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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

HONGKONG 2018-2019 - L’Île au trésor et ses soucis

International / 17.07.2019

HONGKONG 2018-2019 - L’Île au trésor et ses soucis

Par Franco Raimondi

Zac Purton s’est arrêté à deux victoires du record (170) de Joao Moreira, John Size a décroché son onzième titre de champion trainer et, pour la deuxième fois, Beauty Generation (Road to Rock) a remporté la couronne de horse of the year. Winfried Engelbrecht-Bresges, l’homme fort du galop à Hongkong, a dressé le bilan sportif de la saison 2018-2019 ce dimanche, à l’issue de la dernière réunion : « Nos pur-sang ne représentent que 0,7 % de ceux entraînés dans le monde entier. Mais en fin d’année 2018, vingt-cinq de nos chevaux étaient présents dans les World’s Best Racehorse Rankings et douze de nos épreuves figuraient parmi les 100 meilleurs Grs1 du monde. »

Les allocations progressent de 6,5 %. Comme bien souvent, l’argent est le nerf de la guerre. Mais il explique avant tout la réussite des courses à Hongkong. Les enjeux ont enregistré une légère hausse de 0,4 %, se fixant à 124,8 milliards de dollars hongkongais (14,2 milliards d’euros). La progression permettra d’augmenter les allocations pour la saison 2019-2020. Elles atteindront 1,3 milliard (148 M€), soit une progression de 6,5 %, pour un total de 88 réunions. Quatre grandes courses, dont le Hong Kong Derby, lequel passe de 18 à 20 millions, voient leurs allocations augmentées sensiblement. Celles-ci – en euros, catégorie par catégorie – seront de 318.000 (Classe 1), 239.000 (Classe 2), 165.000 (Classe 3), 110.000 (Classe 4) et 82.500 (Classe 5). Il faut y ajouter le prix de la pension fixé par le Hong Kong Jockey Club et qui est de 3.850 €.

Les gros parieurs ont un peu levé le pied. Si les chiffres paraissent impressionnants, le Hong Kong Jockey Club rencontre tout de même quelques difficultés. Le public a beau avoir répondu présent, avec une moyenne de 25.100 spectateurs, si l’on s’attarde un peu plus sur les enjeux, on s’aperçoit que les turfistes hongkongais ont un peu moins flambé (12,06 milliards d’euros), avec une baisse des enjeux de 1,58 %. On remarque aussi une progression des paris en provenance de l’étranger avec 2,14 milliards d’euros joués. L’inquiétude vient de la chute sensible constatée lors de la deuxième partie de saison. Depuis mars, les enjeux ont chuté de 182 M€. Winfried Engelbrecht-Bresges en a expliqué la raison dans une interview accordée au quotidien South China Morning Post : « Les clients qui avaient un budget de 10 millions de dollars hongkongais par an (1,13 M€) l’ont réduit. Le nombre de paris enregistrés est le même, mais les chiffres sont moins importants, avec une baisse comprise entre 10 % et 20 %. »

La réponse du Jockey Club. Si pour l’instant il n’y pas encore de quoi tirer la sonnette d’alarme, le H.K.J.C. envisage de rectifier le tir sur un certain nombre de dossiers. Son président a ajouté : « Au niveau mondial, il y a beaucoup de concurrence. Et au final, c’est toujours le meilleur produit qui gagne. Les choses importantes sont la qualité des chevaux, des jockeys et des entraîneurs, l’intégrité et la transparence, la compétitivité des courses et ce que l’on offre à notre clientèle. Il faut travailler sur ces sujets pour améliorer l’attractivité des courses. Je suis optimiste sur le fait que sur une période de deux ou trois ans, nous y arriverons, mais la saison qui vient sera un vrai défi. Nos bases sont solides, nous pouvons résister à une tempête, mais il ne faut pas relâcher nos efforts. » Le "système Hongkong" est basé sur les courses à handicaps. L’année dernière, il y a eu une moyenne de 12 partants en 817 courses, sachant que la limite est de 14 chevaux à Sha Tin et de 12 à Happy Valley. Les turfistes ne peuvent pas se plaindre d’avoir à parier sur des lots peu fournis, mais la concentration des meilleurs chevaux chez les grands entraîneurs et le choix des jockeys ont pour conséquence d’avoir des épreuves avec un grand favori, disons à moins de 2/1, et un paquet d’outsiders à 80/1 et plus. Il est de notoriété publique que ce ne sont pas les "énormes tocards" qui favorisent les enjeux. Et quand l’un d’eux se glisse dans la bonne combinaison, il a tendance à contrarier les parieurs plus qu’autre chose…

Les quatre top-jockeys gagnent la moitié des courses. Lors de la saison 2018-2019, les quatre jockeys qui ont occupé les quatre premières places du classement (Zac Purton, Joao Moreira, Karis Teetan et Vincent Ho) ont remporté 398 courses,  soit 48,7 % du total. Dans le même temps, on constate que les 23 autres jockeys à plus de 100 montes comptent 413 succès. Si l’on considère que Silvestre de Sousa, qui a connu une réussite phénoménale cet hiver, a remporté 44 courses et figure en cinquième position, la domination d’un petit comité de jockeys est flagrante. Chez les entraîneurs, les cinq premiers (John Size, John Moore, Frankie Lor, Tony Cruz et Danny Shum) ont remporté 325 courses (39,7%) et plus de la moitié des allocations. Les dix-sept autres, après le départ de l’Australien Michael Freeman, se sont partagé le reste.

Un marché ouvert pour entraîneurs et chevaux. Douglas Whyte, le légendaire jockey, a pris sa licence et va venir s’ajouter à liste des entraîneurs présents à Hongkong. Avec le lancement du centre d’entraînement de Conghua, il y a aura une centaine de chevaux en plus (ils étaient 1.276 cette saison). Un des objectifs du H.K.J.C. est d’ajouter deux entraîneurs à cette liste ces prochaines saisons, d’autant plus qu’il faudra aussi remplacer John Moore, lequel a atteint la limite d’âge et sera obligé de prendre sa retraite à la fin de la saison prochaine. En attendant, l’arrivée de chevaux pour la saison 2019-2020 se poursuit. Ces deux derniers mois, environ 140 nouvelles recrues ont débarqué, avec une écrasante majorité de sujets en provenance d’Australie et Nouvelle-Zélande. Et parmi elles se trouvent peut-être un futur lauréat du Hong Kong Derby, qui sait ?