QATAR NASSAU STAKES (GR1) - Deirdre, le Japon et l’audace

International / 01.08.2019

QATAR NASSAU STAKES (GR1) - Deirdre, le Japon et l’audace

GOODWOOD (GB), JEUDI

Il fallait de l’audace et le sens du défi pour amener Deirdre (Harbinger) en Europe… La pouliche aurait pu, après sa tentative dans la Dubai Turf (Gr1) et dans la Queen Elizabeth II Cup (Gr1) repartir au Japon fissa pour poursuivre et probablement finir sa carrière de course avant de rentrer au haras. Mais, après Hongkong, son entourage a fait le choix d’aller en Europe : d’abord pour Royal Ascot et les Prince of Wales’s Stakes (Gr1), puis pour ses Qatar Nassau Stakes (Gr1)… Et certainement pour d’autres courses d’ici à la fin de l’année. Là est l’audace : Deirdre, si elle venait à rentrer au Japon, est sortie depuis trop longtemps de son pays et serait condamnée à une très longue quarantaine. Plutôt que de chercher la facilité – relative, étant donné le niveau des courses au Japon – à domicile avec des allocations pharamineuses à la clé, l’entourage de Deirdre a choisi de tenter sa chance dans les courses anglaises, différentes des épreuves japonaises, sur des tracés d’hippodrome que la jument ne connaît absolument pas. Et l’audace a payé.

Dure. Deirdre s’est imposée en pouliche dure, ce qu’elle est. À l’entrée de la ligne droite, elle n’avait pas une tête de gagnante, étant actionnée et ayant pas mal de chemin à refaire sur Mehdaayih (Frankel). Mais Oisin Murphy a laissé toutes ses chances à sa pouliche qui, calée le long du rail, a refait mètre par mètre pour s’imposer d’une longueur un quart devant Mehdaayih, laquelle a mené avec rythme, faisant parler la tenue. Mehdaayih, jeune 3ans, a certainement péché par manque d’expérience, après avoir dû porter le poids de la course. Rawdaa (Teofilo) est troisième à une longueur un quart. Channel (Nathaniel), gagnante du Prix de Diane (Gr1), est septième. Elle s’est retrouvée bloquée à l’entrée de la ligne droite mais n’a pas eu le gaz pour réagir lorsqu’elle a eu le passage. Hermosa (Galileo), en eau avant la course et brillante, est dernière à trente-huit longueurs de l’avant-dernière. La pouliche a dû avoir un problème.

Sans la confiance des bookies. Les bookmakers n’ont pas vraiment fait confiance à Deirdre, peut-être suite à sa sixième place en terrain défoncé dans les Prince of Wales’s Stakes (Gr1). Elle était proposée aux environ de 20/1, et même parfois plus de 30/1. Pourtant, ce n’est pas n’importe qui ! D’ailleurs, avec son 113, elle possédait le deuxième meilleur rating de la course. Deirdre n’est jamais meilleure que sur 2.000m. Compétitive face aux mâles, elle trouvait une tâche totalement à sa portée face aux seules femelles, même s’il fallait s’adapter au tracé. En début d’année, Deirdre avait bien couru dans le Dubai Turf d’Almond Eye (Lord Kanaloa), se classant quatrième. L’an dernier, elle avait conclu sa saison sur une deuxième place dans la Hong Kong Cup (Gr1). Deirdre est gagnante de Gr1 au Japon : le Shuka Sho, troisième étape de la Triple couronne des Pouliches, au mois d’octobre de ses 3ans.

Racing manager de Toji Morita, Seiko Hashida Yoshimura a dit : « C’était un grand défi. Nous avons vu à Royal Ascot qu’elle avait donné tout ce qu’elle pouvait, malgré la pluie. Nous espérions juste qu’elle montre le meilleur d’elle-même et c'est aujourd’hui qu’elle a pu y parvenir, sous ce magnifique soleil. Tout était parfait. Nous croyions toujours en elle mais il y avait de l’opposition. Nous sommes très chanceux et de nombreuses personnes nous ont soutenus. Nous n’étions pas certains qu’elle apprécie le tracé, avec toutes ces ondulations. Je ne sais pas où elle va courir, nous allons en discuter. »

Deirdre, entraînée par Mitsuru Hashida, était pilotée par Oisin Murphy. Le jockey était en selle sur Cheval Grand (Heart’s Cry) dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) il y a quelques jours. Il a gagné la confiance des japonais après avoir passé un hiver extrêmement fructueux au Japon il y a quelques mois : « C’est aussi pour monter des chevaux comme cela que l’on se déplace », avait-il dit.

Le jockey a donné son sentiment sur la performance de Deirdre : « Je suis juste heureux que les japonais aient amené un cheval ici et qu’il gagne. C’est fantastique pour elle de remporter un Gr1 ici. Elle est déjà gagnante de Gr1 au Japon mais c’est génial de la voir gagner à ce niveau en Angleterre. Je ne peux pas dire à quel point je suis heureux pour tout son entourage. Physiquement, c’est une reine : elle est imposante, très masculine. »

Après Agnes World. Deirdre est le second cheval entraîné au Japon à remporter un Gr1 en Angleterre et le premier cheval élevé au Japon à y remporter un Gr1. Le précédent était Agnès World (Danzig), américain d’origine, qui avait remporté la July Cup et pris la deuxième place des King’s Stand Stakes (Grs1).

Mehdaayih vers le Prix de l’Opéra. Gagnante du Prix de Malleret (Gr2), Mehdaayih ne démérite pas. John Gosden, son entraîneur, a dit : « On a eu l’impression que Frankie l’avait fait mais la pouliche s’est retrouvée longtemps en tête, un peu isolée. Une bonne pouliche est venue le long du rail et est allée la chercher. Elle n’avait jamais couru en tête de sa vie, donc c’est une très bonne performance. Nous devrions lui redonner de la fraîcheur et aller vers le Prix de l’Opéra. »

De l’Angleterre dans son pedigree. Deirdre, élevée par Nothern Farm, avait été achetée 170.000 $ yearling, à la vente de la J.R.H.A. Elle était rentrée dans l’histoire des courses japonaises en offrant, grâce à son succès dans le Shuka Sho, un premier Gr1 à son père, Harbinger (Dansili). Harbinger, qui avait survolé une édition des King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) à Ascot pour l’entraînement de Sir Michael Stoute.

La mère de Deirdre n’a jamais gagné. Elle est la sœur de bons éléments au Japon, comme Renforcer (Symboli Kris S), gagnant de Gr3, ou Northern River (Agnes Tachyon), lauréat de Gr3. Elle est aussi la tante de Logi Universe (Neo Universe), qui avait remporté un Derby japonais (L, à l’époque).

On retrouve de l’Angleterre via la troisième mère : Sonic Lady (Nureyev) qui, pour la casaque du cheikh Mohammed Al Maktoum, a remporté les Sussex Stakes à Goodwood, ainsi que les 1.000 Guinées d’Irlande et le Prix du Moulin de Longchamp (Grs1). Comme Harbinger, elle était entraînée par Sir Michael Stoute.