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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TOUR DES HARAS - Benoît Jeffroy : « Je ne crois pas aux souches, mais aux étalons »

Élevage / 12.08.2019

TOUR DES HARAS - Benoît Jeffroy : « Je ne crois pas aux souches, mais aux étalons »

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Dix-neuvième épisode : Benoît Jeffroy, du haras de Castillon.

Jour de Galop. - Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ?

Benoît Jeffroy. - Dans l’ensemble, j’ai plutôt un lot correct, avec de belles pouliches pour la partie 1 et pour la v.2. Des chevaux qui devraient plaire physiquement. Tous nos lots sont nés et élevés soit à Castillon soit aux Prairies.

Avez-vous un coup de cœur ?

Oui, j’aime beaucoup un poulain qui s’appelle Cordouan, un fils de Shalaa (Invincible Spirit). C’est le premier produit de la mère, Piler Lann (Le Havre), que l’on avait achetée à Arqana. C’est la sœur de Pleuven (Turtle Bowl), qui a gagné les Wise Dan Stakes (Gr2) et le Prix Roland de Chambure (L). Nous ne l’avions pas payée très cher, autour de 15.000 €. C’est une jument que l’on aime beaucoup et c’est la première sur laquelle nous sommes associés, avec la famille de mon épouse, Annabelle. Son premier produit est vraiment très beau. On l’a appelé Cordouan car il est magnifique comme le phare. On passe toujours nos vacances d’été près de Royan chez eux, et on s’était dit que, lorsque l’on aurait un beau cheval, on l’appellerait comme ça.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

Tous les ans, pour celui qui arrive avec un beau yearling et qui a le père à la mode, cela va tout seul. En revanche, le bas et le milieu de gamme souffrent un peu plus.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

Déjà, c’est une vente d’été et forcément c’est plus compliqué de préparer les yearlings avec les chaleurs que l’on a connues. Et puis les poulains sont parfois encore un peu immatures. Comme à Saratoga, l’ambiance est plus relax. On a le temps de voir les chevaux, l’atmosphère est plus festive que dans la plupart des autres ventes.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

C’est celui qui plaît à deux acheteurs ! Vraiment ! (rires). C’est l’idéal pour faire monter les enchères.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

Aucune. Je ne crois pas aux souches. Je crois davantage aux étalons – peut-être à cause de ma casquette d’étalonnier à Bouquetot – car lorsque l’on regarde les résultats de tous les Grs1 des lignées maternelles à travers le monde, il y en a des trentaines ou des quarantaines. Tous les ans, il y a différentes souches qui sortent mais, ce qui ressort le plus, c’est que c’est souvent par les mêmes étalons. Si on dit qu’une famille s’éteint ou qu’une famille s’éveille, c’est parce que l’étalon a apporté cette petite étincelle. Quand on regarde Ten Sovereigns (No Nay Never), il n’a pas une souche extraordinaire. Idem pour Sottsass (Siyouni). Et il y en a beaucoup d’autres. C’est pourquoi je crois davantage aux pères ou aux pères de mères. Quand j’achète une jument, je regarde plutôt son père. Et puis, à notre niveau de petit éleveur, on ne peut investir sur des juments qui ont performé à haut niveau, elles sont beaucoup trop chères. Encore une fois, les mères de Channel (Nathaniel), Advertise (Showcasing) ou Sottsass ne sont pas des championnes, sauf qu’elles sont par des bons pères de mères. Une souche maternelle, on peut beaucoup la transformer, en bien ou en mal, avec les croisements. Lors d’une vente, on regarde trois critères : le physique d’abord, après le père et ensuite la souche. Et le prix fluctue en fonction de ces trois critères-là. Mais les vrais critères, pour moi, sont le physique et le père.

Quel est le jeune étalon (premiers yearlings) en qui vous croyez le plus ?

Pour moi, c’est Shalaa. Il a produit de superbes poulains, qualiteux. Et c’est quand même le meilleur 2ans par Invincible spirit (Green Desert), qui est en train de devenir un très bon père de pères aussi, avec Kingman, Cable Bay, etc.

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

Pour nous, c’est très récent. Mais il y en a un qui m’avait énormément plu, c’est une pouliche que l’on a présentée lors de notre première vente, en novembre 2015, Miss Melbourne (Kentucky Dynamite). Elle était magnifique avec beaucoup de profondeur. Elle appartenait à mon père et c’est Antoine de Watrigant qui l’a achetée pour 15.000 €. Elle avait l’attitude, le physique, et elle a gagné une Listed. Lors de cette vente de novembre 2015, tous les chevaux que nous avons vendus sont devenus gagnants, dont Magic Saint, lauréat du Finot, et nous avions démarré fort en faisant le top price…

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

Je ne me mets pas la pression, même si ce sont des échéances importantes. Quand on a mis tous les atouts de son côté pour y arriver, que le travail est bien fait en amont, avec une bonne équipe autour, normalement ça va. Après, ça ne dépend plus de nous. Il faut éviter de penser au pire.

En cette année électorale, quelle est selon vous la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

L’équilibre des comptes, réduire les déficits. Pendant les vacances, j’ai lu le rapport Arthuis. À partir de la page 80, il y a de bonnes recommandations. Selon moi, il faut assainir dans un premier temps les comptes, restructurer la filière et puis trouver une vision à long terme, disons sur dix ans. Chacun de nous doit faire des efforts également. Le plus important est de regagner en popularité auprès des parieurs et des propriétaires. D’une certaine manière, il faut redynamiser l’image des courses. Ce que fait Cyril Linette va dans le bon sens.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot

Sexe

Père

Mère

31

F.

Shalaa

Tropical Mark

40

F.

Shalaa

Al Nofor

189

F.

Shalaa

Space Quest

226

M.

Siyouni

Awe Struck

269

F.

Toronado

Haddajah

276

M.

Mehmas

Hortensia

321

M.

Shalaa

Piler Lann

337

F.

Sea the Stars

Runner Runner

LES YEARLINGS DE LA V.2

Lot

Sexe

Père

Mère

369

F.

Mehmas

Ysandre

413

M.

The Wow Signal

Feelin Foxy

427

M.

Toronado

Hathfa

441

F.

Olympic Glory

Lamorlaye

La course d’une vie. Nous avons demandé aux éleveurs nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs. Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez sur https://www.facebook.com/jourdegalop/videos/2449096318747267/)

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