TRIBUNE LIBRE -  Le mythe de Sisyphe

Courses / 14.07.2019

TRIBUNE LIBRE - Le mythe de Sisyphe

Par Jacques Le Dantec, président de l’Appe (Association des propriétaires et permis d’entraîner)

« On peut lire page 13 du rapport d'activité 2018 édité par France Galop : « France Galop présente pour 2018 un résultat net déficitaire de 20,9 M€ en baisse par rapport à l'objectif de retour à l'équilibre. Ce résultat provient pour l'essentiel d'une dégradation du résultat net du PMU qui passe de 792,6 M€ en 2017 à 757,7 M€ en 2018, soit une diminution de 35M€ pour l'Institution. »

Après - 20,7 M€ en 2017 et - 33,8 M€ en 2016, le déficit chronique ressemble au rocher que Sisyphe était condamné à rouler jusqu'au sommet de la montagne et qui retombait inexorablement de l'autre côté, anéantissant tous ses efforts.

Il faut rappeler que les produits du PMU représentent 90 % environ des ressources de France Galop.

Le financement des encouragements. Les enjeux consolidés du galop s'élèvent en 2018 à 4321,6 M€ et France Galop distribue 257,9 M€ d'encouragements. Les encouragements comprennent les dotations en prix, les primes propriétaires et éleveurs et le remboursement des transports (ces deux dernières rubriques représentent en moyenne 40 % des dotations en prix). L'enveloppe de 257,9 M€ inclut le produit des poules, les sponsors, les plus-values sur les prix de réclamation ainsi que les entrées et forfaits.

Le ratio encouragements/enjeux s’élève à 6 % (257,9/4321,6). Quand un joueur mise 100 €, 6 € abondent le fonds des encouragements. On peut donc aisément déterminer les réunions qui sont "bénéficiaires" et celles qui sont "déficitaires". Il ne suffit pas de dire "c'est à Paris qu'on enregistre le plus d'enjeux", encore faut-il considérer les encouragements distribués.

Exemple : journée du Grand Prix de Saint-Cloud 2018

Enjeux : 14 M€

Dotations de prix : 750.000 €

Encouragements distribués en prenant le taux moyen annuel (40 %) des primes et remboursements des transports : 1,05 M€

Produit PMU : 14 M€ x 6 % = 840.000 €

Journée déficitaire (hors frais d'organisation).

Comparons les enjeux sur le Quinté+ du jeudi 23 mai 2019 à Longchamp et ceux du Quinté+ du jeudi 20 juin à La Teste-de-Buch (même horaire et même dernière décade du mois).

Longchamp : 3,3 M€

La Teste-de-Buch : 3,4 M€

La province peut faire aussi bien que Paris, voire mieux.

On peut lire page 25 du rapport d'activité de France Galop : « Une réunion avec événement réalise en moyenne 13,4 M€ d'enjeux à Paris et 12 M€ en province. »

La différence est mince, sachant que les 126 réunions avec événement à Paris (contre 54 en province) ont plus de Quintés + dominicaux, plus lucratifs, et concentrent les grandes journées très médiatisées. Si le ratio encouragements/enjeux est le premier critère de rentabilité, le montant des frais d'organisation d'une journée de courses sur un hippodrome en est le deuxième.

Les frais d'organisation. Il n'y a dans le rapport d'activité 2018 de France Galop aucun tableau comparatif des coûts de réunion des hippodromes. Omission ou omerta ? Néanmoins, le montant du loyer annuel perçu par la ville de Paris pour ses deux hippodromes (ParisLongchamp et Auteuil) qui était de 9,4 M€ en 2018 et la part de masse salariale des 52 salariés permanents à ParisLongchamp et des 37 salariés permanents à Auteuil pour respectivement 31 et 39 réunions par an, induisent un résultat souvent déficitaire, sachant que le montant annuel des enjeux des 204 réunions organisées sur les 6 hippodromes gérés par France Galop s'élève à 1964,4 M€, soit 9,62 M€ par réunion.

On peut admettre que les réunions de "prestige" et d'élitisme n'ont pas de prix (sauf pour les Anglais qui les récoltent...) mais elles ont un coût parfois abyssal.

À la lumière des éléments exposés, il eût été judicieux d'attribuer les réunions de Maisons-Laffitte pour moitié à Paris et en Île-de-France et l'autre moitié en région au prorata des effectifs à l'entraînement, et affecter les événements sur les pôles provinciaux moins coûteux et qui méritent par leur gestion et leur travail d'être récompensés.

Ci-dessous les effectifs par région :

Paris + Deauville : 3.049

Ouest/Anjou -Maine : 2.269

Sud -Ouest : 2.165

Basse Normandie : 647

Sud-Est : 606

Centre-Est : 536

Est : 206

On ne peut passer sous silence les hippodromes P.M.H. que certains esprits chagrins voudraient voir disparaître parce qu'ils ne génèrent aucun bénéfice pour France Galop, mais le profit immatériel qu'ils procurent est bien plus important. Ces hippodromes de 2e et 3e catégorie sont les ancrages, souvent ruraux, d'une population de parieurs, de petits propriétaires et de professionnels provinciaux indispensables à la pérennité des courses en France. « Nos régions ont du talent » n'est pas qu'une marque agroalimentaire. C'est aussi une réalité hippique. »