Quand Ribot était engagé dans un handicap…

International / 29.08.2019

Quand Ribot était engagé dans un handicap…

Par Franco Raimondi

Dimanche 21 août 1955. Le crack Ribot (Tenerani), alors âgé de 3ans, aurait pu effectuer sa rentrée dans le Gran Premio Citta di Varese, un handicap qui était l’événement du joli hippodrome de Le Bettole, au pied des Préalpes, à 60 km de Milan. Ce document est le fruit d’un travail de recherche très passionné d’Antonio Rossi, le directeur technique de Le Bettole, qui a trouvé dans un vieux bulletin les poids officiels de la course qui offrait une allocation de cinq millions de lires (autour de 150.000 € d’aujourd’hui), une petite fortune car la course plus riche d’Italie, le Gran Premio di Milano, était à vingt millions.

Le top weight à Botticelli. Le colonel Berendson, handicapeur officiel du Jockey Club italien, avait assigné 61 kilos à Ribot, c’est-à-dire un de plus qu’à Altrek (Antonio Canale), le lauréat du Derby Italiano. Ce n’était pas un cadeau car Ribot, qui n’était pas engagé dans le Derby, avait couru deux fois avant le classique, se faisant mal dans le Premio Emanuele Filiberto gagné par dix longueurs. Il avait toussé ensuite. Le futur crack avait fait sa rentrée le 16 juillet, cinq jours avant la publication des poids. Le top weight de la course était un certain Botticelli (Blue Peter), 4ans, qui après avoir dominé sa génération l’année précédente, avait remporté un succès historique dans la Gold Cup à Royal Ascot. Il avait 68 kilos mais il faut considérer que la différence entre les 4ans et les 3ans à ce stade de la saison était de 4,5 kilos.

Un lot plein de chevaux classiques. Donc en valeur pure, il y avait deux kilos et demi entre Botticelli et son plus jeune coéquipier. Oise (Verso II), qui avait battu Botticelli dans le Gran Premio di Milano, avait 63,5 kilos, et Alberigo (Traghetto), lauréat du Premio Presidente della Repubblica, était à 62,5. La pouliche de 3ans Theodorica (Owen Tudor), qui avait gagné les Oaks d’Italia, était très estimée avec 59 kilos. On ne sait pas si le marquis Mario Incisa Della Rocchetta et son bras droit et futur entraîneur Vittorio Ugo Penco ont pensé sérieusement à courir Botticelli et Ribot dans le Citta di Varese. C’est très douteux car Ribot a effectué sa rentrée le 9 septembre à Milan, en laissant à dix longueurs un autre produit de la Razza Dormello Olgiata, Derain (Tenerani). Avant de partir pour Longchamp le crack avait battu de quatre grandes longueurs et même fait saigner Botticelli. Le reste de l’histoire est connu…

Le handicapeur avait raison… Que s’est-il passé ce 21 août dans le Citta di Varese ? Le colonel Berendson fut l’objet d’une contestation venant de bien des propriétaires et entraîneurs. Il avait, d’après eux, assigné un poids cadeau à Derain qui est parti largement favori avec ses 53 kilos dans un lot de sept partants. Comme c’est souvent le cas, le handicapeur avait raison et tout à la fin, Fuscaldo (Orsenigo), un 4ans sur la montante, est venu battre d’une demi-longueur Derain pour la casaque noire, ceinture et toque blanque de la Scuderia Gibi. L’année précédente, son propriétaire l’avait acheté lors d’une vente publique chez l’une des autres grandes maisons du galop italien, la Razza Ticino, qui a gagné le Prix de l’Arc de Triomphe avec Molvedo (Ribot). Le marquis Mario Incisa, après la course, avait déclaré à Alberto Giubilo, envoyé spécial du quotidien romain Il Tempo : « J’aimerais bien courir les Champion Stakes avec Botticelli. Un cheval capable de gagner sur 2.000m après avoir remporté la Gold Cup, peut trouver sur le marché international la considération que méritent les cracks. » Et Ribot ? Le grand éleveur avait tout juste ajouté que l’Arc de Triomphe était une possibilité.

Pour terminer l’histoire… Botticelli a dû renoncer aux Champions Stakes mais il est devenu un étalon de bon niveau, et Ribot une légende. Quid de Derain, le favori battu du Citta di Varese ? Quelques jours après avoir accompagné Ribot dans sa course de rentrée, il a été vendu à la Scuderia Gibi de la famille Barberi qui avait investi, peut-être, une partie de l’allocation décrochée par Fuscaldo. Une très bonne affaire car sans Ribot sur son chemin, il a gagné le St Leger Italiano… La même casaque de Derain, avec la nouvelle dénomination Esageruma Nein ("il ne faut pas exagérer" en argot), a trois chevaux à l’entraînement chez Alessandro Botti… Merci Antonio Rossi pour la belle histoire et amuse-toi bien samedi avec un Gran Premio Citta di Varese, sans Ribot, mais avec douze partants.