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Jour de Galop

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LE BILAN DES VENTES ARQANA - Proche des 50 M€, Deauville frappe un grand coup

Institution / Ventes / 22.08.2019

LE BILAN DES VENTES ARQANA - Proche des 50 M€, Deauville frappe un grand coup

En quatre jours sur le ring de Deauville, 17,41 M€ de saillies se sont transformés en une valeur totale de yearlings de 54,19 M€. Jongler ainsi avec les chiffres est un peu réducteur car l’élevage ne se résume pas à une formule mathématique, c’est un travail de longue haleine, d’investissements et de savoir-faire, dans lequel il faut avoir autant de flair que de chance.

Par Franco Raimondi

Pour commencer, rappelons que les quatre jours de vente sont l’aboutissement d’un travail qui a commencé plus de deux ans et demi auparavant, avec le choix du croisement. C’est un long chemin et c’est pour cela qu’il faut se montrer prudent au moment de passer au peigne fin les résultats. Les statistiques de la vente d’août et de la v.2 sont les suivantes : 486 yearlings aux catalogues, 443 passés sur le ring, 339 vendus pour un chiffre d’affaires de 47,98 M€. Jamais les ventes d’août de Deauville n’ont approché d’aussi près la barre de 50 M€. Les 54,19 M€ dont je parlais résultent de l’addition du chiffre d’affaires avec les prix des rachats (6,21 M€), dont 5,68 M€ sont intervenus pendant les trois premiers jours.

L’étalon ne suffit pas. On parle beaucoup de stallion power au moment des ventes. Mais le prix de saillie est loin d’être le seul facteur qui conduit à fixer la valeur d’un cheval. Il faut y ajouter les coûts d’élevage – autour de 15.000 € d’après plusieurs analystes –, qui, pour tous les yearlings passés sur le ring, s’élèvent à 7,2 M€. Et il faut surtout tenir compte de l’amortissement, de la valeur ajoutée de la poulinière… La valeur même du prix de saillie est un indicateur incertain, puisque la pratique du foal sharing est assez répandue sur un certain nombre d’étalons. Le risque, c’est de s’éparpiller en oubliant que les ventes de yearlings sont avant tout une foire aux rêves et en même temps l’aboutissement de l’élevage commercial. C’est-à-dire de l’agriculture de top-niveau.

Le Siyouni power. Quoi qu’il en soit, le stallion power existe. Et cette année, on a le droit d’affirmer qu’on a assisté au Siyouni power. L’étalon de Son Altesse l’Aga Khan avait des yearlings conçus à 45.000 € et il a dépassé la barre de 5 M€ avec 23 yearlings vendus. Il y avait 34 de ses produits aux catalogues, dont trois à la v.2. Ils représentaient une valeur de saillies de 1,53 M€. En enlevant du total les absents, on arrive à 1,21 M€ pour 27 sujets, qui ont dégagé un chiffre d’affaires de 5,09 M€. Sept des huit yearlings les plus chers sont des pouliches. Même en comptabilisant les rachats, Siyouni (Pivotal) a offert un retour de quatre fois le prix de saillie à ceux qui ont investi sur lui. Ce qui est intéressant également, c’est que 37 autres Siyouni seront offerts à Tattersalls, Doncaster et chez Goffs. L’année dernière, Siyouni avait terminé la saison avec 84 de ses yearlings (conçus à 30.000 €) vendus à un prix moyen de 154.881 €. Cet indicateur, lors des quatre jours à Deauville, est passé à 188.518 €. L’autre grand étalon français, Le Havre (Noverre), avait une offre plus réduite. Sur huit sujets présentés, cinq ont été vendus dont une pouliche qui a dépassé les 500.000 €. L’offre des yearlings issus de Le Havre est encore plus importante en Angleterre et en Irlande avec 23 sujets. Autant qu’en octobre. Il ne faut oublier que chaque étalon possède sa spécificité.

Le Shalaa power. En 2013, quatre des premiers yearlings de Siyouni avaient été vendus au prix moyen de 55.000 € lors de la vente d’août. Deux autres avaient également été vendus lors la v.2. Il était alors un jeune étalon proposé à 7.000 €. Imaginer que six ans plus tard, on allait le retrouver au sommet était purement utopique. C’est pour cela qu’il faut trouver une autre comparaison avec le jeune étalon qui a fait le buzz cette année, le très prisé Shalaa (Invincible Spirit). Déjà, le fait de proposer un débutant à 27.500 €, le plus cher de sa promotion en Europe, sur le marché français, semble un peu risqué. L’équipe du haras de Bouquetot avait préparé son coup car Shalaa avait gagné le Prix Morny mais aussi les Middle Park Stakes (Grs1), ce qui le rendait attrayant sur le marché international. Cette année, 19 de ses yearlings sont passés sur le ring, dont 16 ont trouvé preneurs pour un chiffre d’affaires total de 2,73 M€ et un prix moyen de 170.625 €. C’est-à-dire un montant six fois supérieur à son prix de saillie. Le poulain, acheté 600.000 € par Narvick International pour le japonais Hajime Satomi, n’est pas l’arbre qui cache la forêt. Loin de là. Tous les produits de Shalaa ont dépassé le prix de saillie et 10 d’entre eux ont rapporté aux vendeurs quatre fois plus que leur investissement. Quarante yearlings par Shalaa seront proposés dans les trois ventes majeures d’Angleterre et d’Irlande. La bonne comparaison est celle que l’on peut faire avec les premiers yearlings d’un autre lauréat du Prix Morny, qui avait fait ses débuts au haras à un tarif assez similaire (20.000 €). Il s’agit de No Nay Never (Scat Daddy), lequel avait enregistré un prix moyen de 123.371 € pour 63 sujets vendus en 2017. Le tarif de No Nay Never est ensuite monté en flèche à 100.000. C’est de bon augure.

Deauville et ses spécificités. Deauville, comme chaque marché, possède ses particularités. C’est aussi logique que de se rendre à l’Oktoberfest de Munich avec autre chose que sa propre chope de bière. Mais dans le même temps, le marché du pur-sang s’est de plus en plus globalisé. Les acheteurs préfèrent chercher ailleurs les sujets de la branche précocité-vitesse, mais cela n’a pas empêché Godolphin d’acheter une Dark Angel (Acclamation) pour 800.000 €. Les investissements sur les étalons de tout premier niveau, même sans prendre en compte les énormes Galileo (Sadler’s Wells) et Dubawi (Dubai Millennium), ont rapporté gros. Les six produits par Frankel (Galileo), tous vendus, ont généré un prix moyen de 424.000 €, soit trois fois le prix de saillie (137.000 €), un bon score pour un étalon qui n’est pas bon marché. Les Kingman (Invincible Spirit) ont affiché un prix moyen de 355.000 € pour 11 sujets vendus, c’est presque six fois le tarif affiché en 2017. Huit d’entre eux ont par ailleurs trouvé preneurs pour un montant au moins trois fois supérieur à son prix de saillie. Dans la fourchette des étalons qui affichaient un prix inferieur et ont offert une belle plus-value, on retrouve Wootton Bassett (Iffraaj) dont le prix moyen (121.666 €) est six fois supérieur à son prix de saillie (20.000 €). No Nay Never (Scat Daddy) coûtait 17.500 € en 2017 et ses yearlings vendus ont engendré un prix moyen de 237.500 €.

Un avenir en rose. Les résultats de la vente d’août offrent une reproduction très fidèle de l’état du galop français. Si vingt lots ont été adjugés à plus de 500.000 € et que plusieurs d’entre eux resteront à l’entraînement en France, aucun acheteur français n’a dépassé cette barre. Ce n’est pas par manque de confiance, mais cela vient plutôt du fait que les éleveurs français ont dévelopé une politique commerciale différente de celles pratiquées à l’étranger. Les propriétaires vont sur le marché pour chercher des chevaux capables de leur faire plaisir en gagnant les grandes courses, sans penser à acheter de futurs étalons comme le font les acteurs majeurs du marché international. En fait, envisager de bâtir un futur au haras est la seule raison qui peut entraîner l’achat de yearlings millionnaires. Si la France commence un jour à suivre cette voie, cela signifiera que quelque chose est en train de changer. La réussite commerciale de Siyouni, Le Havre, Shalaa & co boostera à moyen terme cette approche différente de celle de bien des acheteurs français. Les éleveurs français ont lancé un travail de sélection et d’investissement dans des poulinières de choix. Et il commence à payer. Nous en avons vu les premiers résultats positifs en août 2019 sur le ring d'Arqana. La prochaine étape est la suivante : la France est capable produire de bons chevaux, des champions, et même de leur assurer un futur au haras…