). Son patron lui a rendu honneur : « C’était une course très compétitive et Seamie a donné une super monte à Anthony Van Dyck. Je suis heureux de le voir gagner parce qu’il joue un rôle très important dans notre équipe. Il s’est placé plusieurs fois dans le Derby et c’est un jockey de classe mondiale. Il y a beaucoup de gens qu’il faut remercier : les cavaliers du matin, les maréchaux-ferrants, les vétérinaires et tous ceux qui travaillent dans les bureaux. »

Le grand jour d’un professionnel humble. Le jockey, quant à lui, a déclaré alors qu’il était encore à cheval : « J’étais confiant. C’est un poulain qui avait déjà prouvé sa classe l’année dernière, quand il avait lutté dans toutes les bonnes courses et avait suivi des rivaux de classe sur plus court. Je savais qu’il pouvait progresser sur plus long, c’est un pur Galileo et son entraîneur est un génie. Il faut toujours être confiant quand on monte pour Aidan dans une grande course. Peu importe qu’il s’agisse d’un favori ou d’un gros outsider. Ils sont tous entraînés pour le jour J. »

Madhmoon tout près du rêve. Le seul étranger dans la fête de Ballydoyle est Madhmoon (Dawn Approach). Son entraîneur, Kevin Prendergast, a longtemps cru gagner enfin son Derby, à 86 ans. L’élève du cheikh Hamdan Al Maktoum s’est retrouvé encerclé par les Ballydoyle comme le général Custer à Little Big Horn. Il a repoussé toutes les attaques à son extérieur mais il n’a pas pu contrer celle d’Anthony Van Dick qui, un peu pris de vitesse au moment du démarrage, a été décalé vers le rail par Heffernan. Le vétéran n’a pas de regrets : « Le poulain a fait sa course, il a bien lutté et il est battu par un rival qui s’est montré le plus fort. »

Japan pour l’avenir. Aidan O’Brien avait quatre gagnants en puissance et ils sont tous là. Anthony Van Dyck a démontré vingt et un ans après High Rise (High Estate) que le trial de Lingfield est un bon test. Japan (Galileo) a confirmé que, en puissance, il est le meilleur de l’équipe. Il a connu des soucis à un moment très important de sa préparation et il possède de la marge. De plus, son jockey, Wayne Lordan, a perdu sa cravache dans le moment décisif. Sa troisième place vaut beaucoup en perspective. Sir Dragonet (Camelot), un peu tendu avant la course, a attaqué de bonne heure, en jouant en plein son rôle de favori. Il a un peu payé son manque d’expérience et il s’est classé cinquième, battu par Broome (Australia).

Un petit cru d’après les ratings. Anthony Van Dyck est le favori du Derby irlandais à 2/1 mais la hiérarchie à Ballydoyle est susceptible de changer. Aidan O’Brien a dit : « Les lads prendront leur décision mais je pense qu’Anthony Van Dyck ira sur le Derby irlandais. On joue à domicile et c’est une course pour les 3ans, avant de s’attaquer aux chevaux d’âge. » La question sur le niveau de cette génération reste ouverte en attente du QIPCO Prix du Jockey Club. Cinq poulains presque sur la même ligne, cela ne pousse pas à la confiance. Le premier jugement du Racing Post affiche pour Anthony Van Dyck un rating de 120, le plus bas depuis 2006, quand Sir Percy (Mark of Esteem) avait gagné avec à la clé un petit 118.

Coolmore et Darley dans le pedigree. Galileo fait des miracles, on le sait, mais Anthony Van Dyck est le seul parmi ses 77 gagnants de Gr1 à être issu du croisement avec une poulinière par l’australien Exceed and Excel (Danehill). La mère d’Anthony Van Dick, Believe’N’Succeed (Exceed and Excel) est un produit de l’élevage Darley Australie mais elle a fait carrière sous d’autres couleurs en remportant les Blue Diamond Prelude (Gr3) à 2ans. M.V. Magnier l’a achetée pour 1,1 million de dollars australiens à la dispersion Patinack Farm, quand elle avait déjà produit la championne des sprinters en Nouvelle-Zélande Bounding (Lohnro), lauréate de Gr1. Believe’N’Succeed est une propre sœur du gagnant de Gr2 Kuroshio. Elle a laissé trois produits dans l’hémisphère Sud et, après Anthony Van Dyck, elle a donné une foal, par Galileo bien sûr, née le 11 janvier.