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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Pourquoi les étrangers réussissent-ils aussi bien dans nos Groupes ?

Magazine / 16.08.2019

Pourquoi les étrangers réussissent-ils aussi bien dans nos Groupes ?

Ce dimanche à Deauville, c’est un irlandais qui a remporté le Prix Jacques Le Marois. Cela porte à sept le nombre de Grs1 remportés par des étrangers en France, sur les 13 jusqu’alors disputés. Le manque de compétitivité de l’entraînement tricolore est au cœur de toutes les conversations… On accuse tour à tour le programme, les professionnels français… À tort ?

Par Adrien Cugnasse

Raison 1 : les finances

On peut acheter un cheval de Groupe à n’importe quel prix. Mais nul ne contestera le fait qu’on trouve plus de chevaux d’élite parmi les yearlings à cinq chiffres que chez ceux acquis 5.000 €. La différence de pouvoir d’achat entre les casaques installées de chaque côté de la Manche est très nette. Il est d’ailleurs intéressant de comparer la meilleure vente française avec son équivalent anglais. Lors de la vacation d’août de l’agence Arqana, 11 yearlings ont dépassé les 500.000 € et la moyenne sur les trois jours était de 159.939 €. En 2018, lors du book 1 de Tattersalls, 66 lots ont atteint ou dépassé la barre des 500.000 €. La moyenne était de 271.691 Gns soit approximativement 293.487 €.

Compte tenu du fait qu’une bonne partie de ces yearlings vendus à Newmarket restent à l’entraînement en Irlande ou en Angleterre, où huit des dix yearlings les plus chers de Deauville les ont rejoints, on mesure assez facilement le fossé entre la valeur des jeunes chevaux à l’entraînement en France et ceux qui le sont outre-Manche.

Raison 2 : la force de frappe

En 2018, 11.567 chevaux entraînés en Grande-Bretagne ont couru en plat, dont 1.319 avec un rating supérieur ou égal à une valeur française de 42. Soit 11,4 % de la population. Ce chiffre ne tient pas compte des chevaux entraînés en Irlande. Sur la même période, en France, environ 6.249 chevaux entraînés dans l’Hexagone ont couru en plat, dont 558 avec une valeur supérieure ou égale à 42. Soit 8,9 %. Si la proportion est comparable avec celle d’outre-Manche, la quantité de « bons », elle, n’a donc rien à voir. Même si les handicapeurs britanniques font parfois preuve d’une certaine générosité, il est en effet frappant de constater que le nombre de chevaux ayant une valeur correspondant à celle d’un black type est plus de deux fois supérieure – 2,36 pour être précis – en Grande-Bretagne qu’en France. Une force de frappe bien supérieure par conséquent…

Raison 3 : les opportunités

Le fait d’avoir deux fois plus de chevaux pouvant prétendre à du caractère gras outre-Manche ne veut pas dire pour autant que ces derniers ont deux fois plus d’opportunités au niveau black type dans leur pays d’entraînement. À titre d’exemple, si on se concentre sur les Groupes, le programme français proposait 115 épreuves de ce niveau en plat lors de la saison 2017. Cette même année, la Grande-Bretagne en avait 152, soit 1,3 fois plus. Avec 2,36 fois plus de candidats au black type, l’Angleterre est donc contrainte d’envoyer ses troupes à l’étranger pour aller décrocher du caractère gras et des allocations… Qui plus est bien plus élevées en France !

Raison 4 : les exportations

Ce samedi, aux États-Unis, Sistercharlie (Myboycharlie) a remporté avec brio le sixième Gr1 de sa carrière. Lors de la même réunion, Uni (More than Ready) et Raging Bull (Dark Angel), deux autres chevaux ayant débuté leur carrière en France, sont montés sur le podium au niveau Gr1. On peut penser que ces trois sujets, s’ils étaient restés à l’entraînement dans l’Hexagone, auraient certainement remporté des succès au niveau Groupe sur le Vieux Continent. Et vraisemblablement même au niveau Gr1 pour Sistercharlie. Si on se concentre sur les Grs1 américains, on trouve d’autres ex-français de haute valeur qui ont été capables de monter sur le podium à ce niveau en 2019 : c’est le cas d’Homérique (Exchange Rate), qui était déjà compétitive parmi l’élite avant de traverser l’Atlantique, mais également de Rymska (Le Havre) ou encore de Rockemperor (Holy Roman Emperor)… Les Français sont bien souvent vendeurs de leurs meilleurs éléments, ce qui est moins le cas outre-Manche. Question de culture…

Dans le même temps, une bonne partie des produits de l’élevage français les plus performants au niveau Gr1 cette année sont entraînés outre-Manche. C’est le cas de Magic Wand (Galileo), Lord Glitters (Whipper), Laurens (Siyouni), Danceteria (Redoute’s Choice), Fleeting (Zoffany)…

Une situation à nuancer

Si l’on élargit le spectre à l’ensemble des épreuves courues sur notre territoire, les chevaux français ne sont pas sous-performants. Par exemple, en 2018, dans les réunions premium, les chevaux entraînés à l’étranger représentaient 10,43 % des participants. Et ils ont gagné 10,62 % de ces courses. En 2017, les réunions françaises comptaient 9,97 % de participation étrangère pour 9,27 % de victoires. Les plus cocardiers des membres de notre filière regrettent forcément que la France exporte autant de yearlings et de chevaux à l’entraînement. Mais, avec la bonne tenue de nos allocations, ces ventes garantissent un certain niveau de vie aux professionnels de notre filière. Et si l’on veut être tout à fait objectif, il faut aussi accepter de voir ce qu’il se cache derrière la victoire de Romanised (Holy Roman Emperor) dans le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois (Gr1). Beaucoup de jeunes Irlandais sont contraints – au moment de s’installer en tant qu’entraîneurs – de quitter leur pays, aux allocations faibles et où la pression des grandes casaques est bien plus forte que chez nous. D’autres encore, et pour les mêmes raisons, se réorientent vers la préparation des chevaux pour le marché des breeze up.