TOUR DES HARAS - Jean-Paul Challet : « Il faut restaurer la confiance. Et pour cela, il ne faut pas changer les règles en cours de partie »

Élevage / 28.08.2019

TOUR DES HARAS - Jean-Paul Challet : « Il faut restaurer la confiance. Et pour cela, il ne faut pas changer les règles en cours de partie »

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont soumis un questionnaire aux haras qui présenteront des yearlings en septembre à Osarus. Cinquième épisode : Jean-Paul Challet du haras de Précolette (79).

Jour de Galop. – Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes de yearlings de La Teste ?

Jean-Paul Challet. – J’ai deux beaux poulains. La sélection est maintenant un peu resserrée par Osarus. Mais ça n’est pas plus mal. Je présente un fils de Pedro the Great (Henrythenavigator) un étalon qui fonctionne bien, avec une origine à la mode. Sa sœur [Mrs Dukesbury, ndlr] que nous avions vendue l’année dernière à Osarus, est revenue en France et s’est imposée à Pornichet. Elle est engagée dans le Prix du Lude à Craon et elle galope un peu. Quant au fils de Morandi (Holy Roman Emperor), il y a des personnes qui sont venues le voir. Il est très beau et appartient à la première production de yearlings de l’étalon. Sa mère produit bien.

Avez-vous un coup de cœur ?

J’aime bien les deux, ils sont très différents.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

C’est une catastrophe. Je ne fais pas de catastrophisme. Cela fait quarante ans que je suis dans les courses, que j’élève. Tout ce qui est haut de gamme se vend plus cher. Ce n’est pas toujours bon signe. Le marché des yearlings est un peu comme le marché de l’immobilier. Le fait que cela se passe très bien à Paris et dans les grandes villes, ne signifie pas que le marché de l’immobilier est tonique. C’est faux ! Nous sommes dans une bulle. Dans les chevaux, il y a plusieurs marchés. En dessous de 15.000 €, il n’y a pas trop de demandes, même pas du tout, pour les yearlings. C’est fini le temps où je vendais toute ma production sans problème. En novembre, quatre poulains sont partis pour le Kazakhstan. J’ai rattrapé une No Risk at All (My Risk) au dernier moment. Elle est passée au Show Lumet cette année et elle a été vendue à David Cottin. Le vrai problème, c’est l’absence de propriétaires français dans le bas de gamme. Ma vocation n’est pas d’élever pour faire courir. J’ai élevé Graignes (Zoffany) qui est un très, très bon cheval. Sa sœur passera en vente à Arqana au mois d’octobre et j’espère qu’elle se vendra bien. Les primes à l’éleveur supprimées pour les chevaux de 5ans et plus, c’est une honte. Le marché est difficile et ça n’encourage pas les petits éleveurs.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente de yearlings de La Teste ?

Il n’y a pas de particularités. Ils sont en concurrence avec la v.2 d’Arqana de Deauville. Ce qui est formidable, c’est qu’ils amènent de plus en plus d’acheteurs venant de l’étranger.

Ce n’est pas forcement l’objectif de voir nos poulains partir à l’étranger car nous ne sommes pas sûrs de toucher les primes. Mais tant qu’ils restent en Europe, c’est bien.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour cette vente de La Teste ?

Le yearling idéal est celui qui est sélectionné par Osarus parce qu’ils ont une vision du marché qui est bonne, ils progressent chaque année. Pour moi, il n’y a pas de yearlings parfaits dans une vente. La vente Osarus progresse, ils ont de bons résultats. Mais il ne faut pas penser que l’on élève des chevaux pour faire des 2ans de première partie de l’année. C’est une erreur.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

J’ai des juments avec des ascendances Aga Khan. Elles sont très sélectionnées du point de vue du physique. Je suis l’un de ceux qui ont soutenu les syndications d’étalons en France, comme Siyouni ou No Risk At All. C’est comme cela que l’on améliore son cheptel. Merci à l’Aga Khan d’avoir ouvert la syndication de ses sires. Je suis persuadé que les meilleures juments sont celles qui n’ont pas trop souffert en course. Mes meilleurs résultats ont été obtenus avec celles qui n’ont pas ou peu couru. La mère de Graignes n’avait pas un papier très important par exemple.

Qui est le jeune étalon (premiers yearlings) en qui vous croyez le plus ?

Je ne m’enthousiasme pas car, en définitive, il faut attendre de voir les premiers produits à 2ans. Nous donnons trop d’importance à des météores. Mais je crois à certains pedigrees, certains modèles.

HARAS DE PRÉCOLETTE

79510 COULON

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

Je n’en ai pas vraiment. Graignes était tonique. J’avais aussi élevé un fils de Siyouni qui est arrivé en valeur 40. Chaque année, nous avons un gagnant ou placé de Listed ou de Groupe. À l’élevage, nous voyons bien les chevaux qui ne nous posent pas de problème. Nous vendons les yearlings du mois d’août par l’intermédiaire du haras de Grandcamp. Et dans les autres ventes, nous les présentons nous-mêmes.

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

J’ai 74 ans, j’en ai vu d’autres ! Nos chevaux sont bien préparés. Au haras de Précolette, les gens peuvent acheter pour des sommes raisonnables en sachant qu’ils auront des chevaux qui vont gagner des courses.

En cette année électorale, quelle est, selon vous, la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

Il faut restaurer la confiance. Et pour cela, il ne faut pas changer les règles en cours de partie, comme ils l’ont fait pour les primes à l’éleveur. Ça n’a pas de sens. Il faut des dirigeants audacieux et courageux. Il faut aussi que le trot et le galop s’entendent mieux car c’est un attelage à trois qui ne fonctionne pas forcément. Je pense qu’il faut à la fois défendre le trot, le plat, l’obstacle… et ceux qui font vivre les courses : les petits ! Notre système repose sur un maillage. Cela fait partie du patrimoine. Il faut bien comprendre que tout se passe d’abord en province. Il faut vraiment aller vers les pouvoirs publics avec ces arguments. Nous créons et défendons des emplois et participons à l’aménagement des territoires. Je défendrai nos hippodromes provinciaux et parisiens. Je trouve d’ailleurs qu’il est anormal que France Galop ne trouve pas une solution pour sauver Maisons-Laffitte. Cela fait aussi partie du patrimoine ! Il y a un vrai problème dans la gouvernance des courses à l’heure actuelle. J’ai été administrateur de France Galop à l’époque de Jean-Luc Lagardère et cela fonctionnait différemment. Je suis président d’honneur de la Société des courses de Niort et nous avons un hippodrome qui est complet. Il faut que chaque hippodrome de France Galop ait sa propre animation, son propre centre de profits… À Niort, nous avons plus de 100 bénévoles avec cinq réunions par an. Nous leur consacrons une soirée par an en février. Quand je vois que la journée des bénévoles a été supprimée pour des questions budgétaires… Il ne faut pas oublier que les courses vivent grâce à eux, grâce à la base de la pyramide, aux petits éleveurs, aux petits propriétaires et aux chevaux de valeur handicap. Grâce à cela, on peut avoir de bonnes dotations pour les grandes courses. Ce n’est pas par hasard si les Anglais et Irlandais viennent courir chez nous. Nous avons la concurrence du loto et de plein d’autres choses. Les cartes seront-elles rebattues à la fin de l’année ? Je n’y crois pas. Nous n’arrivons pas non plus à intéresser des chefs d’entreprise à la vie des courses ou, du moins, pas assez.

LES YEARLINGS DE LA VENTE DE SEPTEMBRE A LA TESTE

Lot Sexe Père Mère
26 M Pedro the Great Sunshinesonleith
## M Morandi Elusive Feeling