Deauville en off - Le diable n’a pas d’idées

Institution / Ventes / 29.07.2019

Deauville en off - Le diable n’a pas d’idées

En cette année électorale, Deauville ne bout pas encore. Mais ça chauffe déjà gentiment dans le rond et autour…

Par Mayeul Caire

Qui a dit que rien ne change jamais dans les courses ? Un vent nouveau souffle sur l’Institution : Édouard de Rothschild s’est présenté barbu lors de sa rentrée à Deauville. Une fine barbe de couleur poivre et sel. Comme une ultime bravade de juilletiste : « Je suis encore en vacances », criait la barbe aux balances.

Bref, dans le rond et autour, la question n’était pas : « Qui va gagner le Prix Rothschild ? » (ça, on le savait déjà avant la course) mais : « Le président de France Galop doit-il garder son duvet de hipster pour imiter Jean d’Indy et Hubert Tassin, et ainsi s’assurer les voix des PP ? Ou doit-il raser sa barbe, pour éviter de baser ceux que les PP phrasent ? »

Certains amateurs d’opéra trouvaient que cela lui donnait des airs de Méphistophélès, le diable mis en musique par Gounod. La politique n’est-elle pas un spectacle, surtout en année électorale ?

Oui car ce n’est un secret pour personne qu’Édouard de Rothschild sera candidat à sa réélection à la présidence de France Galop. Il y jouera sans doute une partition assez éloignée de celle écrite par Goethe, qui faisait dire à Méphistophélès : « Tout ce qui existe mérite d'être détruit ; il serait donc mieux que rien n'existât. »

« Tout ce qui existe mérite d'être détruit… », c’est ce que dit le diable (dans une attitude destructrice assez classique où il s’oppose à Dieu qui, lui, représente l’attitude créative).

Il faut croire que Satan fait des émules chez nous. Car tout détruire, c’est ce que certains prônent. Alors que c'est "création" le mot-clé. Vous pouvez faire toutes les économies que vous voulez (X millions dans les sociétés-mères, X millions au PMU, etc.), vous pouvez répéter à longueur de journées que notre Institution est mal gérée, vous n’aurez réglé aucune question de fond. Car la seule question de fond est créative. Le seul sujet important, c’est le projet. Ou pour le dire à la manière d’un ami qui se reconnaîtra : « Ce n’est pas un directeur financier qui a eu l’idée de l’iPhone. » Je serais tenté d’ajouter : « Ni un homme politique… »

On le crée quand, notre iPhone ?

Pour en revenir et en finir avec le Méphistophélès de Goethe : « … il serait donc mieux que rien n’existât. »

On ne peut pas dire que ce soit le cas sur le plan politique cette année ! Au contraire, il y aurait plutôt pléthore. Ça sent la canicule électorale, avec un nombre de listes record, en particulier dans le collège Propriétaires, où huit listes seraient en lice pour glaner les dix postes réservés aux propriétaires au sein du Comité !

Les forces annoncées cette année pourraient être (listes constituées/soutenues par…) : Syndicat national des propriétaires-Equistratis*, P.P., Association des entraîneurs-propriétaires, Fédération des éleveurs, AQPS-Obstacle, Génération galop, Marcel Chaouat, Philippe Jeanneret… Et il y en aura peut-être d’autres !

Pour mémoire, il y a quatre ans, seules quatre listes s’étaient présentées : Syndicat des propriétaires (32 % et 3 élus), PP-AQPS (27 % et 3 élus), Renouveau du galop-D. Augereau/M. Chaouat (23 % et 2 élus) et Génération galop (17 % et 2 élus). Le nombre de listes doublerait donc cette année.

Le sujet faisait beaucoup parler dans le rond et encore le soir, au traditionnel dîner du Club des gentlemen et cavalières à l’hôtel du Golf, où France Galop était absent – mais pas les sujets politiques. Autour de la table, on partageait ses inquiétudes sur cet éparpillement. Pourtant, ce morcellement n’est pas illogique, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, il ne s’agit que d’un pointage à plusieurs mois des élections. D’ici au mois d’octobre, certaines listes potentielles ont le temps de se regrouper, et d’autres vont disparaître. Ensuite, nous vivons une époque – celle des réseaux sociaux – qui renforce chez tout individu l’idée que sa voix est importante. C’est sympa pour l’idéal démocratique : 1 homme = 1 voix. Mais c’est un peu plus compliqué pour la représentation démocratique car on ne peut difficilement faire : 1 voix = 1 élu. Enfin, c’est le propre des périodes de crise que de voir surgir la défense d’intérêts particuliers. Quand on n’a pas un leader ou un projet à suivre en confiance, on se replie sur une solution individuelle. On connaît bien cela jusque dans le sport collectif, lorsque l’on voit des joueurs chercher à sauver seuls leur équipe parce que celle-ci est malmenée. Ils savent parfaitement que cela ne mène nulle part mais ils le font quand même. C’est un travers de l’âme humaine.

En l’occurrence, les socioprofessionnels n’ont pas un leader, mais plusieurs. Ils n’ont pas un combat, mais plusieurs. Pourquoi n’iraient-ils pas au combat en ordre dispersé ? C’est logique. Et puis c’est comme ça. La seule que nous pouvons espérer, c’est que la  confrontation sera créative et ne se limitera pas au concours de celui qui promettra le plus d’économies. Car encore une fois, les courses ne se sauveront pas en vendant le poker ou les paris sportifs afin de s’assurer trois ans de non-baisse des allocations. Les courses se sauveront en créant de nouveaux jeux PMU et en continuant à améliorer l’expérience client sur les hippodromes.

* « Je peux annoncer dès aujourd’hui que nous avons passé un accord avec le Syndicat des propriétaires de galop » a déclaré l’animateur d’Equistratis, ce qui ne manquera pas de faire sursauter un certain nombre d’adhérents du Syndicat, qui ne savaient pas que leur cotisation servait à financer le think tank commercial créé par Jacques Carles.