AUX ORIGINES DE.... A'Ali, sans famille mais pas sans talent

Élevage / 22.07.2019

AUX ORIGINES DE.... A'Ali, sans famille mais pas sans talent

Le lauréat du dernier Darley Prix Robert Papin (Gr2) a perdu père et mère. Bien qu’orphelin, A'Ali est néanmoins un jeune homme plein d’avenir. En piste bien sûr et pourquoi pas un jour au haras.

Par Adrien Cugnasse

Si un jour A'Ali (Society Rock) entre au haras, on peut imaginer que l’équipe de communication qui l’accueillera jettera un coup d’œil au rating de ses deux premiers succès black types. Le Racing Post l’a crédité de 107 dans les Norfolk Stakes (Gr2) à Royal Ascot. Seulement deux chevaux ont fait mieux – dont No Nay Never (Scat Daddy) – sur la dernière décennie. Les mêmes échellistes lui ont accordé 112 – soit la troisième meilleure valeur de la décennie – dans le Darley Prix Robert Papin. Selon ce critère, il est actuellement le deuxième meilleur mâle d’Europe chez les 2ans.

Motivator en père de mère.  L’étalon du haras du Quesnay Motivator (Montjeu) connaît une belle saison en tant que père de mère, avec A'Ali bien sûr, mais également grâce à Fleeting (Zoffany), deuxième des Oaks d’Irlande (Gr1), et à Foxtrot Liv (Foxwedge), troisième des 1.000 Guinées (Gr1). Étant issue d’un vecteur de tenue, Motion Lass (Motivator), la mère d’A'Ali, ne paraissait pas être la candidate idéale à la production de chevaux vites et précoces. Deux qualités qu’elle n’avait pas montrées en compétition. Rachetée 4.500 Gns en décembre, à Tattersalls, alors qu’elle était foal, puis 16.000 Gns dans son année de yearling, c’est finalement au mois d’octobre de son année de 3ans – après trois neuvièmes places et une cinquième place – qu’elle a trouvé preneur pour 13.000 Gns. On était encore loin des 1.100m de Deauville. Et ce d’autant plus qu’elle était déjà la sœur de deux black types, Enforcer (Efisio), lauréat des Darley Stakes (Gr3, 1.800m) mais également troisième de la Coronation Cup et du Preis von Europa (Grs1, 2.400m), et Canaveral (Cape Cross), deuxième des Gleaming Stakes (L, 1.900m) à Saratoga.

Deux "Papin" en trois ans. Mais c’était sans compter sur l’influence de Society Rock, tête de liste des étalons de première génération en 2017 en Europe, et de son aptitude à transmettre vitesse et précocité. Depuis 1892, seulement trois sires ont réussi à donner trois lauréats du Prix Robert Papin (Gr2) en l’espace de trois ans. Il y a notamment Blanford (1935 et 1933) et Djebel (1948, 1949, 1953 et 1952). Mais sur les six dernières décennies, seul Society Rock (Rock of Gibraltar) a réussi cet exploit, grâce à A'Ali cette année et à Unfortunately (Society Rock) en 2017. Ce dernier a, depuis, intégré la cour des étalons de Cheveley Park Stud où il officie à 7.500 £, après avoir réalisé le doublé Prix Robert Papin & Prix Morny. Selon son entourage, A'Ali pourrait revenir sur la ligne droite de Deauville à l’occasion du Gr1 programmé le 18 août. Disparu après seulement trois saisons de monte à Tally Ho Stud, Society Rock pourra donc vraisemblablement compter sur deux fils étalon. Sa production montre une réelle pugnacité en compétition. Ce lundi, Big Boots (Society Rock) a gagné le Prix Kaldoun (Classe 1) de bout en bout. C’est sa cinquième victoire de l’année et la septième de sa carrière. En deux saisons, il a déjà connu quatre entraîneurs différents. Après avoir couru pas moins de treize fois à 2ans, il s’est déjà présenté à neuf reprises en compétition cette année.

Du rire aux larmes. Bien qu’ayant un profil marqué par la tenue, Motion Lass a donné un gagnant dès son premier produit, Slowmo (Kodiac), lauréat sur 1.000m au mois de juillet de ses 2ans à Bath. Âgée de 9ans mais avec seulement deux sujets en âge de courir, Motion Lass a été achetée pour seulement 9.000 Gns en janvier dernier, par Andrew Davis et Matt Eves. Ce dernier est l’un des associés de Star Bloodstock et au moment où le marteau est tombé, A'Ali était déjà l’un de ses poulains estimés pour les breeze up. Un an auparavant, il avait acheté A'Ali à ses éleveurs – les Irlandais de Tally Ho Stud – pour 35.000 £, alors qu’il était yearling. À la breeze up d’avril 2019 de Goffs, le poulain a été revendu 135.000 £ à Anthony Stroud et Matt Coleman. Vingt-quatre heures après la victoire de son fils à Deauville, la presse britannique nous a appris ce lundi la disparition de Motion Lass, suite à une crise de colique. Vide, elle était promise à Blue Point (Shamardal). Sa pouliche par Cotai Glory (Exceed and Excel) a trouvé une mère adoptive.

Celui que l’on n’attendait pas. Emmanuel de Seroux est le coéleveur de Society Rock. Ce lundi, il nous a confié : « Nous l’avons élevé en Irlande en association avec James Hanley (Ballyhimikin Stud). Nous avions acheté sa mère, High Society (Key of Luck), lauréate des Rochestown Stakes (L, 2ans) et elle a ensuite été entraînée par mon épouse en Californie. Elle a gagné les La Habra Stakes (L, 1.300m) sur un parcours qui demande beaucoup de vitesse, à Santa Anita. Après deux saisons difficiles au Kentucky, où elle a eu du mal à remplir, nous l’avons renvoyée en Irlande où tout s’est bien passé. Avec Rock of Gibraltar, elle nous a donné ce formidable Society Rock. C’est le meilleur cheval que j’aie élevé. Gagner un Gr1 à Ascot, c’est toujours un moment à part. » Lauréat de deux courses à 2ans et de trois Groupes de 3ans à 6ans, Society Rock est entré au haras avec, dans son C.V., un succès dans la Sprint Cup et un autre dans les Golden Jubilee Stakes (Grs1). Mais proposé à 8.000 € par Tally Ho Stud en 2014 – au moment où la saillie de son père, Rock of Gibraltar, descendait à 12.500 € alors qu’elle était à 65.000 € quelques années auparavant –, Society Rock n’était pas l’un des débutants les plus attendus de sa génération (celle de Camelot, Dabirsim, Dawn Approach, Intello et Reckless Abandon).

Les breeze up de père en fils. Emmanuel de Seroux se souvient : « J’ai toujours aimé Rock of Gibraltar qui a fait des chevaux de haut niveau sur toutes les distances. Society Rock avait lui-même beaucoup de vitesse, comme sa mère. De là à imaginer qu’il devient un aussi bon étalon et un vecteur de précocité, nul ne pouvait le prévoir. Mais vu sa qualité en course, il avait le droit de devenir un bon étalon. Il a émergé en tant que reproducteur malgré une jumenterie moyenne qui correspondait à son prix de saillie très accessible. Il est très améliorateur. » Vendu 75.000 Gns à Newmarket, Society Rock a finalement été rendu à ses éleveurs car « les acheteurs estimaient après la vacation qu’il tournait dans le box. » Comme son fils A'Ali, Society Rock est passé par la case breeze up (et notamment celle d’Arqana). Et c’est à 2ans qu’il a trouvé preneur. Emmanuel de Seroux se souvient : « C’était un cheval très correct dans sa morphologie. Il était très dur, avec du cœur et toujours dans le coup malgré des combats répétés à haut niveau. Malheureusement, nous n’avons rien pu garder de cette famille. »