LE MAGAZINE - Battaash a atteint l’olympe du sprint

Courses / 28.08.2019

LE MAGAZINE - Battaash a atteint l’olympe du sprint

En 2019, le sprint européen est extrêmement relevé. De Blue Point à Battaash, nous avons devant nos yeux d’authentiques champions qui soutiennent la comparaison avec les plus grands noms de l’histoire des courses dans cette spécialité.

Par Franco Raimondi

Felice Gimondi, le plus grand cycliste italien depuis Il Campionissimo Fausto Coppi, nous a quittés il y a une douzaine de jours. Il a gagné trois fois le Giro, un Tour de France à 22 ans, la Vuelta et plusieurs grands classiques. Son palmarès aurait été bien plus étoffé si un certain Eddy Merckx, de trois ans son cadet, avait choisi un autre sport que le vélo… Cette année, Blue Point (Shamardal) a réussi un doublé à l’australienne, en remportant deux Grs1 en moins de 97 heures à Royal Ascot. Mais il ne sera pas le champion sprinter car vendredi dernier à York, Battaash (Dark Angel) a survolé les Coolmore Nunthorpe Stakes (Gr1) en pulvérisant le record de la course. Un rating de 127 lui a été attribué. Soit une valeur qu’aucun sprinter européen n’avait réalisée depuis vingt ans. Blue Point (124) a trouvé face à lui son Eddy Merckx. J’ai décidé de vous proposer le classement des sept meilleurs sprinters que j’ai eu la chance d’admirer.

Black Caviar, la star invaincue. La championne australienne Black Caviar (Bel Esprit) a trouvé elle aussi son Eddy Merckx. En 2011, au sommet de son art, elle a remporté sept Grs1 dont un, le Newmarket Handicap, en rendant 16 livres à sa victime du jour. Elle a terminé l’année avec un rating de 132, mais Frankel (Galileo), qui avait 3ans, fut jugé à 136 et a hérité du titre de champion du monde. Black Caviar a couru deux autres saisons avant de prendre sa retraite, invaincue en 25 sorties – et 15 victoires de Gr1 –  que ce soit corde à droite, à gauche et en ligne droite. En Europe, elle n’a couru qu’une seule fois et on se rappelle de sa courte victoire dans les Diamond Jubilee Stakes (Gr1), où elle devançait les françaises Moonlight Cloud (Invincible Spirit) et Restiadargent (Kendargent). Son jockey s’était trompé en posant les mains avant le poteau. Et en plus, la jument était diminuée par le long voyage effectué à la fin de sa saison australienne. Placer Black Caviar en tête de classement me permet de citer deux autres champions : Moonlight Cloud, qui était plus qu’une sprinteuse, et le crack australien Vain (Wilkes), qui figure deux fois dans son pedigree.

Dayjur battu par une ombre. Le nom de Dayjur (Danzig) est récemment revenu sur le devant de la scène lorsqu’il fallu évaluer la performance de Battaash, lequel a battu son record dans les Coolmore Nunthorpe Stakes. Mais ces deux-là  n’ont en réalité qu’un seul point commun : celui de courir pour la casaque du cheikh Hamdan Al Maktoum. C’est tout. Il y a quelque chose d’assez cocasse chez Dayjur, c’est qu’il s’est créé son propre Eddy Merckx… En 1990,  après avoir remporté coup sur coup les King’s Stand (Gr2 à l’époque) à Royal Ascot, les Nunthorpe, la Sprint Cup, et le Prix de l’Abbaye de Longchamp, il est parti sur le dirt pour affronter dans le Breeders’ Cup Sprint (Grs1) la championne Safely Kept (Horatius). Après avoir fait les grands boulevards et pris l’avantage sur sa rivale à 50m du poteau, il a sauté par-dessus une ombre, comme s’il s’agissait de la rivière des tribunes d’Auteuil. Deuxième, battu d’une encolure… Dayjur, acheté 1,65 million de dollars, avait 3ans, un magnifique pedigree, et il est devenu étalon, au plus grand regret des turfistes. Son rating était de 131. Tony Morris et John Randall l’ont jugé cinquième meilleur sprinter du XXe siècle. Je n’ai pas la chance de voir les quatre autres en piste, étant trop jeune ou tout simplement pas encore né à l’époque. Et malheureusement, comme étalon, Dayjur s’est montré décevant.

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Silent Witness le héros de Hongkong. Silent Witness (El Moxie), un monstre qui pesait plus de 570 kg, est resté invaincu durant 17 courses, du 26 décembre 2002 au 24 avril 2005. Les courses de Hongkong n’étaient alors en rien comparables avec celles d’aujourd’hui. Il a remporté deux fois le Hong Kong Sprint (Gr1), qui était sur 1.000m en ligne droite. Sa première défaite est intervenue lorsque son entourage l’a testé sur le mile. Il a également gagné les Sprinters Stakes (Gr1) au Japon. Son rating international (123) ne reflétait pas sa classe, surtout sur le plan historique, car c’est en surfant sur sa réussite que Hongkong est devenu ce qu’il est à présent. Il a été l’un des premiers à réellement ajouter une valeur sportive aux chiffres impressionnants des enjeux.

Battaash, 1.000m et pas un de plus. Ce n’est pas un modèle de régularité. Mais dans ses bons jours, sur 1.000m (et pas un de plus), Battaash (Dark Angel) est une machine. Son seul faux pas de l’année remonte aux King’s Stand Stakes (Gr1). En plus d’avoir été malheureux pendant le parcours, le tracé de Royal Ascot était bien trop sélectif pour lui. Son rating canon (127) peut encore s’améliorer s’il se comporte bien dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp, bien sûr, mais aussi dans le Breeders’ Cup Turf Sprint (Grs1), une épreuve que les européens n’ont jamais gagnée. Cette année à Santa Anita, le changement de parcours, de 1.300m à 1.000m, jouera en sa faveur.

Sheikh Albadou, celui qui a battu les américains. Il est le seul européen à avoir remporté le Breeders’ Cup Sprint (Gr1) sur le dirt. Sheikh Albadou (Green Desert) l’a gagné en 1991, à 3ans, à la fin d’une saison commencée dans les handicaps. C’est dans les Nunthorpe Stakes (Gr1) qu’il s’est révélé. Ensuite, il s’est classé deuxième dans la Sprint Cup et dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp (Grs1). Les Américains ne croyaient absolument pas en ses chances, surtout qu’il était le seul des 11 partants sans Lasix. Il a survolé le lot, avec Pat Eddery, et a décroché un rating de 128. Par la suite, Sheikh Albadou a ajouté à son palmarès les King’s Stand Stakes et la Sprint Cup (Gr1). Son entourage a de nouveau tenté le coup dans le Breeders’ Cup Sprint, mais la chaleur de Gulfstream Park, en Floride, l’a rôti et il a fini quatrième. Sa carrière d’étalon a été catastrophique.

https://youtu.be/pET2VRkCxBk

Lord Kanaloa la flèche du Japon. Après cette avalanche de femelles, hongres et étalons décevants, il nous fallait un sprinter de très haut niveau qui a également brillé durant sa deuxième carrière. Le japonais Lord Kanaloa (King Kamehameha) remplit ces deux critères, lui qui est arrivé sur la scène internationale en 2012, à la fin de ses 4ans, après avoir remporté les Sprinters Stakes (Gr1, 1.200m) dans un chrono record de 1’06’’7, c’est-à-dire à 64,77 km/h. Il a gagné le Hong Kong Sprint et a récidivé la saison suivante, après avoir également remporté le Yasuda Kinen (Grs1) sur le mile. Il a reçu un rating de 128. Ses premiers produits sont âgés de 4ans : il a donné la championne Almond Eye et huit autres gagnants de Groupe. Lord Kanaloa figure en troisième position au classement des étalons au Japon, mais d’ici cinq ou six ans il prendra la place de Deep Impact (Sunday Silence).

Anabaa & Marchand de Sable, le dead-heat français. Il y a dead-heat entre Anabaa (Danzig) et Marchand de Sable (Marchand d’Or) pour la septième place. Il est impossible les dissocier, quand bien même ils ont eu des carrières différentes. Anabaa a remporté la July Cup et le Prix Maurice de Gheest (Grs1), avec une seule défaite pendant sa saison de 4ans, dans le Prix de l’Abbaye de Longchamp. Il a décroché un rating de 127 et fut choisi comme European champion sprinter en 1996. L’allocation monstre du Prix de l’Arc de Triomphe l’a empêché de terminer tête de liste des étalons, place qu’il aurait méritée à trois reprises. Marchand d’Or a couru pendant huit saisons et a remporté cinq Grs1 : le coup de trois dans le Prix Maurice de Gheest, le Prix de l’Abbaye de Longchamp et la July Cup.