Êtes-vous plutôt Horace ou plutôt Curiace ?

Courses / 05.08.2019

Êtes-vous plutôt Horace ou plutôt Curiace ?

Par Mayeul Caire

Entendu dimanche à une table du Jardin des propriétaires sur l’hippodrome de Deauville :

- Tu as étudié les partants du Crèvecœur ? Quels sont les bruits ?

- Dix-huit entraîneurs sont sûrs de gagner.

- Mais il n’y a que quatorze partants ?!

- Je sais…

Voilà. Avec cette petite plaisanterie, on plonge au cœur de la magie du Prix des Marettes et du Prix de Crèvecœur. Les deux courses sont mythiques à plus d’un titre. Par leur palmarès, par les origines et par les physiques alignés au départ, par le désir que tous les professionnels ont de les gagner. Plus encore : par ce qu’elles symbolisent. Et que symbolisent-elles ? La tradition hippique dans ce qu’elle a de plus pur.

Un : le panache… car, dans une course d’inédits, on court par définition à l’aveugle et c’est le talent brut qui est récompensé (celui de l’animal et celui de son entraîneur).

Deux : la plus subtile articulation entre la dimension professionnelle des courses et leur dimension turfistique, car tout turfiste qui se respecte va à la pêche aux tuyaux et rêve de toucher le gagnant des Marettes ou du Crèvecœur. (J’ajouterais, pour encore anoblir l’exercice, que parier sur ces deux courses est un jeu qui se pratique sur place, sur l’hippodrome voire sur les pistes le matin ; pas derrière sa télé ou dans un point PMU.)

Trois : l’affrontement archétypal entre les deux grandes familles de propriétaires, ceux qui élèvent pour courir et ceux qui achètent pour courir. Ainsi ces deux épreuves ressemblent-elles aux grands combats antiques de la mythologie grecque ou romaine, comme la lutte entre les Horaces et les Curiaces.

C’est magnifique et on parle de quoi ? D’un Groupe 1 ? Non ! D’un maiden.

Pour expliquer les courses à quelqu’un qui ne les connaît pas, on devrait toujours lui parler des Marettes et du Crèvecœur. Rien n’est plus vrai et ne donne plus envie de tenter l’aventure hippique, que ce soit comme parieur, comme éleveur, comme propriétaire, comme entraîneur ou comme simple spectateur. Les Marettes et le Crèvecœur sont comme deux îlots de résistance d’une culture hippique sur laquelle notre Institution ne capitalise pas. Un moment de vraie bravoure, un espace de pure jouissance et un lieu de haute mémoire hippique. Un lien possible entre passé et avenir. Une magnifique opportunité de capitaliser sur ce qui fait la force et le charme d’un sport-spectacle-pari – les courses – unique en son genre.

Voilà pourtant un pari hippique qui serait amusant : les Horaces contre les Curiaces… oups, pardon, les éleveurs-propriétaires contre les acheteurs-propriétaires. Exemple dans les Marettes. Team 1 (éleveurs-propriétaires) : Greenland, Gemcutter et Savarin. Team 2 (acheteurs-propriétaires) : La Norma, Ladyval, Dream and Do et Like a Charm. Et, dans le rôle du « 0 à la banque » (ou si vous préférez : le N du pari 1N2) : Digression, car elle est passée en vente mais son éleveur est resté associé.

Cette année, c’est un peu tard. Mais pourquoi pas l’an prochain ? Quitte à commencer sous forme de pari gratuit, comme une tombola, pour gagner une glace ou un verre sur l’hippodrome ?

Aujourd’hui (mardi) à 14 h 34 et à 15 h 12, ouvrez grand vos oreilles… auscultez les pedigrees jusqu’à la huitième mère… regardez chaque cheval trois fois au rond… et faites vos jeux ! On ne peut pas vous dire qui va gagner. Mais ce que l’on vous garantit, c’est que ça va déménager et que, tant qu’il y aura des courses comme celles-ci, on en sera éperdument amoureux. Et best of luck à tous ceux qui ont la chance d’avoir un partant cette année !