Marc Violette : « En termes de qualité des origines, nous avons franchi plusieurs paliers »

Élevage / 05.08.2019

Marc Violette : « En termes de qualité des origines, nous avons franchi plusieurs paliers »

LE TOUR DES HARAS - AOÛT 2019

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Neuvième épisode : Marc Violette, directeur du haras de la Louvière.

Jour de Galop. - Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ?

Marc Violette. - Je pense que, cette année, nous avons un lot qui est correct par rapport à ce que nous avons l’habitude de présenter. Je n’ai pas vu les lots des autres vendeurs, je ne peux donc pas me situer par rapport à eux. Mais, globalement, je pense que l’on a un bon lot.

On revoit toujours les mêmes familles, mais nous avons des croisements un peu différents qui en valorisent certaines. Nous avons aussi des familles qui ont un peu bougé, dans le bon sens. On le ressent maintenant, après quelques années de sélection.

Avez-vous un coup de cœur ?

Je ne sais pas si l’on peut appeler cela un coup de cœur. Il y a deux ou trois numéros qui pour moi se détachent un peu, par leur évolution dans leur préparation : évolution physique, mais aussi évolution mentale. Nous les connaissons déjà, mais nous apprenons à mieux les connaître dans l’exercice : comment ils appréhendent les choses. Il y en a deux ou trois qui se détachent un peu, je pense... J’espère qu’ils vont correspondre au marché des yearlings.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

Tout le monde le sait, le marché devient extrêmement sélectif. Mais sélectif ne veut pas dire professionnel. C’est lié, évidemment, cela veut dire que les bons pedigrees se vendent toujours très bien depuis des années et il n’y a pas de raison pour que cela change. En revanche, pour la deuxième catégorie, c’est beaucoup plus compliqué, et ne parlons même pas de la troisième catégorie ! Si l’on prend les chiffres, on va s’apercevoir qu’il y a toujours le même nombre de lots par journée qui sont vendus au-dessus de la barre des 100.000 €. Cela n’a peut-être pas changé en dix ans, ce qui a changé, c’est la qualité des pedigrees des lots qui franchissent cette barre. En termes de qualité des origines, nous avons grimpé quelques marches, franchi plusieurs paliers.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

Vente d’août Arqana = Deauville. Une ville de vacances, une ambiance de fête, c’est une atmosphère particulière pour un grand nombre de personnes.

En tant que vendeur, on ne vient pas aux ventes Arqana à Deauville au mois d’août avec le même état d’esprit que si l’on va aux ventes d’octobre à Newmarket (rires). Il y a une atmosphère, un climat, tout un tas de choses qui font que l’on n’a pas le sentiment que les gens sont là uniquement pour faire du business.

Les touristes sont là, ils ne sont pas forcément les bienvenus, mais cela fait partie d’un tout. Les touristes, ce sont aussi les turfistes que l’on voit à deux pas de l’établissement des ventes, qui viennent faire un tour en short et en tongs. Tout cela met une ambiance qui est très particulière. On aime ou pas, mais, pour moi, les ventes d’août Arqana de Deauville, c’est un peu une fête, quelque chose d’un peu hors normes.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

C’est le yearling qui se vend le plus cher ! Celui qui fait flamber les enchères ! (rires)

Le pedigree est le plus important. Si c’est une femelle, je pense que c’est encore mieux, car les gros acheteurs sont des gens qui investissent aussi pour le long terme. Ce sont des éleveurs, ou de futurs éleveurs. Une pouliche avec un vrai pedigree, c’est peut-être le yearling idéal.

Morphologiquement, on sait que s’il est mal fait, s’il est tordu, il ne viendra même pas au mois d’août. Le modèle suit donc inévitablement. Le pedigree est vraiment primordial.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

Les nôtres ! (rires) Évidemment, les familles Aga Khan, ou celle d’Allegreta (Lombard)… vous font rêver mais, lorsque vous vous levez tous les matins, ce sont vos familles, vos élèves, qui vous font rêver. On espère que celui qui court l’après-midi va gagner sa course, parce que l’on a son frère yearling à la maison. C’est cela qui vous fait rêver.

Lorsque l’on a des familles qui se réveillent, ou qui à chaque génération font des gagnants, du black type… cela nous fait rêver. Évidemment, nous croyons dans les familles que nous connaissons ; la famille des « L » (de Lawman et Latice) me fait autant rêver que la famille des « S », une famille qui, sans être classique, sort des gagnants tous les jours et du black type à toutes les générations. C’est fabuleux, c’est une régularité exemplaire. Ce sont des familles qui font rêver, car on a le droit d’y croire !

Quel est le jeune étalon (premiers yearlings) en qui vous croyez le plus ?

C’est un peu difficile. Nous avons eu de beaux produits de Shalaa (Invincible Spirit), d’ailleurs nous en présentons. Il y a eu beaucoup de bons échos à son sujet. Il a fait une bonne carrière de course, suffisamment bonne pour laisser penser qu’il sera améliorateur, ou en tout cas bon reproducteur. Au travers des produits que nous avons, nous avons le droit d’y croire. J’aime bien Shalaa !

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

Il y en a eu plusieurs… Il y en a un que j’ai bien aimé, c’est Emersion (Kodiac). Vendu à Juddmonte, il a été entraîné par André Fabre. Il a débuté à 2ans l’année dernière au mois d’octobre, finissant second à un nez. Mais il est mort d’une crise cardiaque un matin, au bord de la piste. C’était un petit cheval très bien fait. Lors des premières visites qu’il a reçues, on nous a dit : « Tiens, il n’est pas très grand. » Mais au fur et à mesure des visites, on nous a dit : « Il est chic, ce petit cheval, il est bien ! » Il n’y avait plus le même regard sur lui !

Il y a aussi eu Lawman (Invincible Spirit) bien sûr, même s’il n’a jamais été impressionnant. C’était un cheval tout à fait ordinaire yearling, un poulain du mois de mai venu un peu sur le tard. J’ai beaucoup aimé sa sœur Latice (Inchinor). C’était une pouliche plutôt légère, avec beaucoup de caractère. Mais plus elle travaillait, plus on s’occupait d’elle, plus elle était attentive, sérieuse et attachante. C’était une pouliche intéressante !

Tous les ans, il y en a toujours quelques-uns que l’on voit d’un œil protecteur, même s’ils ne font pas systématiquement parler d’eux par la suite.

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

Je suis assez serein de nature. On ressent plus la pression pendant la préparation, lorsque l’on se dit : « Tiens, celui-ci évolue bien, celui-ci évolue mal. » Mais les visites, les rendez-vous, cela ne me met pas plus la pression que cela. Les dés sont jetés, on a fait notre travail et on a l’impression d’avoir fait le meilleur.

Lorsque les enchères montent beaucoup, oui, on a une pression, mais une bonne pression ! (rires)

En cette année électorale, quelle est selon vous la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

Il y aurait tellement de choses à dire… Il faut des joueurs, des turfistes, il faut remplir les hippodromes. Ce qui me paraît bien, c’est cet esprit festif, où l’on ne regarde pas seulement les chevaux courir. Il y a des attractions, un concert, une fête foraine, des poneys pour les enfants, un pique-nique… Il faut faire venir du monde. Il faut que cela fasse partie de notre culture, même si nous en sommes encore loin. C’est par là qu’il faut commencer pour améliorer la situation. On a beau prendre des mesures, s’il n’y a personne pour jouer aux courses et pour assister au spectacle, cela ne servira à rien.

Il faut populariser notre sport. C’est bien que certains entraîneurs, comme Criquette à l’époque, donnent des interviews au plus grand nombre. On a envie de les écouter, de les voir, de s’intéresser. C’est formidable. Tous les acteurs doivent participer à cela. Les portes ouvertes des haras, avant la saison de monte, c’est très bien et c’est le genre de choses qu’il faut développer.

Les paris sont extrêmement compliqués, on n’y comprend rien ! Je ne joue pratiquement jamais, mais quand vous voyez la multitude de choix pour jouer sur un cheval, c’est trop compliqué : il faut simplifier cela.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot

Sexe

Père

Mère

17

F.

Fastnet Rock

Sounaya

29

F.

Le Havre

Top Toss

55

F.

Dark Angel

Baine

82

M.

Le Havre

Elide

112

M.

The Gurkha

Larceny

174

F.

Shalaa

Serisette

291

F.

Bated Breath

Larose


La course d’une vie.
Nous avons demandé aux éleveurs de nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs. Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez ici

HARAS DE LA LOUVIÈRE

61380 MAHERU