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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le Logis Saint-Germain en pleine lumière

Élevage / 13.08.2019

Le Logis Saint-Germain en pleine lumière

Pour la huitième année consécutive, le haras du Logis Saint-Germain, propriété d’Olivier Carli, sponsorise le Prix Guillaume d’Ornano (Gr2), qui se disputera jeudi prochain à Deauville. Jérôme Glandais, directeur du site, nous en dit plus sur ce partenariat et le haras dont l’étalon, French Fifteen, vient de signer son premier gagnant de Gr1 avec French King.

Par Adeline Gombaud et Adrien Cugnasse

Labélisé Gr2, le Prix Guillaume d’Ornano - Haras du Logis Saint-Germain est devenu au fil des années un rendez-vous incontournable du meeting deauvillais. En plein cœur de l’été, il constitue un tremplin idéal pour les 3ans vers les belles épreuves de l’automne, dont le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Jérôme Glandais explique : « Nous sommes partenaires de cette course depuis 2012. Elle a lieu en plein meeting deauvillais, à quelques jours des ventes de yearlings : c’est là où il faut être, surtout pour un haras commercial comme le nôtre. Le prestige de cette course est réel. Il n’y a qu’à voir son palmarès avec des lauréats comme Almanzor (Wootton Bassett) ou New Bay**(Dubawi) pour ne citer qu’eux ! » Le rating du Guillaume d’Ornano frôle en effet celui qui lui donnerait droit au statut de Gr1. Sur les trois dernières années, il est de 114,08 (115 requis pour un Gr1). « Nous espérons, en tant que sponsors, que la course devienne prochainement un Gr1. Elle en a déjà la dotation, et quasiment le rating ! »

Une grande année. Le haras du Logis Saint-Germain, situé à quelques encablures de Deauville, a été créé par la baronne de Rance en 1946. Il a abrité l’élevage du comte Leseleuc de Kerouara et a été la propriété́ de Werner Wolf à partir de 1984. Olivier Carli l’a repris en 2008. C’est une structure commerciale qui s’étend sur 200 hectares. Le haras accueille l’étalon French Fifteen (Turtle Bowl) qui vient de donner son premier gagnant de Gr1, French King (French Fifteen), issu de sa première production. Jérôme Glandais explique : « French Fifteen est pour le moment le seul sire du haras, mais nous sommes ouverts à l’accueil d’un nouvel étalon. Nous avons nos propres poulinières et élevons aussi pour des clients. Outre French King, on peut citer, parmi les bons chevaux produits par le haras récemment, Royal Lytham (Gleneagles), gagnant des July Stakes (Gr2) et troisième des Phoenix Stakes (Gr1), que nous avions vendu à Arqana, Dream and Do (Siyouni), deuxième des Marettes récemment, Music Lover (Palace Épisode), gagnante de Listed… Nous sommes aussi plus présents en obstacle, notamment chez François Nicolle, avec un cheval comme Gift of Fortune (Soldier of Fortune), qui a très bien débuté à Dieppe. »

French Fifteen passe un cap. Concernant le Gr1 de dimanche dernier, Jérôme Glandais poursuit : « Ces bons résultats, c’est une belle satisfaction. On se lève pour cela le matin. Nous sommes aussi très heureux d’avoir élevé, pour le compte d’un client, le premier lauréat de Gr1 de French Fifteen. C’est une bonne chose pour le haras, pour nos clients et pour l’ensemble des personnes qui lui ont fait confiance. Nous l’avons bien soutenu. Il fait vraiment des chevaux de course, présents à 2ans mais qui ne cessent de progresser. Souvent comme dans le cas de ses gagnants de Groupe French King et Sestilio Jet, ses produits passent encore un cap de 3ans à 4ans. Son pourcentage de gagnants est très bon dans l’absolu et même remarquable pour un cheval qui officie à 6.000 € la saillie. Ayant peu sailli, il a en outre eu accès à une jumenterie de qualité inférieure à celle des autres gagnants de Gr1 débutant au haras en 2015. Mais il a déjà donné sept black types et beaucoup de gagnants. À présent, on cerne mieux la manière dont il faut exploiter ses produits. Ils ont souvent une grande marge de progression en prenant de la maturité. French Fifteen est apprécié par un certain nombre d’entraîneurs, qui font confiance à sa production. Et les éleveurs commencent à ouvrir les yeux sur la qualité de sa descendance. S’il n’a pas encore la reconnaissance du marché, il a déjà celle des éleveurs qui l’ont utilisé et qui n’hésitent pas à refaire appel à ses services. Les ventes, c’est important. Mais il ne faut pas oublier qu’on élève avant tout des chevaux de course. Et la mode cause du tort à beaucoup d’étalons. Mais aussi à un certain nombre d’éleveurs car elle fluctue très vite : certains sires que l’on portait au pinacle peuvent ensuite être rapidement rejetés. »

LES ÉTALONS DE TROISIÈME GÉNÉRATION EN EUROPE EN 2019

Étalon (saillie 2014)  Black types Gagnants de Groupe Partants % gagnants/partants Gains ($)
Camelot (25.000 €) 15 9 173 32,37 2.900.089
Dawn Approach (35.000 €) 4 0 133 24,06 1.500.021
French Fifteen (6.000 €) 2 2 36 33,33 1.277.197
Intello (25.000 £) 5 4 101 26,73 1.239.603

Et pourquoi pas l’Arc ? French King est désormais en bonne place dans l’ante-post betting du prochain Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). En l’espace d’une année, le cheval de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani est passé de 99 à 118 de Racing Post rating. Alors que le nombre de candidats potentiels au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) s’est sensiblement réduit, la candidature de French King apparaît désormais comme tout à fait crédible et Jérôme Glandais détaille : « Le poulain est invaincu cette année en quatre sorties. Il a commencé sa saison en remportant le H.H. The Amir's Trophy (Gr1 local, 2.400m). De retour en Europe, il s’est imposé dans le Carl Jaspers-Preis - Gerling-Preis (Gr2, 1.400m), puis dans le Pferdewetten.de Grosser Hansa Preis (Gr2, 2.400m) et enfin dans le 129th Longines Grosser Preis von Berlin (Gr1, 2.400m). Bien sûr, battre Enable (Nathaniel) est improbable. Mais Sea of Class (Sea the Stars) nous a quittés. Parmi les 3ans, certains n’ont pas encore prouvé qu’ils tenaient la distance de 2.400m. Et ceux issus des Derby anglais et irlandais ne paraissent pas faire partie d’une grande génération. Aussi, on a le droit de rêver d’un French King sur le podium de la grande épreuve du mois d’octobre. Surtout qu’il fait tous les terrains. »

French Fifteen, un poulain dur et vite. Nicolas Clément a déniché French Fifteen à Deauville – au mois d’août 2010 –, où le poulain était présenté par ses éleveurs, le haras de La Reboursière. Le Cantilien se souvient : « Tina Rau et moi-même avons acheté un certain nombre de bons sujets sur le ring d’Arqana comme le père de French King, French Fifteen [acquis 30.000 €, Critérium International et deuxième des Guinées, ndlr] mais aussi Style Vendôme [acquis 92.000 €, Poule d'Essai des Poulains, ndlr], Stormy River [acquis 60.000 €, Poule Jean Prat, ndlr], Vespone [acquis 68.000 €, Poule Jean Prat et Grand de Paris, ndlr], Wonderment [acquise 60.000 €, Critérium de Saint-Cloud, ndlr]… Le premier propriétaire de French Fifteen, Raymond Tooth, n’avait pas un gros budget. Dans ce cas de figure, on se concentre sur le physique et la locomotion. French Fifteen était un yearling plein de classe, qui marchait magnifiquement bien. C’est un cheval avec beaucoup de vitesse naturelle et d’énergie aussi. Plus que vraiment précoce, il était surtout vraiment bon. En débutant à Chantilly, au mois de mai de ses 2ans, il m’a déçu. Nous l’avons donc envoyé en province où il a gagné trois courses à la suite avant de remporter le Critérium de l'Ouest (L). Il est revenu à Paris endurci, sans avoir eu de courses dures. Deuxième du Prix Thomas Bryon (Gr3), il a ensuite gagné le Critérium International (Gr1). Pour sa rentrée à 3ans, il a remporté le Prix Djebel (Gr3). Même si la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) semblait plus accessible cette année-là, son propriétaire, le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani, voulait courir les 2.000 Guinées (Gr1) dont le sponsor était Qipco Le cheval a signé une course incroyable, terminant à une tête de Camelot (Montjeu). La lutte fut épique. Aucun poulain n’a approché ce champion d’aussi près sur ses cinq premières sorties. Camelot a gagné le Derby d’Epsom (Gr1) de cinq longueurs lors de sa sortie suivante. »

Il n’a pas fini de nous surprendre. Mais Nicolas Clément connaît aussi très bien la mère de French King, Marina Piccola (Halling), une pouliche qui est venue avec l’âge, comme son fils. À son sujet, il nous a confié : « Lady O'Reilly m’avait confié cette pouliche dont j’avais aussi entraîné la mère, Marine Bleue (Desert Prince), lauréate du Kölner Herbst-Stuten-Meile (Gr3) et du Prix des Lilas (L, 1.600m). Comme beaucoup de chevaux de cette souche, Marina Piccola ne montrait pas grand-chose à 2ans. Elle s’est déclenchée avec le temps, remportant le Prix de Thiberville (L, 2.400m) à 3ans. Ce dimanche, en voyant French King remporter son Gr1 dans un superbe style, j’étais assez ému, ayant entraîné ses deux géniteurs. Il faut féliciter son éleveur-propriétaire, mais également son entraîneur, Henri-Alex Pantall. Le cheval ne cesse de progresser et je pense qu’il n’a pas fini de nous étonner. »