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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Paolo Ferrario et son long chemin vers ParisLongchamp

Courses / 15.07.2019

Paolo Ferrario et son long chemin vers ParisLongchamp

Par Franco Raimondi

Le Prix Maurice de Nieuil (Gr2) est la course des Italiens. Dix ans après le succès du gris Voilà Ici (Daylami), par une courte tête et avec en selle Mirco Demuro, c’est Way to Paris (Champs Élysées) qui s’est imposé pour la casaque historique de Paolo Ferrario, l’entraînement d’Andrea Marcialis et la monte d’un autre Demuro, Cristian. Et par un tout petit nez ! Pendant ces dix dernières années, la physionomie des courses en Italie a été bouleversée. Le propriétaire Paolo Ferrario, un pilier de l’hippodrome de San Siro, n’aurait même pas imaginé, dix années en arrière, avoir un cheval à l’entraînement en France…

92 ans, et heureux comme un gosse ! Ce dimanche, Paolo Ferrario a fêté le succès de Way to Paris à l’ancienne, par un dîner à La Cascade, le restaurant voisin de l’hippodrome. Ce lundi, sur le chemin du retour, le doyen des propriétaires italiens, avec ses 92 ans, avait l’esprit d’un gamin : « Dimanche à ParisLongchamp j’ai vécu le meilleur jour de ma vie sur les hippodromes. Je suis heureux surtout pour le cheval. Way to Paris méritait bien de gagner sa course. Il est en France depuis deux ans et a toujours tout donné. Il avait terminé dix fois dans l’argent au niveau Groupe et l’année dernière, il m’avait fait le cadeau de courir sans démériter le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Nous avions peur de lui avoir trop demandé mais il est revenu meilleur que jamais. » Samedi, la casaque de Paolo Ferrario, Scuderia Fert en Italie, avait gagné un bon handicap à Varese avec un certain Daritai (Dublin), et avant d’embarquer pour Paris, le propriétaire avait confié à ses amis : « Je serai à Paris mais il va gagner, il est préparé pour cette course. » Lundi, il nous a dit : « J’ai regardé la course sur l’ordinateur, c’est bien, chaque victoire est importante. »

Rendez-vous à Deauville, comme à chaque été… Paolo Ferrario, c’est la passion des courses dans sa plus pure expression. Samedi il était à Maisons-Laffitte en simple turfiste et après quelques jours chez lui, à Milan, il reprendra le chemin de la France, destination Deauville, où il ne rate pas une seule réunion du meeting. Vous le trouverez, journal dans la poche, autour du guichet qui est en face des balances, avec un eskimo à la main… Il nous explique : « Cette année, je ne peux pas manquer le début du meeting car le premier dimanche, j’ai une pouliche, Jesseley (Charm Spirit), qui est très prometteuse d’après son entraîneur, Andrea Marcialis, et je pense qu’elle va courir le Prix de Lisieux. En France j’ai six chevaux, cinq chez Andrea et un avec Maurizio Guarnieri, qui avait entraîné pour moi en Italie. En plus j’ai l’écurie italienne qui se porte assez bien. »

Quand papa Marcialis montait pour il Signor Ferrario… La famille Marcialis connaît et travaille pour Paolo Ferrario depuis toujours. Antonio, le père d’Andrea, était apprenti chez Mario et Gaetano Benetti quand la Scuderia Fert avait ses chevaux dans cette écurie. Antonio nous a dit : « J’ai commencé en 1975 et, comme apprenti, j’avais gagné pour la casaque Fert qui, à l’époque avait comme premier jockey Tonino Di Nardo. Dimanche, j’étais à ParisLongchamp et il Signor Ferrario était vraiment très ému. Il m’a serré un bras et il m’a dit : "Imagine-toi, si j’avais dix ans de moins… combien de belles courses il y a encore à gagner"… »

Une petite idée australienne… L’une de ces belles courses est la Melbourne Cup (Gr1). Way to Paris a battu dimanche Marmelo (Duke of Marmalade), deuxième l’année dernière à Flemington, mais le grand rendez-vous de l’automne, c’est le Qatar Prix du Cadran (Gr1) et Paris est plus proche que Melbourne… Andrea Marcialis s’est déjà renseigné : « Je pense l’engager dans la Melbourne Cup mais il faut bien réfléchir avant d’un déplacement si long. Le Prix du Cadran est l’objectif logique car le cheval adore la piste de ParisLongchamp et c’est plus facile de gérer sa préparation. Je pense à une rentrée dans le Qatar Prix Foy (Gr2), même si c’est sur 2.400m, pour arriver au top le jour J. Way to Paris a beaucoup évolué cette année, il est plus calme qu’auparavant… »  

Quand San Siro s’enflammait pour Bacuco et Ortis. Le premier champion de la casaque Fert fut Bacuco (Rio Marin), qui avait remporté en 1970 une édition de légende du Gran Premio del Jockey Club (Gr1) avant de se classer troisième du Washington D.C. International, le Breeders’ Cup Turf de l’époque. Les tifosis de San Siro étaient partagés entre deux chevaux entraîné par Il Cavalier Benetti : Bacuco, associé à Tonino Di Nardo, et le gagnant du Derby italien Ortis (Tissot), monté par Brian Taylor. Ortis était un produit de l’élevage du Dottor Carlo Vittadini.

D’Oriano à ParisLongchamp. Franca Vittadini était une gamine à l’époque et n’a pas un vrai souvenir de la course, mais c’est elle qui a élevé Way to Paris. Ce dimanche, elle était aux anges. Elle nous a confié : « C’est un cheval que j’ai toujours beaucoup aimé. C’est un guerrier et maintenant il s’amuse en course. Je suis heureuse car c’est un cheval élevé chez nous à Oriano, tout comme Call me Love (Sea the Stars), troisième du Derby Italiano (Gr2) et des Oaks d’Italia (Gr2). La lauréate de ce classique, Lemaire (Casamento), a aussi grandi au haras. C’est le sens du travail bien fait et je suis émue car Way to Paris a gagné pour un propriétaire comme Paolo Ferrario, qui est là depuis toujours, très passionné, un vrai amoureux de ce sport. »

Grey Way et ses trois gagnants de Groupe. Way to Paris est le dernier produit de sa mère, Grey Way (Cozzene), qui avait remporté le Premio Lydia Tesio avant sa promotion à Gr1. Elle a donné le gagnant de Gr1 Distant Way (Distant View) et le lauréat de Gr3 Cima de Pluie (Singspiel). Franca Vittadini nous explique : « Grey Way a été une très bonne poulinière, elle nous a donné trois gagnants de Groupe et un autre très bon cheval, Grey Mirage (Oasis Dream), qui avait remporté l’All-Weather Mile Championship. Ses femelles ont été un peu décevantes. J’en avais gardé une, Heed the Way (Rahy), qui fut vraiment très malheureuse. Elle est tombée sur des pouliches black typesdans les bonnes courses en région parisienne sans parvenir à gagner. Heed the Way a donné un lauréat black type mais elle est morte, frappée par la foudre, dans son paddock au Kentucky. Le choix de Champs Élysées (Danehill) fut logique. Grey Way avait 19ans au moment du croisement, je cherchais un étalon pas trop cher et j’ai toujours gardé en haute estime Champs Élysées, car il est un propre frère de Dansili et c’est un magnifique cheval. »

Une photo dans la galerie. Franca Vittadini sort son carnet d’élevage pour nous donner des informations sur la deuxième mère, Northern Naiad (Nureyev) : « Je l’avais achetée 66.000 Gns, ce qui n’était pas une petite somme à l’époque, à la vente Tattersalls de décembre, en 1986, avant mon retour d’Angleterre en Italie. Elle était un produit de l’élevage Niarchos, issue d’une grande souche Phipps, mais n’avait pas trouvé sa course en France. Je l’ai envoyée aux États-Unis et malheureusement elle a produit plus de mâles que de femelles, un peu comme sa fille Grey Way. C’est pour ça que je n’ai plus rien de cette souche. C’est dommage mais j’ai déjà commandé la photo de l’arrivée. Way to Paris mérite bien sa place da ma petite galerie. »