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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TOUR DES HARAS - Antoinette Tamagni et Patrick Chedeville : « La vente d’Arqana a engendré beaucoup de succès »

Élevage / 16.08.2019

TOUR DES HARAS - Antoinette Tamagni et Patrick Chedeville : « La vente d’Arqana a engendré beaucoup de succès »

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Trente et unième épisode : Antoinette Tamagni, du haras de Saint-Julien, et Patrick Chedeville, du haras du Petit Tellier.

Jour de Galop. - Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ?

Antoinette Tamagni. - Je présente deux mâles que j’aime beaucoup. J’ai préféré présenter des chevaux dans des ventes qui ont lieu plus tard pour qu’ils aient plus de temps.

Patrick Chedeville. - Ce n’est pas un gros consignment. C’est court mais intensif ! Du "concentré" Petit Tellier en quelque sorte !

Avez-vous un coup de cœur ?

A.T. - Je n’ai pas de coup de cœur. J’ai deux mâles, équivalents et très beaux, que j’aime beaucoup.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

A.T.- Je trouve que la vente d’Arqana a engendré beaucoup de succès. Il y a énormément de chevaux de course qui sont sortis de cette vacation et là, on ne parle que des vendus. Si nous ajoutons aussi ceux qui ont été rachetés, les résultats sont très, très bons.

P.C.- À première vue, je dirais qu’Arqana aurait tendance à copier un peu ce que les Américains ont fait avec Saratoga en juillet. Le problème est que nous sommes limités dans le temps pour de nombreuses raisons. Aux États-Unis, la sélection est si serrée qu’elle a tué la vente. Il y a des extrêmes qui peuvent être dangereux. L’hyper-sélection tue la sélection. Nous n’en sommes pas encore là, mais c’est mon observation des dernières années.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

A.T.– Il s’agit de la première vente en Europe et les personnes veulent toujours s’y rendre. Il y a aussi un côté festif, les familles peuvent aller à la plage, aller dans de bons restaurants. Je crois que c’est ça aussi qui fait le charme de Deauville. C’est un peu à part.

P.C.- La vente d’août a toujours été sélective. Sa particularité repose aussi sur le fait qu’elle se déroule à Deauville ! Pour les Irlandais, ne pas aller à Deauville est une punition. Ce sont eux les principaux acheteurs, comme le marché domestique a toujours été en demi-teinte, et Deauville y est pour beaucoup. Une partie des ventes se déroulent entre 23 h et plus au Drakkar par exemple (rires). C’est toute une ambiance.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

A.T. - C’est important d’avoir un bon marcheur, un bon modèle, un étalon en vogue et si la mère a gagné au niveau Groupe, c’est parfait ! Pour Deauville, il faut déjà un cheval qui fasse "course". Selon moi, le père joue un trop grand rôle et on ne regarde pas assez le cheval en lui-même, ni suffisamment la mère.

P.C.- C’est celui qui convient ! Celui qui plaît à l’acheteur. Le bouche-à-oreille va très vite à Deauville. Ce n’est pas forcément ce cheval qui fera le record. Mais on peut être à peu près sûr que, si les radios se passent bien, le cheval se vendra cher.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

A.T.- La famille d’Hasili (Kahyasi) me fait rêver. J’aimais beaucoup Banks Hill (Danehill), que j’ai suivie depuis ses débuts. Quand je vois un cheval de cette famille dans un catalogue, j’essaye de l’acheter. Banks Hill et Zafonic (Gone West), ce sont les deux chevaux dont j’ai encore en mémoire les débuts. Ensuite, il faut créer ses propres souches, c’est pour cela que l’on garde les juments gagnantes de Groupe.

P.C.- À une époque, on pensait à l’élevage Boussac, puis il y a eu l’Aga Khan, Dupré, Rothschild… Les éleveurs achetaient peut-être du vin chez Rothschild, mais aussi des poulinières (rires) ! Aujourd’hui, la référence, c’est évidemment Khalid Abdullah et toujours l’Aga Khan.

Quel est le jeune étalon (premiers yearlings) en qui vous croyez le plus ?

A.T.- Je ne peux pas répondre à cette question car je n’ai pas vu de foals ou de yearlings de ces nouveaux étalons. En octobre, novembre et décembre, lorsque je verrai des produits, je pourrai me faire une idée plus précise.

P.C.- Moi non plus, je n’ai aucune idée précise à ce sujet. Il faut attendre la première vente, à Deauville, pour en savoir un peu plus. Lorsque l’on est dans les haras durant l’hiver, à faire des poulinages, on a peu de temps pour aller voir tel ou tel étalon.

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

A.T.- Ce sont deux pouliches. La première, c’est Moonlight Paradise (Irish River), qui a fini deuxième des Cheveley Park Stakes (Gr1), et l’autre, c’est Watch Me (Olympic Glory).

P.C.- Cela remonte à un petit moment maintenant, mais il s’agit de Man River (Elusive City). Il a débuté en gagnant à Maisons-Laffitte, mais il a eu ensuite un souci de santé et il n’est jamais revenu à son meilleur niveau. Man River m’a marqué car il est passé en vente à une époque où je marchais encore les yearlings avec mon équipe. Il m’avait impressionné par son aspect physique car il était très athlétique, éclaté, et l’on voyait qu’il s’appliquait dans son travail. Il m’a marqué. Selon moi, il était presque le cheval idéal, au moins sur le plan du modèle. Un autre poulain m’avait impressionné, par son aspect académique. C’est le frère de Vespone (Llandaff), Purple Moon (Galileo).

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

A.T.- Je fais des dîners sympathiques avec ma famille et mes meilleurs amis pour éviter de trop penser à la vente car il y a beaucoup de pression avant que le poulain arrive sur le ring.

P.C.- Je n’ai pas la pression. Malheureusement, le secret pour la gérer, c’est le temps ! Quand on est plus jeune, on la prend de plein fouet parce que l’on veut bien faire. On manque d’expérience peut être. Aujourd’hui, il y a des impératifs, des choses pour lesquelles on ne peut rien faire. Vous allez aux ventes et c’est indépendant de votre volonté.

En cette année électorale, quelle est selon vous la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

A.T.– Pour que les gens viennent aux courses, il est important de créer des évènements réguliers comme cela a été fait avec les Jeuxdi de ParisLongchamp. Il faut peut-être faire également des mini-meetings, mais pas des réunions dont les horaires varient radicalement d’un rendez-vous à l’autre. Le public s’y perd et l’intérêt porté aux courses n’est plus le même après. L’important, c’est la régularité ! L’autre chose est de faciliter l’agrément des nouveaux propriétaire.

P.C.- Pour les courses, il y a tout à faire et ils passent leur temps à tout changer, jusqu’à changer le nom des courses classiques. Je pense qu’agir ainsi n’apporte pas grand-chose. Il faudrait que France Galop fasse un effort supplémentaire dans la manière d’accueillir les étrangers et les propriétaires qui ont gagné. Il faudrait marquer d’une manière plus chaleureuse, même sensuelle, la victoire. Pour m’être rendu à Ascot, je peux vous dire que nous sommes loin derrière.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot

Sexe

Père

Mère

203

M.

Wootton Bassett

Val d’Hiver

264

F.

Olympic Glory

Fragrancia

292

M.

Olympic Glory

Libbard

LES YEARLINGS DE LA V.2

Lot

Sexe

Père

Mère

341

F.

Elvstroem

Shicky Micky

346

F.

Dabirsim

Snow Valley

399

F.

Sepoy

Crystals Sky

421

F.

Dabirsim

Gracieuse

484

F.

Elvstroem

Romantic Dreams

La course d’une vie. Nous avons demandé aux éleveurs de nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs.

Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez ici

HARAS DU PETIT TELLIER

61200 SEVIGNY