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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TOUR DES HARAS - Haras d’Étreham -  Nicolas de Chambure : « Il va falloir reconquérir les acheteurs français »

Élevage / 14.08.2019

TOUR DES HARAS - Haras d’Étreham - Nicolas de Chambure : « Il va falloir reconquérir les acheteurs français »

Haras d’Étreham.

14400 Étreham

TOUR DES HARAS

Nicolas de Chambure : « Il va falloir reconquérir les acheteurs français »

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Vingt-septième épisode : Nicolas de Chambure du haras d’Étreham.

Jour de Galop. - Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ? 

Nicolas de Chambure. - Je suis plutôt content de notre lot. Les yearlings que nous avons sélectionnés correspondent bien aux critères de cette vente. Nous proposons 80 % de chevaux nés et élevés au haras et 20 %, soit 5 yearlings, qui viennent de l’extérieur. Ils appartiennent à des clients de longue date. Nous avons un bon mélange d’étalons, qu’ils soient français ou étrangers. Nous présentons de beaux yearlings par nos étalons, Wootton Bassett (Iffraaj) et Scissor Kick (Redoute’s Choice). Nous avons aussi le premier produit de Steip Amach (Galileo), une jument que nous avions achetée à Jim Bolger en course et qui nous a fait vivre de belles émotions lors de ces Grs1 deauvillais sous l’entraînement de David Smaga. Nous avons un Wootton Basset par une jument que nous avaient achetée Louis Le Métayer et Nicolas Lefèvre en Australie et qui a un profil qui se démarque. Nous disposons aussi de yearlings issus de familles plus traditionnelles...

Avez-vous un coup de cœur ?

Il y a un yearling que j’aime beaucoup, notamment pour des raisons un peu sentimentales. C’est un fils de Wootton Bassett présenté à la v.2 et qui est élevé par Maurice Lagasse, un client, un ami et un associé du haras depuis très longtemps. C’est le résultat d’un croisement qui lui a déjà beaucoup réussi, avec un inbreeding sur Mr Prospector (Raise a Native). C’est un très joli poulain. Sa mère s’appelle Viva Espagna (Elusive City) et du fait de mon accointance avec l’Espagne, cela ne me laisse évidemment pas indifférent !

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

À part tout ce qui a déjà été dit dans vos colonnes, je pense que sur les ventes en général, et sans doute encore plus pour les yearlings, le marché s’est énormément professionnalisé.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

Aujourd’hui, la vente est davantage prisée par les courtiers et les entraîneurs. Cela se ressent dans les process d’achats. C’est devenu moins intuitif. Pour nous, éleveurs, cela demande d’être plus rigoureux dans nos sélections. Si notre but est de passer par la case vente, il faut essayer d’amener des yearlings qui ont le bon profil. Je trouve aussi que l’amélioration de la qualité de la vente d’octobre et la réduction de l’offre à la vente d’août ont rendu cette dernière encore plus dépendante du marché international. On sent que les acheteurs français sont moins présents et attendent davantage la vente d’octobre. Il va falloir les reconquérir !

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

Je l’ai lu et j’ai trouvé que cela résumait assez bien la chose : c’est un yearling qui fait rêver. Comme c’est assez tôt dans l’année, les gens ont généralement des ordres assez réduits. Peu importe le budget, il faut un cheval qui donne vraiment envie de l’acheter. Avant, les critères étaient plus larges et moins rationnels, mais aujourd’hui, il faut avoir un étalon à la mode, une jeune jument. Les acheteurs ont besoin de vraies garanties. Il suffit de voir actuellement le marché à l’entraînement, les gens ont tendance à attendre que les chevaux aient performé à un certain niveau avant de pouvoir les acheter.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

Évidemment, celle d’Allegretta (Lombard), qui a été au haras jusqu’à la fin de sa vie. De cette famille, nous avons acheté en décembre une fille de Teofilo (Galileo) et Altruiste (Diesis) en association avec Maurice Lagasse, Chryss O’Reilly et mon oncle Marc. J’aime aussi beaucoup la famille de Maximova (Green Dancer), qui courait sous les couleurs d’Étreham et qui a gagné le Prix de la Salamandre. Elle a été développée par mon grand-père et mon oncle. Nous essayons de racheter des branches de cette famille, dont beaucoup sont aux États-Unis. Plus récemment, mon oncle avait acheté Sefroua (Kingmambo), une fille de Sophisticat (Storm Cat). J’aime ce genre de familles qui se sont développées entre les États-Unis et l’Europe.

Qui est le jeune étalon en qui vous croyez le plus ?

Bien entendu, je vais en citer un de la maison (rires) ! Scissor Kick a ses premiers yearlings cette année. Il fait des chevaux avec de l’os, de la substance et qui ont pas mal de maturité. Est-ce que c’est un gage de précocité ? Peut-être. En tout cas, c’est un cheval qui a un formidable pedigree, c’est la famille toute proche de Dansili (Danehill), la meilleure famille Juddmonte. Il est par un père de père assez extraordinaire et était lui-même un vrai cheval de Groupe 1. J’espère que les gens vont se laisser tenter par ses yearlings, car j’ai vu de très bons lots dans différents haras.

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

Il s’agit de Suphala, une fille de Frankel et de Sefroua, entraînée par André Fabre. Nous l’avons vendue il y a deux ans. Dès qu’elle est née, Ludivine Marchand a dit qu’elle serait une bonne pouliche, elle en était persuadée. Ses récents résultats l’ont confirmé. Nous étions heureux car nous l’avons bien vendue, mais aussi un peu tristes de la voir partir. Ludivine affirmait que c’était la Frankel parfaite, pas trop grande et que son mental était exceptionnel. Le jour de ses débuts, dans le Prix des Marettes, nous étions déçus car elle n’avait rien compris. Elle a fait mieux que se racheter depuis !

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

Je n’ai pas vraiment de technique particulière. Si la pression est bien réelle, il y a tout de même beaucoup de plaisir. Nous avons une bonne équipe et sommes bien organisés avec Ludivine et Alain Foucher qui s’occupent des yearlings. Toute la partie technique est bien rodée et cela enlève déjà un peu de pression. Le fait aussi qu’il y a ait les ventes d’octobre désormais permet d’éviter qu’une seule vente prenne trop d’importance. L’expérience emmagasinée permet également de relativiser et de mieux appréhender ce moment. Enfin, je pars toujours une semaine à la montagne pendant la préparation pour me vider la tête.

En cette année électorale, quelle est selon vous la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

Travailler sur le propriétariat et les parieurs me semble être les deux axes majeurs. En tant qu’acteurs des courses, nous avons également envie d’être rassurés par un plan à moyen terme. Sans être forcément d’accord avec ce plan, il nous permettrait d’avoir une vision sur les investissements à entreprendre, un peu comme ce qui a été fait au PMU. Cyril Linette a eu le mérite d’avoir exposé une stratégie, même si des ajustements sont à faire en cours de route. Je crois que c’est un peu ce qui manque à France Galop. Outre les deux axes que j’évoquais, avoir plus de transparence et d’explications vis-à-vis des acteurs des courses améliorerait aussi les rapports entre les différentes parties.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot Sexe Père Mère

23 M Galileo Steip Amach

25 M Muhaarar Suissesse

27 M Wootton Basset The Hunt Is On

35 F Teofilo With your Spirit

38 F American Pharoah Adeste Fideles

51 F Mastercraftsman Arosa

73 F Toronado Considerate

94 F Kingman Harem Lady

107 M Australia Kitty Matcham

141 M No Nay Never Painting

149 M Le Havre Purely Priceless

220 F Siyouni Alta Lilea

221 F Toronado Amarysia

231 F Charm Spirit Benzolina

255 F Lope De Vega Eldacar

257 M Fastnet Rock Engage

259 F Zoffany Every Time

267 M New Approach Galipette

296 F Wootton Bassett Loyale

312 M Scissor Kick Nehalennia

LES YEARLINGS DE LA V.2

Lot Sexe Père Mère

364 M Wootton Bassett Viva Espagna

396 M Alhebayeb Commute

398 F Bow Creek Cosquillas

403 F Wootton Bassett Darnella

456 M Scissor Kick Marron

466 M Scissor Kick My Year Is A Day

La course d’une vie. Nous avons demandé aux éleveurs de nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs.

Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez ici