Coup de foudre à Sapporo

International / 29.08.2019

Coup de foudre à Sapporo

Par Adeline Gombaud

Mickaëlle Michel a représenté la France les 24 et 25 août derniers, à l’occasion des World All-Star Jockeys, organisés par la J.R.A. Un voyage qui s’est transformé en véritable coup de foudre…

Jour de Galop. – Comment avez-vous été sélectionnée pour participer aux World All-Star Jockeys, cette compétition qui réunit les meilleurs pilotes du monde entier ?

Mickaëlle Michel. – Très simplement : la J.R.A. sélectionne les jockeys selon leurs performances de l’année précédente. Ils ont envoyé un mail à mon agent, Frédéric Spanu, pour m’inviter à participer à ce challenge.

Frédéric Spanu. - Avec la J.R.A., c’est vraiment le côté sportif qui prime. Mais il est sûr que lorsqu’ils ont vu l’engouement du public pour Mickaëlle, quand ils ont compris qu’elle avait déjà des fans japonais grâce aux réseaux sociaux, ils ont dû être confortés dans leur choix ! Avant de partir, elle devait avoir un millier de Japonais qui la suivaient sur les réseaux sociaux. En dix jours, ce nombre a été multiplié par cinq !

Quel accueil vous a-t-il été réservé ?

Mickaëlle Michel. – C’était incroyable ! Il y a une telle ferveur sur les hippodromes… Nous effectuons des courtes séances d’autographes pendant les courses, et il fallait que des officiels de la J.R.A. m’aident à traverser la foule une fois la séance finie. On se sent comme une rock-star. Et cette reconnaissance du public, c’est ce dont rêve tout athlète !

Frédéric Spanu. – Je compare cela avec un footballeur. Il va se surpasser quand il va jouer dans un stade de France plein à craquer ! Monter dans un hippodrome rempli de supporters, cela motive encore plus. Je savais que Mickaëlle, avec sa bouille mais aussi son efficacité à cheval, attiserait la curiosité des Japonais, mais à ce point, c’était difficilement imaginable. Le fait qu’elle s’impose a encore plus développé le buzz autour d’elle… Les Japonais sont tombés amoureux d’elle !

Face aux meilleurs jockeys mondiaux, vous vous êtes classée troisième du championnat, et avez même enlevé l’une des quatre courses. Quelle était l’ambiance entre jockeys ?

Mickaëlle Michel. – J’ai été très bien accueillie par tous ces grands jockeys, avec beaucoup de respect… C’était vraiment une chouette ambiance, avec des courses fluides, sans accrocs, des félicitations sincères quand on gagne, une super soirée de clôture ! Ce championnat existe depuis 32 ans. Je suis la cinquième femme à y participer, et la première à monter sur le podium ! J’ai gagné la course qui se disputait sur le dirt, pour ma première monte sur la surface. C’était génial.

Frédéric Spanu. – Il faut souligner le respect avec lequel Mickaëlle a été traitée de la part de toutes ces stars du peloton. Ils n’avaient aucun a priori et l’ont vraiment accueillie comme étant des leurs à part entière. Et même si elle a encore beaucoup de choses à apprendre, je pense qu’elle s’est montrée digne de leur respect pendant les courses. Finir sur le podium, c’est déjà un petit exploit, et elle n’a pas été si loin que cela de s’imposer !

Vous parlez du respect des autres jockeys. Sous-entendez-vous que ce n’est pas toujours le cas en France ?

Frédéric Spanu. – En France, Mickaëlle a connu une réussite très rapide. Pour les jockeys, cela a dû être brutal, et ils ont eu besoin d’un peu de temps pour l’accepter. À présent, c’est le cas. Christophe Soumillon, qui n’était pourtant pas la personne la plus facile à convaincre, a été l’un des premiers à me dire que j’avais raison, que Mickaëlle était douée, qu’il n’y avait pas que la décharge en cause dans sa réussite… Il l’a prise sous son aile. Mais attention, sans lui faire de cadeau, car la compétition reste la compétition ! Les autres ont suivi.

Les Japonais sont tombés amoureux de vous… Est-ce un coup de foudre réciproque ?

Mickaëlle Michel. – Je crois qu’on peut dire que je suis tombée amoureuse du Japon ! Nous sommes arrivés quelques jours avant la compétition et avons pu découvrir ce pays fascinant, où, en quelques centaines de mètres, on passe de buildings ultra-modernes à des temples très anciens… C’est magique. La nourriture est excellente, les gens sont d’une gentillesse peu commune… Et les courses ! L’organisation est millimétrée… Et bien sûr, cette ferveur du public, cela change tout…

Au point de vous donner envie de vous installer là-bas ?

Mickaëlle Michel. – Même avant de monter en course, j’ai toujours rêvé de voyager, et j’ai toujours pensé que notre métier nous offrait cette formidable opportunité, car le langage du cheval est le même partout. J’ai pris des contacts, et si j’ai la chance d’être acceptée pour aller au Japon quelques mois pendant l’hiver, ce sera une opportunité géniale. Mais je reste fidèle à notre philosophie : « step by step… »

Frédéric Spanu. – Tout le monde veut aller au Japon ! Alors évidemment, si l’on obtenait une invitation pour y passer l’hiver… Waouh !

Vous communiquez beaucoup sur les réseaux sociaux. Dans quel but ?

Mickaëlle Michel. – C’est un sujet qui concerne plus Frédéric, mais je voudrais dire qu’au début, nous ne voulions pas trop entrer là-dedans, car il y a du bon et du beaucoup moins bon sur les réseaux sociaux… Des commentaires qui peuvent blesser. France Galop nous a un peu poussés, et c’est parti…

Frédéric Spanu. – C’est moi qui m’occupe de cela, c’est une partie de mon travail d’agent ! J’ai axé toute notre communication vers l’international. C’est pour ça que je poste en anglais. Dès le début, quand Mickaëlle n’était absolument pas connue, j’ai été clair en déclarant que j’allais m’inspirer de Julie Krone. Au fond de moi, je pensais que Mickaëlle serait à la hauteur, mais on ne peut jamais être sûr de cela ! Donc un peu comme au poker, j’ai tout poussé et j’ai joué ma crédibilité. Pour elle, j’ai toujours eu une ambition internationale. Et j’ai voulu qu’elle reste free-lance, ce qui ne se fait jamais avec un apprenti. Cette stratégie nous a permis de gagner énormément de courses l’an dernier. Et je savais que nous allions le payer cette année… En tout cas, c’était un choix assumé. Et cela fait partie de sa formation. C’est une année plus délicate, et elle doit apprendre à la surmonter car elle en affrontera d’autres plus tard….

Votre but, c’est de vraiment développer sa carrière à l’étranger ?

Frédéric Spanu. – Je veux garder toutes les portes ouvertes. Je veux qu’elle soit connue dans le monde entier. Si on nous propose quelque chose d’intéressant en France, bien sûr qu’on restera ! Mais je veux aussi jouer la carte de l’international. Partirons-nous demain, dans cinq ans, dans dix ans ? Je ne sais pas, mais le jour où l’opportunité se présentera, nous serons prêts. Peut-être aussi que j’ai cette idée parce que je n’ai pas pu le faire moi-même, en tant que jockey, à cause du poids…

Pensez-vous qu’il faut encore plus médiatiser les jockeys ?

Mickaëlle Michel. - France Galop et l’Association des jockeys travaillent dans ce sens. On a vu l’organisation de séances d’autographes cet été à Deauville, notamment… C’est bien. On a besoin du public pour la reconnaissance de notre travail. Et les courses ont besoin de stars qui durent, que le public peut reconnaître. Les jockeys sont les plus facilement identifiables pour le grand public.

Frédéric Spanu. - Il faut faire plus encore ! Je rêve de campagnes sur les jockeys sur les grandes chaînes, je rêve d’affiche en 4*3 dans les rues de Paris mettant en scène les jockeys ! En essayant de faire connaître Mickaëlle au plus grand nombre, modestement, je participe à cet effort commun. C’est mon travail d’agent, mais il nous faut aussi un peu d’aide… Vous verrez Mickaëlle prochainement dans 20 h Le Mag, sur TF1. Ils sont même venus filmer la cérémonie de la remise de la Cravache d’or.