PRIX ROTHSCHILD (GR1) - Laurens, still the best!

Courses / 28.07.2019

PRIX ROTHSCHILD (GR1) - Laurens, still the best!

DEAUVILLE, DIMANCHE

Deuxième des Al Shaqab Lockinge Stakes (Gr1) pour sa rentrée, puis sixième des Queen Anne Stakes (Gr1), la belle Laurens (Siyouni) était très attendue pour son retour face aux seules femelles. L’opposition était de qualité avec la présence notamment de la tenante du titre, With You ** (Dansili), mais la championne de John Dance a prouvé qu’elle était la meilleure jument d’âge sur le mile. Les deux femelles s’étaient déjà rencontrées à deux reprises, et le score était de 2.-0 en faveur de Laurens. Cette dernière n’a pas laissé sa principale rivale remporter la troisième manche ; elle a décroché son sixième Gr1 à l’âge de 4ans, et la série semble loin d’être finie !

Devant, et qui m’aime me suive ! La course s’est rapidement scindée en deux groupes, Laurens se portant sans tarder aux avant-postes comme à son habitude. Elle a emmené le peloton intérieur, suivie de près par la jeune East (Frankel), tandis que Beshaayir (Iffraaj) menait la danse côté tribunes, avec Obligate (Frankel) dans son sillage. Cadencée par son partenaire à 500m du but, la future lauréate a endigué l’estocade d’East, qui a rendu les armes un peu plus loin, et a filé vers un facile succès, malgré la bonne fin de course de With You. Prise de vitesse tout au long du parcours, cette dernière a galopé en queue du peloton extérieur et n’a fait qu’avancer pour finir, échouant à une demi-longueur de la dame de fer. Obligate n’a pas pu mener comme elle aime à le faire et elle a un peu tiré en début de parcours, mais elle a néanmoins bien conclu pour s’emparer de la troisième place, une longueur et demie plus loin. Récente lauréate du Qatar Prix de la Calonne - Fonds Européen de l’Élevage (L), l’allemande Joplin (Soldier Hollow) a réalisé une très bonne valeur en se classant quatrième nettement, devant East, qui est, ne l’oublions pas, une jument de Gr1. La course a été menée à bon train, puisque Laurens a bouclé les 1.600m en 1’36’’71. Cela n’a pas cependant pas suffi pour établir un nouveau record de l’épreuve, lequel est détenu depuis 1974 par Gay Style (Sir Gaylord). Cette dernière avait bouclé le parcours en 1’33’’20.

Elle ne fait pas plus que le nécessaire. Laurens n’a jamais été impressionnante en termes d’écart lors de ses victoires. Elle ne gagne jamais de trois longueurs, mais elle inspire un tel sentiment de confiance que nul ne frémit en la voyant attaquée dans la phase finale. Son succès le plus "facile" a été acquis dans les Matron Stakes (Gr1), où elle devançait une autre championne, l’impressionnante Alpha Centauri (Mastercraftsman), de trois quarts de longueur. Karl Burke, entraîneur de Laurens, nous a dit : « J'ai vu With You cachée derrière, le long des tribunes. Elle était encore loin au milieu de la phase finale. Je regardais les chevaux derrière nous, ils galopaient bien mais ont aussi semblé dépassés à mi-ligne droite. J'espérais que son jockey la sollicite plus tôt, pour qu'elle gagne avec un écart plus important. Une demi-longueur, c'est plus proche que ce que je pensais mais elle l'a quand même fait. C'est ce qui importe. Elle nous le fait à chaque fois. Elle ne gagne pas de beaucoup quand elle galope devant, car elle fait toujours le minimum aux avant-postes. Elle n'est pas stressée avant la course, elle ne souffle pas trop après non plus. C'est une pouliche de classe. Le crédit de ses victoires va aussi à Lucy [sa fille et cavalière d’entraînement de Laurens, ndlr], ainsi qu’à l'équipe. Après les petits soucis de Laurens, Lucy et l'équipe étaient aux petits soins pour elle, tout comme les vétérinaires. » Interrogé au sujet du changement de jambe très régulier de la jument, il a déclaré : « Elle fait toujours ça, changer souvent de jambe. Elle n'est pas particulièrement gênée, nous avons l'habitude de dire qu'elle danse… »

L’impasse sur les Falmouth Stakes, un mal pour un bien. En dernier lieu, Laurens était pressentie pour prendre part aux Falmouth Stakes (Gr1). Suite à un souci au jarret, elle a dû faire l’impasse sur Newmarket et ce fut un bienfait, comme l’a expliqué Karl Burke : « Évidemment, nous aurions aimé gagner les Lockinge Stakes. Elle a eu un tout petit souci en allant à Ascot, vraiment mineur, mais dans cette course, elle s'est préservée en dansant d'une jambe à l'autre. Cela fait qu'en revenant d'Ascot, elle avait un peu plus mal et nous avons préféré faire l'impasse sur les Falmouth Stakes. Mais c'était un mal pour un bien, car cela lui a donné une semaine de récupération supplémentaire et cela a payé. Mon seul doute aujourd'hui était son dernier galop, qui n’avait pas été très bon. »

Rester sur le mile, ou revenir sur 2.000m ? Laurens est une jument formidable qui a prouvé qu’elle était compétitive au plus haut niveau, aussi bien sur 2.000m que sur le mile. Plusieurs options s’ouvrent donc à la championne, mais Karl Burke n’a pas encore décidé de la suite : « Je n'ai pas encore parlé de la suite avec John Dance. Nous avons le Darley Prix Jean Romanet (Gr1), dont les engagements se clôturent mercredi prochain. Je serais assez content de la courir dans cette épreuve, si elle est en forme, mais je ne suis pas certain que John veuille la remettre sur 2.000m. Donc si nous ne courons pas le Romanet, nous attendrons les Matron Stakes (Gr1) qui auront lieu le 14 septembre. Au début de l'année, nous avions trouvé que Laurens avait pris de la force et qu'elle était plus rapide. Ses travaux au printemps étaient vraiment très bons. Nous aurions peut-être pu l'avoir 5 % au-dessus de son niveau dans les Lockinge Stakes. Mais après de longues discussions avec son propriétaire, nous avons pensé que nous l'avions sûrement préparée un peu tôt pour les French Guinées à 3ans et cela s'est fait ressentir à la fin de l'année. Nous avons donc préféré assurer la fin de l'année 2019 et c'est pourquoi l'objectif final pourrait être la Breeders' Cup, après la course de Newmarket [les Sun Chariot Stakes, ndlr]. »

Une jument incomparable. Lucy Burke, fidèle cavalière d’entraînement de Laurens, s’est exprimée à son sujet : « Elle est toujours très décontractée, mais quand il s'agit de courir, elle a vraiment l’esprit de compétition. Elle va devant l’après-midi, mais le matin, nous la mettons derrière et attendons que le leader ait pris environ six longueurs d'avance avant de lui demander d'avancer ; sinon, elle ne fait pas d'effort. Cela lui permet de travailler un peu. Elle gagne en puissance à l'entraînement de cette manière. Comme vous l'avez vu aujourd'hui, une fois qu'elle a pris l'avantage, elle se dit qu'elle en a fait assez. Elle est complètement différente des autres chevaux. J'ai eu la chance de monter de bons chevaux, mais jamais un comme elle. Ma sœur avait l'habitude de monter Lord Shanakill (Speightstown), et j'ai déjà eu la chance de le monter aussi. Je sais que c'est un peu injuste de dire cela, mais Laurens est d'une autre classe. »

Le parallèle avec Miesque et Goldikova. Le jeu de la comparaison est toujours un exercice délicat. Laurens a remporté son sixième Gr1 à la fin du mois de juillet de ses 4ans. Au même point de leurs carrières respectives, Miesque (Nureyev) en avait gagné huit et Goldikova (Anabaa), qui avait croisé à 3ans le chemin de Zarkava ** (Zamindar), en avait gagné cinq (dont le Rothschild à deux reprises). En fin de carrière, le score fut de quatorze Grs1 (dont le célèbre coup de trois dans le Breeders’ Cup Mile) pour Goldikova qui a couru jusqu’à 6ans, et de dix pour Miesque qui a quitté les pistes en remportant une deuxième Breeders’ Cup. Laurens a un petit avantage sur les deux autres championnes : elle a gagné le Prix de Diane (Gr1), alors que Miesque fut deuxième d’Indian Skimmer (Storm Bird) et Goldikova troisième de Zarkava. En même temps, il faut considérer le changement des programmes : Miesque a battu les mâles sept fois et Goldikova les a devancés à neuf reprises. Les six Grs1 que Laurens a gagnés sont réservés aux femelles.  Le jeu est difficile et nous avons pris comme repère deux championnes de légende.

With You ** se réhabilite avec les œillères. Munie d’œillères pour la première fois ce dimanche, With You a fourni une performance à la hauteur de ce que l’on attendait d’elle. La représentante de Georges Strawbridge venait de décevoir face aux mâles dans le Prix d’Ispahan (Gr1), mais elle a montré qu’il faudrait encore compter avec elle à l’avenir. C’est une jument redoutable sur le parcours du jour, où elle compte deux victoires, une deuxième et une troisième places en quatre tentatives. Cependant, son comportement laisse à penser qu’elle a besoin d’être rallongée en vieillissant, ce que nous a confirmé son entraîneur, Freddy Head : « J’étais un peu sceptique suite à sa mauvaise rentrée. Je suis ravi de sa course aujourd’hui. L’allure a été très vive ; elle est partie un peu mollement et a semblé débordée tout le temps, mais elle a bien fini. Je crois qu’elle n’a plus la vitesse nécessaire pour courir sur le mile. Les œillères l’ont quand même mise un peu à son travail. Nous voulions aller devant à la base, mais son jockey l’a bien montée en faisant le choix de patienter. Je pense que nous allons la rallonger de nouveau et qu’elle va aller sur le Prix Jean Romanet (Gr1). »

Obligate court de première. Lauréate du Prix de Sandringham (Gr2) en dernier lieu, Obligate se présentait à Deauville en étant invaincue en trois sorties. Un peu nerveuse, elle a été emmenée non montée aux stalles de départ, mais elle a su gérer son stress une fois en piste. Elle passait un test grandeur nature ce dimanche et l’a réussi haut la main, puisqu’elle n’a été devancée que par les deux juments de la course. Pascal Bary, entraîneur de la pouliche et Teddy Grimthorpe, manager du prince Khalid Abdullah, nous ont dit : « Elle a bien couru derrière deux gagnantes de Gr1. C'était une bonne épreuve et nous sommes très satisfaits. C'est la première fois qu'elle va en main aux boîtes. Pierre-Charles Boudot a eu un peu de mal à la manager pour aller aux boîtes, si bien qu'on pouvait craindre qu'elle en fasse trop sur la ligne droite. Elle n'ira pas sur le Prix du Haras du Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois (Gr1), car cela vient trop tôt [le 11 août, ndlr]. Deux options s'offrent à elle, le Prix du Moulin de Longchamp ou les Matron Stakes (Grs1). »

Siyouni, la grande année. L’étalon des Aga Khan Studs a dépassé la barre des 60 black types cette année. On lui doit trois lauréats classiques en France : Ervedya (Poule d’Essai des Pouliches, Gr1), Sottsass (Qipco Prix du Jockey Club, Gr1) et Laurens (Prix de Diane, Gr1). En 2019, pas moins de 18 produits de Siyouni ont décroché du caractère gras.

Made in Bourgfontaine. Les origines de Laurens, élevée par Melchior-François Mathet, nous renvoient à son père, François Mathet, légende des courses françaises. La pouliche a en effet été élevée à Bourgfontaine, le grand haras familial situé à 80 km au nord-est de Paris, où de nombreux champions ont vu le jour. Et ce qui est amusant, c’est que le pedigree de Laurens porte aussi le nom Mathet en lignée paternelle puisque Siyouni est un fils de Pivotal, lui-même fils de Polar Falcon (Nureyev) dont la mère, Marie d’Argonne (Jefferson), est une élève Mathet à Bourgfontaine. Cette Marie d’Argonne est aussi la deuxième mère de l’étalon du haras de Monfort & Préaux Le Havre (Noverre).

PEDIGREE WEATHERBYS

http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/pedigreeLAURENS.pdf

Le top price des pouliches à Doncaster. Laurens a été achetée 220.000 £ par Daniel Creighton et Josh Schwartz à Goffs. Elle fut le top price des pouliches à la vente de Doncaster, où elle était présentée par Coulonces Consignment. Laurens est la deuxième gagnante issue de Recambe (Cape Cross). Jument de tenue, cette dernière a gagné deux courses sur 2.000m et 2.900m. On lui doit également Anemoi (Manduro), double gagnant sur les haies et troisième du Ballymore Close Brothers Novices' Hurdle (L). La deuxième mère, Razana (Kahyasi), a conclu deuxième du Grand Prix Anjou-Bretagne et troisième du Grand Prix d’Aquitaine (Ls). Elle a donné Salford Mill (Peintre Célèbre), lauréat du Hong Kong Derby, du Hong Kong Classic Mile et des Newmarket Stakes (Ls), mais aussi Ovambo (Namaqualand), troisième des Ormonde Stakes (Gr3). Razana (Kahyasi) est issue de l’élevage de Son Altesse l’Aga Khan.

La souche est encore bien présente au haras. L’année dernière, Melchior-François Mathet nous avait confié : « Quand Laurens était yearling, elle présentait toutes les caractéristiques d’un beau cheval de vente. Au haras, elle était déjà très belle. Sa mère est une belle jument, avec des points de force et un peu carrossière. Anna Sundström nous avait expliqué qu’elle aurait un débouché favorable aux ventes de Doncaster où de nombreux acheteurs se déplacent à la recherche de sujets d’avenir. C’est la raison pour laquelle Robert Nataf et moi-même avons choisi cette option. L’idée était de la conserver si elle n’atteignait pas le prix que nous voulions. Elle a finalement atteint 220.000 £, une somme que nous ne pouvions pas refuser. Il y a forcément un regret, en tant qu’éleveur, d’avoir vendu une telle pouliche car il est presque impossible d’avoir ce niveau de performance dans sa jumenterie. Heureusement, nous avons encore sa mère et sa propre sœur. » La mère de Laurens, Recambe, est malheureusement restée vide depuis la naissance de la championne. En revanche, sa propre sœur Murviel a un yearling par Silver Frost (Verglas) qui a été cédé 7.000 € à Chris Richner lors de la vente d’élevage Arqana.

 

 

 

Polar Falcon

 

 

Pivotal

 

 

 

 

Fearless Revival

 

Siyouni

 

 

 

 

 

Danehill

 

 

Sichilla

 

 

 

 

Slipstream Queen

LAURENS (F4)

 

 

 

 

 

 

Green Desert

 

 

Cape Cross

 

 

 

 

Park Appeal

 

Recambe

 

 

 

 

 

Kahyasi

 

 

Razana

 

 

 

 

Raysiya


LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Du départ à 1.000m : 35’’92

De 1.000m à 600m : 22’’92

De 600m à 400m : 11’’96

De 400m à 200m : 12’’44

De 200m à l’arrivée : 13’’49

Temps total : 1’36’’71