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Jour de Galop

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LE MAGAZINE -  Network est mort

Élevage / 10.07.2019

LE MAGAZINE - Network est mort

Le 8 juillet, cette célébrité du parc étalon français nous a quittés à l’âge de 22ans. Network fut l’un des précurseurs de la mode du sang allemand, aujourd’hui très présent des deux côtés de la Manche chez les sauteurs. Il fut aussi l’un des derniers étalons de tête de feu les Haras nationaux.

Par Adrien Cugnasse

Aujourd’hui disparus, les Haras nationaux ont importé plusieurs étalons allemands pour produire des sauteurs au début des années 2000. Les plus marquants furent Lavirco (Königsstühl) et Network. Les victoires au niveau Gr1 de leur production ont lancé la mode des lignées allemandes, en France dans un premier temps, puis en Irlande et Angleterre. Rapidement, tous les plus grands haras d’obstacle ont eu un ou plusieurs étalons allemands dans leurs cours. Mais tous n’ont pas connu la même réussite, loin de là ! Lorsque les Haras nationaux ont vendu leurs derniers étalons sur le ring d’Arqana, Network a été acheté par la famille Papot qui l’a placé au haras d’Encki. Estève Rouchvarger nous a expliqué ce mercredi : « Au-delà de sa carrière d’étalon, nous nous souviendrons aussi de lui comme d’un cheval formidable. Un vrai seigneur, un sujet très attachant. Nous avons eu une chance énorme de croiser sa route. Il a changé notre vie, humainement et professionnellement. En 2018, sa fertilité baissant après deux bonnes saisons de monte, nous avons conseillé aux personnes qui avaient réservé une saillie de se reporter sur un autre étalon. Six poulains ont vu le jour en 2019 et deux juments ont été saillies. Mais la famille Papot a souhaité le préserver et nous ne sommes pas allés au-delà. Nous rêvions tous d’une belle retraite pour cet étalon. »

Une intuition française. Éric Hoyeau, le président directeur général d’Arqana, nous avait expliqué en 2016 : « Au début des années 2000, j’ai effectué une mission de consultant pour le compte des Haras nationaux. L’objectif était de les aider à renforcer la qualité de leur offre de pères de sauteurs. J’ai entre autres proposé aux responsables de cette institution d’aller en Allemagne. À l’époque où il y avait encore des courses d’obstacle dans ce pays, j’avais plusieurs fois eu l’occasion d’y monter. Je pensais que certains courants de sang allemands, comme celui de Monsun (Königsstühl), qui n’était alors qu’un jeune étalon, pouvaient potentiellement être intéressants pour produire des sauteurs. Dans ce pays, on trouve relativement facilement des chevaux bais foncés, avec de la tenue, du modèle, une bonne locomotion et des courants de sang compatibles avec l’obstacle. Je leur ai indiqué plusieurs chevaux, dont Network et Lavirco. Ma mission s’est arrêtée là. »

François Gorioux, délégué national courses de l'Ifce-ex Haras nationaux – nous avait alors précisé : « Network a intégré l’administration en 2002 et Lavirco en 2003, après avoir effectué six années de monte dans son pays d’origine. Lors de notre déplacement en Allemagne, à l'automne 2001, avec Philippe de Quatrebarbes, Michel de Gigou, Jacques Lauriot et Éric Hoyeau, nous avions vu d’autres chevaux dont Surako [père de mère de Le Havre, ndlr]. Mes notes concernant Network étaient les suivantes : "Bai brun, bons tissus, grand cheval, fort massif épaule, de l'espèce, bien relié, légèrement panard de l’antérieur droit, du capot et expressif. Pas très ouvert, garrot prolongé, pourrait être plus armé, couvre du terrain". »

La mode du sang allemand sur les obstacles. Trois des quatre étalons les plus utilisés outre-Manche en 2016 étaient des fils de Monsun et ils officiaient sur le marché de l’obstacle : Getaway (299 juments), Ocovango (274 juments) et Shirocco (248 juments). En 2018, avec 249 juments, Getaway faisait encore partie du top anglo-irlandais selon le nombre de saillies. En 2016, les étalons nés en Allemagne mais stationnés en France ont sailli plus de 500 juments. Cette année-là, une quarantaine de sires officiant en France comptaient dans leur pedigree une des trois grandes lignées mâles allemandes (Königsstühl, Surumu, Big Shuffle).

Le père de Rubi Ball et de Sprinter Sacré. Outre son modèle, Network pouvait se prévaloir de plusieurs courants de sang éprouvés chez les sauteurs. Sa mère était une fille de Reliance, comme celle d’Oscar [un des bons étalons d’obstacle de Coolmore] ou celle de Village Star [le père de Kauto Star]. On trouve aussi plusieurs black types en obstacle dans sa souche. François Gorioux nous avait dit : « Les achats d’étalons étaient réalisés en concertation avec les éleveurs français. Ces chevaux allemands, outre leurs qualités de modèle et de tenue, offraient l’avantage d’apporter des courants de sang neufs. Network a débuté à Cercy-la-Tour et les éleveurs locaux ont immédiatement joué le jeu. Il a sorti des gagnants dès ses premières années de production et sa carrière était lancée. »

Network a donné 767 produits en France. Sur ses 17 saisons de reproductions, il a eu à dix reprises moins de 50 foals. Dans un marché où les amiables sont très fortes, pas moins de 18 de ses produits ont atteint ou dépassé la barre des 100.000 € sur un ring en France, en Irlande ou en Angleterre. La cote de Network sur le marché est notamment portée par les succès outre-Manche de sa production au niveau Gr1 avec Rubi Light, Saint Are, Adriana des Mottes, Le Richebourg… mais aussi et surtout Sprinter Sacré, double lauréat du Queen Mother Champion Chase (Gr1). En France les victoires de Rubi Ball dans le Prix La Haye Jousselin (Gr1, 2 fois) et dans le Ferdinand Dufaure (Gr1) sont restées dans les mémoires. On lui doit toute une série de gagnants de Groupe à Auteuil (Net Lovely, Quart Monde, Crystal Beach, Voiladenuo…). Dans l’Hexagone, il a cinq fois fait partie du top 5 des pères de sauteurs. Son meilleur score étant une quatrième place en 2015. Network a 147 filles au haras en France et deux fils étalons actifs : le selle français Cher Époux et l’AQPS Voiladenuo qui officie au haras du Lion. Ce lauréat du Prix Léon Rambaud (Gr2) a sailli environ 80 juments lors de ses trois premières années de monte.

Aussi dans les sports équestres. Chez les chevaux de sport, Cher Époux (Network) a dominé les concours de modèles et allures à 2ans et 3ans. Il est ensuite devenu un bon cheval de concours complet et aborde actuellement le niveau international. La famille Bouchanville a refusé de nombreuses offres venant de l’étranger et c’est ainsi qu’il fait la monte depuis quatre saisons en France. Au début de sa carrière, Network n’étant pas très sollicité par les éleveurs de course, il fut aussi proposé pour la production de chevaux de sports équestres. Pour stimuler la demande, les Haras nationaux le présentaient même monté comme un cheval de dressage et on pouvait lire à l’époque dans L’Éperon : « Tout en jambe, fait en montant, avec une hanche longue et très bien orientée, une belle épaule, une encolure bien sortie, une tête expressive. Aptitude à se plier et à se tenir, souplesse, locomotion et orientation naturelle remarquable. Devrait transmettre sa distinction, son élégance et son équilibre exceptionnel. »

Network, le cheval de course. Andreas Schütz fut l’entraîneur de Network. Il nous a expliqué : « C’était vraiment un très beau poulain, grand et fort, raison pour laquelle il n’a pas couru à 2ans. Ce n’était vraiment pas un précoce. Rapidement, à l’entraînement, il est sorti du lot et faisait partie des chevaux que nous préparions avec des ambitions pour la saison classique. En course, il avait une grande action et de la générosité. Il fut l’un des bons sujets d’une très bonne génération de 3ans. Network avait gagné la préparatoire du Derby avec la manière et je l’estimais beaucoup. Ce fut la meilleure valeur de sa carrière. D’ailleurs, Andrasch Starke a hésité à le monter dans la grosse épreuve. Mais il a préféré un autre de mes pensionnaires, Samum (Monsun), qui s’est finalement imposé. Avant la course, la différence n’était pas énorme entre les deux chevaux. Network n’a pas été très chanceux dans le Derby [non classé]. Le cheval s’est vite retrouvé devant dans une course qui est allée vite. Or, ce jour-là, les quatre premiers sont venus de l’arrière. Il a ensuite eu un accident qui a perturbé la suite de sa carrière. Je pense qu’il n’a pas le palmarès en rapport avec sa qualité. Je suis persuadé qu’il aurait pu gagner au niveau Gr1 sans ce problème. Mais il n’en pas eu l’opportunité. »

Le derby allemand 2000 : https://youtu.be/HqmPHr8sjfs?t=1m33s

Le miracle Monsun. Network est né en 2000, dans la première génération de Monsun. Avant de devenir l’étalon le plus cher en Europe, ce dernier a commencé par saillir des books très réduits. La qualité de sa production a commercialement remis en selle l’Allemagne. Sept ans après sa mort, on dénombre 172 black types dans sa descendance. Ce double lauréat de l’Europa-Preis (Gr1) fut deuxième d’une grande édition du Derby allemand. Andreas Schütz a bien connu ses produits. Il a nous a expliqué : « Monsun a été une véritable bénédiction pour ma carrière. J’ai entraîné plusieurs très bons produits de cet étalon, comme Samum (Derby allemand & Grosser Preis von Baden, Grs1) et Shirocco (Derby allemand & Gran Premio del Jockey Club, Grs1). Monsun a produit des chevaux qui vieillissaient bien, avec de la tenue et qui allaient très bien dans le souple. Avec la maturité, ils étaient souvent capables d’aller en bon terrain. Les Monsun sont performants sur 2.000m/2.400m, voire plus. Ce sont des chevaux volontaires. Les mâles étaient aussi bons que les femelles. Même si Monsun a donné des gagnants à 2ans, ses produits avaient dans l’ensemble besoin de temps. » Holger Faust, du Gestüt Karlshof, a précisé : « Nous n’avons à ce jour pas d’étalon confirmé du niveau de Monsun en Allemagne. Mais il est presque impossible qu’un de ses fils atteigne son niveau. C’était un étalon exceptionnel, largement au-dessus de son père, Königsstühl [le seul lauréat de la Triple couronne allemande]. Il est certainement le meilleur reproducteur de toute l’histoire des courses allemandes. »

Une grande génération. Le Derby allemand 1993 fut une grande édition. Andreas Schütz se souvient : « En course, Monsun était lui-même un bon cheval, dans une très bonne génération. Je l’ai vu courir à plusieurs reprises car à l’époque, j’étais l’assistant entraîneur de mon père et Monsun courait contre nos chevaux. Cette année-là, notre meilleur pensionnaire s’appelait Kornado (Superlative) et il a ensuite gagné au niveau Gr1. C’était aussi la génération de Sternkoenig (Kalaglow), qui s’est lui aussi imposé au niveau Gr1. Mais la star de cette classe d’âge, c’était bien sûr Lando (Acatenango) qui a gagné le Japan Cup, le Derby allemand, deux fois le Grosser Preis von Baden, le Gran Premio di Milano, le Gran Premio del Jockey Club et le Preis der Privatbankiers Merck (Grs1). Lando était largement supérieur en piste, mais c’est Monsun qui a le mieux produit au haras. Monsun n’était pas un cheval très impressionnant en compétition. Il avait de la tenue et était à l’aise dans les courses avec du train. Mais il était courageux et gagnait souvent de peu. Il était souvent parmi les animateurs et déroulait devant grâce à sa tenue. Il a transmis cela. »