Quels sont les faits marquants du premier semestre d’élevage en plat ?

Élevage / 24.07.2019

Quels sont les faits marquants du premier semestre d’élevage en plat ?

Plus de six mois se sont écoulés et le temps est venu de faire un bilan, alors que la majorité des juments françaises sont déjà saillies, en ce qui concerne l’actualité de l’élevage des chevaux de plat. En attendant l’équivalent pour les sauteurs, nous vous proposons donc de revenir sur cinq points marquants du premier semestre

Par Adrien Cugnasse

Tenue, où es-tu ? La disparition de Sea of Class (Born to Sea) laisse beaucoup de sportsmen orphelins. Mais elle pose aussi la question suivante : qui peut empêcher Enable (Nathaniel) de devenir le premier cheval à remporter trois Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) ? Dans une catégorie qui n’a cessé de se dépeupler ces dernières décennies, la pouliche de la famille Tsui était l’un des rares chevaux au monde dont on était certain qu’elle était capable de regarder la championne du prince Abdullah droit dans les yeux. Aujourd’hui, le cheval capable de briller au niveau black type sur 2.400m, c’est un peu le mouton à cinq pattes. Il est introuvable sur le marché – en tant que sujet à l’entraînement – et tout le monde veut l’acheter à ce moment-là. Mais peu de gens veulent encore le produire. Et ceux qui continuent – les grands éleveurs-propriétaires – ne sont pas vendeurs compte tenu des opportunités qu’offre le programme pour cette catégorie. À l’ante-post betting de l’Arc, derrière Enable, les bookmakers proposent Sottsass (Siyouni) et Japan (Galileo), deux 3ans qui sortent de l’ordinaire, mais qui n’ont pas encore montré leur capacité à représenter une menace pour la double tenante du titre. Dans le top 10 de l’ante-post, deux chevaux n’ont pas encore gagné leur Gr1. Or sur les cinq dernières années, seulement un cheval a réussi à se classer dans les cinq premiers de l’Arc sans avoir remporté un Gr1 auparavant. Les Anglais n’ont pas passé leur Derby sur 2.100m, mais ils ont pourtant le même problème que nous. À Epsom – sur 2.400m –, il faut remonter à la septième place pour retrouver le premier britannique. Les King George VI and Queen Elizabeth Qipco Stakes (Gr1) – samedi à Ascot – vont permettre de faire un point sur la catégorie. En attendant le week-end, nous avons relevé une intervention intéressante d’Emmeline Hill, professeur à l’université de Dublin, dans le Racing Post. Elle a déclaré à Martin Stevens: « Nous avons étudié la distribution du gène de la vitesse à travers le temps. En l’espace de 15 années, la population de chevaux TT (génome prédisposant à la tenue) en Angleterre et en Irlande a diminué de moitié et celle des CC (génome prédisposant à la vitesse) a augmenté de 70 % (en Australie, seulement 7 % des chevaux sont TT). Pourtant, nous avons constaté que plus de 50 % des chevaux CC ne sont pas testés sur de courtes distances à 3ans. Les propriétaires et entraîneurs sont donc toujours tentés de rallonger leurs protégés, alors que les éleveurs produisent toujours plus de sujets de vitesse pour répondre à la demande du marché. »

Deux étalons français dans le top 10 européen. C’est suffisamment rare pour le souligner : au classement des sires européens par les gains, Siyouni (Pivotal) est cinquième et Le Havre (Noverre), septième. En fin d’année 2017, le parc étalon français n’était même pas représenté dans ce top 10. Ce mardi, Hyperion a publié un classement des sires de distance intermédiaire en Europe – de 1.900m à 2.700m – et, toujours selon les gains, Le Havre est troisième de cette catégorie, derrière Galileo (Sadler’s Wells) et Sea the Stars (Cape Cross). Et Siyouni est cinquième. Chez les sires de deuxième production, derrière les intouchables Kingman (qui domine sur à peu près tous les critères, dont le nombre de vainqueurs et le pourcentage de black types) et No Nay Never (Scat Daddy), il faut noter la belle troisième place au provisoire d’Olympic Glory (Choisir). L’étalon du haras de Bouquetot a frappé un grand coup avec Watch Me (Coronation Stakes, Gr1) et Grand Glory (troisième du Prix de Diane Longines, Gr1).

Cloth of Stars, le plus demandé des débutants. Au 23 juillet, les chiffres du nombre de saillies publiés par le Sire sont à prendre avec des pincettes et nous referons un point sur ce sujet dans quelques semaines. D’ici au début du mois de septembre, certains vont en effet voir leurs statistiques gonfler, une fois les questions administratives réglées. En attendant d’avoir les données définitives, l’étude des provisoires donne un premier aperçu des tendances. En 2019, 36 étalons faisaient pour la première fois la monte en France. Et seulement 13, dont 12 débutants, ont déjà atteint ou dépassé la barre des 40 juments. Pourquoi ce chiffre est-il important ? Nous avons étudié le top 15 des pères de gagnants dans l’Hexagone de 2012 à 2017 : au total 17 sires français en faisaient partie après avoir commencé leur carrière d'étalon dans notre pays. On remarque également que 16 de ces 17 étalons ont débuté avec 40 saillies ou plus en première saison. En-dessous de ce nombre, il est donc rarissime de parvenir à percer. Selon les données disponibles au 23 juillet, quatre nouveaux venus ont sailli 100 juments ou plus : Cloth of Stars (120), Tunis (113), Clovis du Berlais (111) et Born to Sea (100). Beaumec de Houelle (99) n’en est pas loin. Sur l’ensemble du parc étalon, on est déjà certain que 22 sires ont déjà dépassé les 100 juments en 2019. Ce chiffre va forcément être revu à la hausse car ils étaient 29 en 2018 et plusieurs s’en approchent déjà, comme It’s Gino (97), Beaumec de Houelle (99), Galiway (97), Dariyan (96), Birchwood (94)… L’année dernière, avec 234 juments, Cokoriko (Robin des Champs) avait établi un nouveau record. Et en 2019, le Sire a déjà enregistré 211 saillies pour l’étalon du haras de Cercy. Au final, 10 autres étalons mixtes ou à vocation obstacle sont au-delà des 100 juments en France : Nicaron (160), Doctor Dino (155), Masked Marvel (136), Castle du Berlais (135), No Risk at All (117), Chœur du Nord (116), Tunis (113), Clovis du Berlais (111),  Spanish Moon (108) et Kapgarde (106). Ils sont également 11 dans ce cas en plat : Siyouni (150), Olympic Glory (155), Le Havre (149), Anodin (141), Wootton Bassett (126), Cloth of Stars (120), Al Wukair (119), Zarak (119), Shalaa (117), Almanzor (108), Dabirsim (105) et Born to Sea (100). Nous vous donnons rendez-vous dans quelques semaines pour les chiffres définitifs.

Un bon cru pour les éleveurs français. Si l’entraînement français ne réalise pas une année 2019 mirifique, les éleveurs installés en France tirent leur épingle du jeu, dans l’Hexagone comme à l’étranger (Sistercharlie, Lord Glitters, Watch Me, Magic Wand, Fleeting…). Il n’est jamais évident de déterminer ce qui est français ou non en termes d’élevage de chevaux de plat. Nous avons limité notre étude aux "FR" et assimilés. Ils ont remporté 28 des 52 Groupes qui se sont courus en France depuis le début de l’année. C’est mieux qu’en 2018 (24 Groupes) et qu’en 2017 (26 Groupes). Sur le même échantillon, les étalons français réalisent une performance comparable aux saisons précédentes, avec 12 vainqueurs de Groupe, comme en 2018 et en 2015. Mais en 2016 (18 Groupes) et en 2017 (17 Groupes), ils avaient fait mieux.

Les ventes françaises tiennent le cap. Nul ne peut nier qu’une partie des éleveurs est en souffrance et qu’il n’est jamais facile de se confronter au marché actuel. Néanmoins, en fin d’année dernière, de nombreux facteurs pouvaient faire naître des craintes du côté des vendeurs, avec des signes de surproduction dans certains pays, un contexte géopolitique instable (tension dans les pays du Golfe, Brexit…) et un marché toujours plus sélectif. Alors que les vacations de yearlings approchent à grands pas, on peut déjà constater que les ventes françaises dont le catalogue comptait tout ou partie de chevaux de plat se sont jusqu’à présent bien tenues. La vacation de février de l’agence Arqana, boostée par des dispersions, a vendu plus de chevaux (353 contre 281) avec un chiffre d’affaires nettement en progrès, à 5,28 millions d’euros (contre 2,85 millions en 2018). La breeze up de Deauville maintient ses indicateurs et améliore même nettement son chiffre d’affaire. Ceux de la vente d’été sont en nette progression. La breeze up de La Teste de l’agence Osarus a bien tenu sa partie, avec une nette progression du pourcentage de vendus et un maintien du chiffre d’affaires.