Le Marois, c’est simple comme un coup de fil !

Courses / 12.08.2019

Le Marois, c’est simple comme un coup de fil !

Le succès de Romanised dans le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois constitue le point d’orgue de l’association entre Rupert Pritchard-Gordon et Robert Ng, homme d’affaires singapourien basé à Hongkong.

Par Adeline Gombaud

Entre Rupert Pritchard-Gordon et Robert Ng, tout a commencé au début des années 2000, avant même que l’ancien assistant de Christiane Head ne s’installe comme entraîneur. Il cherchait un propriétaire pour acquérir With the Flow : « Le cheval avait couru aux États-Unis, à Singapour, et son propriétaire cherchait à le vendre, sans y parvenir. J’allais m’installer, et c’était le genre de cheval avec qui je voulais commencer ma carrière. J’ai contacté un entraîneur australien installé à Singapour, en lui demandant s’il n’avait pas un client que le cheval pourrait intéresser. Il m’a dit d’appeler Robert Ng. Je n’osais pas ; je n’étais même pas installé ! Finalement, je l’ai appelé, le cheval l’intéressait mais l’affaire ne s’est pas faite, le cheval ayant été vendu comme étalon. Mais Robert Ng m’a dit que, le jour où j’aurais un cheval qui pourrait l’intéresser, il faudrait le prévenir. »

Une yearling à 20.000 €… Le premier achat pour Robert Ng de celui qui est désormais courtier et racing manager date de 2002. Pour 20.000 € seulement, Rupert Pritchard-Gordon achète une yearling à la vente d’août Arqana. Cette pouliche, c’est Malaica (Roi Gironde), future mère de Success Days (Jeremy), qui a aussi couru le Jacques Le Marois ce dimanche… Rupert Pritchard-Gordon confie : « J’ai longtemps parlé avec M. Ng ce matin au téléphone, et il se souvenait parfaitement de ce premier achat. Si l’on nous avait dit à l’époque que, dix-sept ans plus tard, sa casaque aurait deux partants dans le Jacques Le Marois, dont un fils de Malaica, et que l’autre s’imposerait ! C’est assez fou. »

Des investissements raisonnés. Robert Ng n’a pas une écurie pléthorique en Europe. Il a une quinzaine de chevaux répartis entre la France, la Grande-Bretagne et l’Irlande. « L’objectif de M. Ng reste d’avoir des chevaux compétitifs à Hongkong et à Singapour, parce qu’il aime les voir courir en famille, ce qu’il ne peut pas faire avec ses chevaux européens. Il connaît le prestige des courses européennes et prend plaisir aussi à avoir quelques chevaux en Europe. Il a vraiment découvert ces courses avec un cheval comme Daliapour, qu’il avait acheté pour Hongkong, après des performances de premier plan sous la casaque de S.A. l’Aga Khan. Le cheval ne s’est pas vraiment acclimaté à son nouvel environnement, alors il l’a renvoyé en Europe. M. Ng n’est pas le genre à investir des millions dans une écurie. Il veut un nombre restreint de chevaux, qui gagnent leur vie. »

Romanised (Holy Roman Emperor), le héros de ce dimanche, aurait bien pu aller rejoindre son propriétaire à la fin de son année de 2ans. « Il était prévu qu’il parte à Singapour, mais il a eu un petit souci de santé qui l’a empêché de disputer le Critérium de Maisons-Laffitte. Aussi ai-je conseillé à M. Ng de le laisser en Irlande. Ce fut un mal pour un bien… Le cheval a ensuite gagné les 2.000 Guinées irlandaises. M. Ng a suivi la course grâce à des commentaires audio ! Depuis, il s’est équipé pour pouvoir regarder les courses européennes sur la TV, et dimanche il a pu voir la victoire de Romanised en direct sur Sky Sports. »

Acheté par mail ! Ce cheval est d’autant plus précieux pour son propriétaire que son achat n’est pas commun… « Pour Romanised, M. Ng a fait quelque chose qu’il ne fait jamais : il l’a acheté foal, à huit jours, sans jamais l’avoir vu ! On le lui a proposé par mail et, comme c’était un très proche parent du crack de Hongkong Designs on Rome – même père, avec une mère sœur de Designs on Rome –, il n’a pas résisté ! Et en l’achetant foal, il est certain qu’il l’a eu à un bon prix. Plus tard, il m’a demandé d’aller voir les quelques chevaux qu’il avait à l’élevage en Irlande. La première journée, mon bilan était assez déprimant pour lui, car je lui ai conseillé de vendre la plupart des chevaux que j’avais vus, mais, la seconde journée, j’ai vu Romanised, qui avait dix mois à l’époque, et j’ai pu le rassurer sur son achat ! » Comme pour les chevaux à l’entraînement, l’effectif d’élevage de Robert Ng est très limité. Il a quelques poulinières en France, au haras de Castillon, et une fille de Malaica, Justice Angel (Dark Angel), au National Stud, en Irlande. « Nous avions croisé Malaica avec Jeremy, car malheureusement la jument était fourbue et ne pouvait pas supporter de longs voyages. Jeremy était juste à côté du haras où elle était en pension. Cela nous a donné Success Days, le meilleur fils de Jeremy, qui nous a offert une participation au Derby d’Epsom notamment. Il va très certainement devenir étalon en Irlande, avec une vocation obstacle, pour succéder à son père. »

Entraîné par un gentleman. Romanised, c’est aussi le cheval d’une vie pour son entraîneur, Ken Condon, qui gère un effectif d’une cinquantaine de chevaux près du Curragh. Rupert Pritchard-Gordon expliqué : « C’est Dermot Farrington, qui a élevé Success Days en association avec M. Ng, qui nous avait conseillé de placer le poulain chez Ken Condon. C’est un homme de cheval remarquable. Il a été dans sa jeunesse membre de l’équipe irlandaise junior de saut d’obstacle. Comme beaucoup d’Irlandais, il est très proche de ses chevaux. J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui, et c’est toujours un plaisir de voir ses chevaux en magnifique état. Il a fait un travail remarquable avec les deux chevaux de dimanche. J’espère que ce succès lui amènera de nouveaux clients, parce qu’il le mérite. C’est vraiment un gentleman. »

Pour Romanised, la suite du programme n’est pas encore complètement définie. Le Qatar Prix de la Forêt est une possibilité, et le cheval a aussi gagné son ticket pour la Breeders’ Cup Mile. Mais un voyage aux États-Unis n’est pas garanti. « M. Ng, qui suit parfaitement les courses, a remarqué que certains chevaux hongkongais ne se retrouvaient pas totalement quand ils allaient courir au Japon ou à Dubaï. Si bien qu’il n’est pas un grand amateur de longs voyages pour les chevaux. Nous avons le temps d’y réfléchir… »