Avec Chasing the Win, Amazon Prime propose un très bon documentaire sur les courses

International / 22.07.2019

Avec Chasing the Win, Amazon Prime propose un très bon documentaire sur les courses

Il y a la glorieuse incertitude du turf. Et puis il y a celle du ring. Quand les frères Sheehy ont acquis, en 2017, un fils de l’inconnu Yankee Victor (Saint Ballado) à la breeze up de Barretts, ils étaient loin de se douter qu’ils allaient vivre grâce à lui certains des moments les plus exaltants de leur existence. Par la même occasion, ils nous ont offert l’un des plus beaux et plus justes documentaires sur le monde des courses. Laura Sheehy, la fille de l’un des copropriétaires, s’est associée à Chris Ghelfi pour mettre en image le quotidien de Kinsale King (Yankee Victor) pendant les saisons 2009-2011. Intitulé Chasing the Win, il n’a vu le jour qu’en 2016. Depuis peu, il est disponible à l’international – et donc en France – sur le service de vidéo à la demande Amazon Prime.

Une grande dose d’émotion. Kinsale King s’alimente quotidiennement de carottes, de foin et… de Guinness. Rien de surprenant en réalité car son entraîneur, Carl O’Hallagan, est un personnage haut en couleurs. Débarqué tout droit de son Irlande natale à l’adolescence l’homme semble sortir tout droit d’un conte. Musicien de rue, il a d’abord connu quelques années de galère, dormant même quelque temps sous les ponts de Brooklyn. Animé d’une volonté peu commune, Carl O’Hallagan ne renonce à aucun moment à son envie d’entraîner des chevaux. Tour à tour cavalier d’entraînement puis assistant de plusieurs entraîneurs américains, c’est en Californie qu’il fait la connaissance de Patrick Sheehy. Ce dernier lui confie Kinsale King, alors âgé de 4ans et devenu hongre. Jusqu’alors, personne n’avait réussi à trouver les boutons avec ce cheval à problème. Carl O’Hallagan va y parvenir et quand il annonce que le cheval a le niveau pour les Groupes, personne ne le prend au sérieux. Il change radicalement l’entraînement de Kinsale King et lui consacre l’ensemble de son temps, de ses efforts et de ses connaissances d’homme de cheval.

Ensemble, ils gagneront un Gr3 à Hollywood Park, un Gr2 à Santa Anita, avant de connaître la gloire à Meydan dans le Dubai Golden Shaheen (Gr1). Le bonheur, les pas de danse et les larmes de l’entraîneur lors de la journée de la Dubai World Cup sont émouvants.

Un regard lucide sur les courses. Si filmer les moments de joie est une chose, filmer les moments de doute et de désillusion en est une autre. C’est l’un des tours de force du documentaire. Et le mérite en revient aux deux réalisateurs. Après Dubaï, l’entourage répond favorablement à l’invitation de la reine d’Angleterre à participer aux Golden Jubilee Stakes (Gr1) de Royal Ascot. Kinsale King est battu, impuissant face au pensionnaire d’Aidan O’Brien Starspangledbanner (Choisir), acheté, lui, plusieurs millions de livres. La roue semble avoir tourné et une nouvelle défaite – douzième sur quatorze partants – un mois plus tard, à Newmarket, lors de la July Cup (Gr1), le confirme. Après une autre déroute en novembre de la même année dans le Breeders’ Cup Sprint (Gr1), l’épopée de Kinsale King prend fin et Carl O’Hallagan tombe de son piédestal. En arrière-plan, une autre dimension des courses apparaît. C’est l’un des deux propriétaires de Kinsale King, et banquier à la retraite, qui l’illustre le mieux. Si son frère, que l’on entend fréquemment dans le reportage, se montre bienveillant à l’égard de l’entraîneur quand les premières difficultés apparaissent, le froid Denis fait preuve d’une totale absence d’empathie : « Si un entraîneur n’a pas de bonnes statistiques, quittez-le, personne ne veut voir son nom associé à un looser. »   

Un vide enfin comblé. Quelque part, nous avons de la chance. À quelques années d’intervalle, nous avons eu la série Luck (2011) et Chasing the Win. Si la première est devenue culte, et ce malgré une seule saison, le documentaire a tout à fait sa place parmi les classiques de la culture hippique. Évidemment, entre les deux, l’ambition cinématographique n’est pas la même, mais l’histoire de Kinsale King représente à la perfection les hauts et les bas que vivent les principaux acteurs des courses. Au final, ce film-documentaire permettra au grand public de découvrir, en plus des émotions intenses et de l’adrénaline que notre sport procure, que l'hippisme est, bien que régi par des impératifs économiques bien précis, avant tout affaire de gens passionnés.