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Jour de Galop

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Too Darn Hot et Ajdal, sprinters par hasard

Magazine / 11.07.2019

Too Darn Hot et Ajdal, sprinters par hasard

La semaine précédant Royal Ascot, John Gosden s’était attribué le César du cheval le plus mal géré pendant la saison. Le protagoniste, ou la victime si vous préférez, était Too Darn Hot (Dubawi). Si vous avez passé la fin du printemps sans lire votre JDG, voici une synthèse en trois lignes. Programme d’hiver : une rentrée, les 2.000 Guinées et après on verra, avec le Derby dont il était le favori en perspective. Tout cela a explosé en plein vol suite à un bobo.

Too Darn Hot a fait sa rentrée dans les Dante Stakes (Gr2) sur plus de 2.000m, il a couru neuf jours après les Irish 2.000 Guineas (Gr1) et ensuite les St. James Palaces Stakes (Gr1). Son rating officiel est passé d’un glorieux 126, à 2ans, à un 115, onze livres de moins. Ce dimanche, dans le Qatar Prix Jean Prat (Gr1), il est remonté à 120 et il a presque découvert un nouveau métier : le sprint.

Par Franco Raimondi

Costaud. John Gosden est un vrai costaud : il a pris sur ses épaules la drôle de gestion de Too Darn Hot (quatre courses en 52 jours). Et il a accompli la première mission de la saison : faire gagner au champion des 2ans un Gr1 à 3ans. Bien joué, et l’engagement dans la Sprint Cup (Gr1) de septembre à Haydock Park ouvre la porte à un Too Darn Hot en mode poulain de vitesse. L’entraîneur a même dit en riant, après le succès sur 1.400m à Deauville, qu’il s’était encore une fois trompé et que la July Cup (Gr1) aurait aussi été un bon engagement. Un jeune entraîneur aurait fait figure de charlot…

Quand Stoute n’était pas Sir Michael… Michael Stoute n’était pas encore Sir en 1987, mais il avait quand même déjà gagné deux fois le Derby. Il avait 42 ans, soit 26 de moins que John Gosden. Son pensionnaire Ajdal (Northern Dancer) avait terminé sa campagne de 2ans invaincu en remportant les Dewhurst Stakes (Gr1), tout comme Too Darn Hot. Il n’était pas le favori d’hiver du Derby car Reference Point (Mill Reef) avait remporté de façon impressionnante les Futurity Stakes (Gr1) et il donnait plus garanties de tenue. Ajdal était bel et bien le favori des 2.000 Guinées et, au classement international, il fut jugé à 125, une livre de moins que Too Darn Hot à 2ans. Le Racehorses of 1986, dans son analyse très détaillée, avait expliqué que, selon son pedigree, il pouvait tenir.

Des Guinées au Derby. Ajdal n’a pas connu de problèmes de santé en début de saison de 3ans. Il a fait une rentrée gagnante dans les Craven Stakes (Gr3) et il est parti favori à 1,2/1 dans les 2.000 Guinées. Il s’est classé quatrième, après rétrogradation de Most Welcome (Be my Guest), qui l’avait gêné. Favori des Irish 2.000 Guineas, il a passé le poteau à la troisième place mais il a été disqualifié puisque son jockey n’avait pas fait le poids. Bref, Don’t Forget Me (Ahonoora), qui avait remporté les deux classiques, était le meilleur mâle de 3ans sur le mile de la saison. Et Ajdal, onze jours après, était aligné au départ du Derby. Le regretté Walter Swinburn, premier jockey chez Stoute, lui avait préféré Ascot Knight (Danzig). Ajdal, outsider à 25/1 et monté par Ray Cochrane, n’a pas tenu et il s’est classé neuvième à quelque huit longueurs de Reference Point, alors que Ascot Knight n’était tout simplement pas assez bon.

Et enfin la July Cup. C’est à ce moment-là que Michael Stoute a jeté à la poubelle toutes les analyses de pedigree ! Il a compris que, sur le mile, il y avait une pouliche qu’il fallait éviter : une certaine Miesque (Nureyev). Et il a raccourci Ajdal. Le poulain lui a dit merci en remportant de haute lutte la July Cup. L’entraîneur s’était déjà posé quelques questions sur la tenue d’Ajdal car il l’avait engagé dans le sprint de Newmarket quatre jours avant le classique du Curragh. Ajdal a ensuite gagné les Nunthorpe Stakes (Gr1) sur 1.000m à York, puis la Sprint Cup, qui n’était pas encore Gr1 à l’époque. Il a réussi le coup de trois, tout comme la pouliche Habibti (Habitat) quatre ans avant lui.

Un penalty raté dans l’Abbaye. Le premier dimanche d’octobre, Ajdal, sprinter par hasard, s’est aligné au départ du Prix de l’Abbaye de Longchamp (Gr1). Il était le banker, le cheval du jour, de tous les parieurs anglais : imbattable, à 0,3/1, avec l’objectif d’égaler le coup de quatre de Habibti, qui avait triomphé aussi en France. Ses supporters avaient oublié que les places à la corde sont très importantes en ligne droite et que le terrain était léger. Ajdal, déjà syndiqué sur la base de 7,2 millions de livres avant la course, a été pris de vitesse dès le départ et il s’est classé septième, loin de la gagnante Polonia (Danzig). Aucun cheval n’a réussi à gagner les trois sprints après la série d’Ajdal en 1987. Et même un Too Darn Hot 2.0 ne le fera pas, car il n’est pas engagé dans la July Cup.

Les Dubawi et le sprint. La vitesse pure n’est plus une spécialité de consolation, bien au contraire. Le cheikh Mohammed Al Maktoum rêvait d’un Dubawi gagnant de Guinées et de Derby quand il s’est assuré la carrière d’étalon de Too Darn Hot. En fin de saison, au côté de Blue Point (Shamardal), il proposera un Dubawi champion des 2ans et peut-être grand sprinter, même s’il est difficile d’imaginer Too Darn Hot sur 1.000m à ParisLongchamp. Ce qui est rare est cher… Et Dubawi a produit deux sprinters lauréats de Gr1 : le hongre Lucky Nine et la jument Shamal Wind… Ajdal avait terminé sa carrière avec un rating international de 127 et il a officié une seule saison. Too Darn Hot, sauf miracle, ne devrait pas atteindre cette valeur mais le favori d’hiver du Derby en mode sprinter serait un très beau défi. Défi très hypothétique à ce stade.