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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Arqana : « Les investissements témoignent de la confiance dans le système des courses françaises »

Institution / Ventes / 16.08.2019

Arqana : « Les investissements témoignent de la confiance dans le système des courses françaises »

À quarante-huit heures du coup d’envoi de la vente Arqana, rendez-vous majeur de l’élevage français, Éric Hoyeau, Freddy Powell et Ludovic Cornuel, de l’agence deauvillaise, ont répondu à nos questions.

Jour de Galop. - Le sire power est toujours un facteur important dans la réussite d’une vente. Comment se situe la vôtre à ce niveau ?

Arqana. - Nous sommes bien équipés, avec des produits de Kingman, Lope de Vega, Sea the Stars, Frankel, No Nay Never, American Pharoah, Camelot, Siyouni, Dark Angel notamment… Il est vrai que le sire power est ce qui attire les gens dans un premier temps. Ensuite, les professionnels se plongent dans le catalogue… Et nous avons la chance d’avoir un certain nombre de nouvelles familles par rapport aux ventes précédentes, beaucoup de produits de jeunes juments. Ces nouvelles familles, ces jeunes juments sont l’illustration des investissements des éleveurs français dans les ventes européennes ou même américaines. Ces investissements témoignent de leur confiance dans le système des courses françaises, dans notre capacité ensuite à bien valoriser leur production… Il s’agit d’un cercle vertueux qui s’illustre aussi dans le pouvoir d’attraction que notre industrie exerce sur les éleveurs sans sol étrangers. Nous avons le sentiment que de plus en plus de juments appartenant à des propriétaires étrangers sont basées en France. La qualité de notre parc d’étalons, le savoir-faire de nos éleveurs, notre système de courses sont sans doute des éléments qui favorisent cela.

Vous parlez de nouvelles familles et des investissements des éleveurs, mais l’exportation régulière de nos meilleures juments de course (Sistercharlie, pour ne citer qu’elle) ne risque-t-elle pas d’affaiblir notre élevage ?

De tout temps, de bonnes juments ont été vendues aux États-Unis, au Japon… Les succès internationaux de ces femelles de tout premier plan valorisent au contraire leur souche restée en France. Vous citez Sistercharlie. Sa famille vaut probablement bien plus à présent que la jument a réalisé la carrière qui est la sienne aux États-Unis. En tout cas plus que si elle était entrée au haras après sa deuxième place dans le Prix de Diane.

Ce cercle vertueux se matérialise aussi par la jeunesse des présentateurs de yearlings…

Il est vrai que nous avons vu ces dernières années l’émergence de nouveaux consignors, jeunes, hyper motivés, compétents ! Ils ont le savoir-faire, un réseau solide, ils ont voyagé, ils savent communiquer… Cela crée de l’émulation, c’est positif pour tout le monde ! De plus en plus de vendeurs étrangers qui, autrefois, présentaient sous leur nom leur confient désormais leur production. Cela témoigne de la professionnalisation de cette activité en France.

Ces dernières années, vous avez présenté les tout premiers yearlings d’étalons très attendus, comme Sea the Stars, Frankel, Kingman, American Pharoah… Cette année, les étalons de première production les plus chers sont Shalaa et The Gurkha, qui ne peuvent pas (encore) prétendre à la même aura. Est-ce que cette donnée peut avoir une conséquence sur la vente ?

Certes, il n’y a pas de star absolue – mais c’est le cas pour toutes les ventes européennes – mais des chevaux comme Shalaa ou The Gurkha restent des profils excitants. Et, pour le premier nommé, le fait qu’il soit stationné en France est un bon reflet du dynamisme de notre élevage. Ce dynamisme s’illustre aussi par le fait qu’Almanzor soit resté en France. Cela aurait été inimaginable il y a quelques années… Et puis cette absence de star absolue est compensée par la montée en puissance d’étalons confirmés, stationnés en France, qui produisent régulièrement des chevaux de Gr1, comme Siyouni ou Le Havre.

Les succès des graduates Arqana au plus haut niveau, et les victoires de l’élevage français à l’étranger plus généralement, sont-ils toujours la meilleure des publicités pour vos ventes ?

Les chevaux vendus à Deauville réalisent une belle année. Ils ont remporté 92 victoires black types à ce jour contre 59 en 2018. On peut citer parmi la génération classique Sottsass, Roman Candle, Channel, Étoile, Cartiem, Big Brothers Pride… Mais nous avons aussi de très bons 2ans qui ont brillé à l’international, ce qui n’est pas si fréquent. On pense à Arizona, que l’on verra à l’œuvre dimanche dans le Morny, à Royal Lytham, à Visinari, à Lope Y Fernandez… En effet, ces victoires représentent la meilleure des publicités !

Vos concurrents européens ont une politique publicitaire beaucoup plus agressive que la vôtre… Quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Faire des comparaisons entre des agences qui ont des historiques différents, évoluent dans des environnements différents et commercialisent des volumes différents nous paraît d’un intérêt discutable. Nous préférons travailler à l’amélioration des services, du confort des acheteurs et des vendeurs, faire notre travail de sélection, promouvoir notre vente pour aller chercher des acheteurs potentiels… Nous sommes plus que jamais présents partout dans le monde, et toujours à l’affût de bonnes opportunités pour devenir partenaires par exemple de belles courses anglaises. Nous préférons l’action aux comparaisons, qui ne nous semblent pas productives.

Pour ce faire, vous avez renforcé vos équipes ces derniers mois…

Nous avons recruté Matthieu Legars au sein de l’équipe bloodstock, Arthur Serres au pôle technique, Marta Kubicka à la communication. Le succès d’une vente se joue jusque dans les détails, et nous nous devons d’avoir une équipe solide et talentueuse pour répondre au mieux aux attentes de nos clients.

Vous avez inauguré cette année un partenariat avec des courses deauvillaises emblématiques, ainsi que deux épreuves de sélection pour pouliches de 3ans. Est-ce votre devoir en tant qu’agence de vente de soutenir ainsi les courses françaises ?

Nous ne le voyons pas comme un devoir, mais plutôt comme un engagement, une volonté de soutenir les allocations et donc l’attractivité des courses françaises. France Galop est à la recherche de sponsors et nous montrons la voie. Nous avons choisi de porter nos efforts sur des courses d’inédits qui font rêver les propriétaires qui achètent un yearling. C’est un partenariat inédit, puisque, outre le bonus équivalant au montant de l’allocation, nous offrons aussi un bon d’achat d’une valeur de 10.000 € au propriétaire du cheval gagnant, si ce dernier a été acquis dans l’une de nos ventes. Ce partenariat, c’est aussi le signe de notre attachement à notre hippodrome local. Il existe en Normandie un vrai écosystème autour du cheval, qu’il soit de course ou de sport. Deauville plus particulièrement est une ville très liée au cheval, qui exerce une attractivité internationale pour les passionnés.

Revenons aux ventes… Attendez-vous de nouveaux investisseurs cette année ?

Nos efforts de prospection devraient se concrétiser avec l’apparition de nouvelles têtes en provenance des États-Unis, du Golfe, du Japon, de l’Australasie…

On a pu noter, aux ventes américaines notamment, l’émergence d’associations de grandes entités dans les achats de yearlings. C’est moins le cas en Europe. Comment l’expliquer ?

Aux États-Unis, les méga-opérations sont certainement moins dominantes qu’en Europe. De ce fait, elles doivent s’allier pour peser plus sur un marché qui est aussi beaucoup plus large que le nôtre.

Les breeze up ont enregistré cette année une contraction de l’offre, alliée à une mode pour les poulains venus des États-Unis. Craignez-vous que les pinhookers soient moins présents le lundi et lors de la v.2 notamment ?

S’ils le sont, cela offrira de vraies opportunités aux professionnels français pour acheter dès le mois d’août. Ils doivent être conscients de cette fenêtre de tir qui s’ouvre à eux !

L’Arabie saoudite vient d’annoncer la création d’une nouvelle méga-course. Quel est votre sentiment sur ce genre d’épreuves ? Pensez-vous que l’Europe doit réagir ?

Savoir si l’Europe doit créer sa méga-course ou pas dépasse un peu notre rôle en tant qu’agence de vente… En revanche, il faut voir l’apparition de ces méga-courses comme une bonne nouvelle. Elles créent un vrai championnat d’hiver et une vraie émulation pour trouver des chevaux capables d’y briller.