Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TOUR DES HARAS - Jean-Pierre de Gasté : « N’ayons pas de complexe vis-à-vis de l’Angleterre, un bon yearling à Deauville se vendra plus cher qu’à Newmarket, car il sort vraiment du lot »

Élevage / 14.08.2019

TOUR DES HARAS - Jean-Pierre de Gasté : « N’ayons pas de complexe vis-à-vis de l’Angleterre, un bon yearling à Deauville se vendra plus cher qu’à Newmarket, car il sort vraiment du lot »

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Vingt-sixième épisode : Jean-Pierre de Gasté, du haras de Gouffern.

Jour de Galop. – Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ? 

Jean-Pierre de Gasté. – De par l’association avec Taylor Made Sales, nous avons une moitié de chevaux nés en Europe et l’autre aux États-Unis. Nous avons donc un lot un peu différent de ce qui est proposé ailleurs. Nous tenions beaucoup à ce qu’il y ait des chevaux européens dans notre lot. L’objectif est de continuer dans ce sens et, petit à petit, d’étayer notre lot par les contacts que l’on crée aux États-Unis, où nous tâchons de convaincre les vendeurs américains qu’il peut être très intéressant de vendre des yearlings en France, comme cela se fait de plus en plus pour les breeze up, mais pas encore pour les yearlings. Jusqu’à présent, les seuls yearlings américains qui étaient vendus en France étaient du fait d’éleveurs français qui achetaient des juments pleines aux États-Unis. Pour en revenir à notre objectif, il est d’essayer d’amener des yearlings des États-Unis qui correspondent au marché européen, avec du papier européen, comme c’est le cas du lot 92 par Giant’s Causeway (Storm Cat). Il s’agit d’une famille française, on retrouve Linamix (Mendez) comme deuxième père de mère. Il offre vraiment des garanties de réussite sur le gazon.

Haras de Gouffern

63310 Silly-en-Gouffern

Avez-vous un coup de cœur ?

Il est difficile de sortir un yearling de ce lot très plaisant. Ils ont chacun leur particularité, ils ont tous du papier, ils sont issus d’excellentes familles. Ce sont vraiment quatre types de poulains différents.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

Le marché des yearlings en une dizaine d’années a connu de très grandes évolutions, et ce depuis qu’Arqana existe. C’est devenu beaucoup plus international. Les résultats des ventes s’améliorent d’année en année. Cette saison, on a vraiment eu un feu d’artifice de gagnants de Groupe au niveau international vendus par Arqana. Même s’il s’est internationalisé, le marché est encore sous-estimé au niveau européen. Beaucoup d’éleveurs, d’entraîneurs et de propriétaires européens considèrent que ce n’est pas un marché suffisamment professionnel. Or, et d’après les résultats, c’est un marché qui sort beaucoup de gagnants. Ce point est très intéressant. Plus largement, au niveau international, cela évolue énormément aussi. Le haut du panier se vend de plus en plus cher et il est de plus en plus demandé. En revanche, le milieu de gamme baisse beaucoup au niveau de la demande. C’est donc un marché qui se professionnalise de plus en plus, qui est très exigeant et qui nécessite d’avoir de très bons animaux avec du papier. Personnellement, j’ai un grand regret. Je trouve qu’il n’y a pas assez de promotion – je ne parle pas seulement de publicité – faite par Arqana au niveau des résultats de ces ventes, notamment cette année, où les résultats sont exceptionnels. Quand on voit la promotion de Tattersalls, qui se proclame meilleure agence en Europe, et quand on voit les résultats de Deauville, au niveau des Grs1 remportés, je ne suis pas sûr que Tattersalls soit réellement la meilleure agence en Europe. Il ne faut pas que l’on ait de complexe vis-à-vis de l’Angleterre. Un bon yearling à Deauville se vendra plus cher qu’à Newmarket, car il sort vraiment du lot. C’est l’une des raisons pour lesquelles je crois que le marché de Deauville est meilleur pour les vendeurs que celui de Tattersalls.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

Certes, c’est une vente qui arrive un peu tôt dans l’année, mais c’est une vente qui est désormais établie. Il s’agit d’un passage obligé pour les étrangers, qui viennent surtout pour l’ambiance. Ils ne s’y rendent pas que pour trouver de bons chevaux : ils viennent car Deauville fait partie des meetings qui sont très prisés au niveau international. Il faudrait inverser cette tendance, qu’ils aient d’abord à l’esprit qu’ils peuvent trouver des bons chevaux à Deauville et ensuite que l’ambiance s’y révèle agréable.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

Tout simplement, un yearling avec un bon pedigree et un beau modèle. Autrefois, on disait que pour Deauville, il fallait un très beau mâle. Aujourd’hui, cela n’a plus rien à voir. Désormais, il faut une très belle pouliche, très bien née et splendide au modèle. Comme dans tous les marchés nationaux, ce sont les meilleurs qui se vendent, et puis c’est tout.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

Les familles évoluent énormément. Au fil du temps, vous avez des familles maternelles qui ressortent et qui viennent sur le devant de la scène. En ce moment, une des grandes familles maternelles, c’est la famille de Souk (Ahonoora). Vous avez un nombre exceptionnel de gagnants qui sortent chaque année de cette famille, par exemple Channel (Nathaniel) et Magic Wand (Galileo). C’est également la famille de Prudenzia, Chicquita, Magical Romance. Cette famille explose complétement, elle a été très bien mise en valeur par les Monceaux, mais même en dehors d’eux, elle réussit totalement. De cette famille que j’adore, nous avons un yearling par The Gurkha, le 184. Il est très plaisant, fait en miler et marche de façon remarquable.

Qui est le jeune étalon en lequel vous croyez le plus ?

Il y a deux jeunes étalons que j’aime bien. Évidemment Shalaa (Invincible Spirit), qui représente le potentiel de réussite. Il était très bon à 2ans, il est par Invincible Spirit et il est vite et précoce, ce qui correspond exactement à ce qui marche actuellement. L’autre c’est Belardo (Lope de Vega) car il représente la lignée de Giant’s Causeway, Shamardal et Lope de Vega. Cette lignée paraît extrêmement vivante. C’est toute la branche de Storm Cat de Northern Dancer qui a l’air de faire particulièrement bien en Europe. Et justement, nous avons un yearling par Giant’s Causeway qui représente cette lignée. Je ne serais pas surpris que Belardo produise bien.

Parmi les chevaux qui ont traversé votre carrière, lequel vous a le plus marqué ?

Deux chevaux m’ont marqué. L’un, je l’ai élevé, c’est Big Buck’s (Cadoudal), qui a été un cheval absolument exceptionnel. Quelque peu méconnu en France, mais en Angleterre, les gens ont les yeux qui s’écarquillent quand ils entendent son nom, c’était LA star. L’autre, c’est Premium Tap (Pleasant Tap), que j’ai acheté pour le roi Abdallah d’Arabie Saoudite. Son entourage n’était pas partant du tout pour que je l’achète, quand même assez cher, mais j’y croyais dur comme fer et j’ai beaucoup insisté. Il s’est révélé le meilleur cheval qui ait jamais couru en Arabie Saoudite. En plus, comme étalon, il produit très bien là-bas.

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

Après quarante ans de métier, je suis devenu insensible au stress des ventes. Je prends sur moi. Mais à titre de comparaison, cela est de tout de même plus stressant de vendre des chevaux que d’en acheter. Lorsque l’on achète, on est maître de la situation, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on vend, où la pression de la réussite est très importante. Vous avez trois années de travail qui se concrétisent en deux minutes, c’est un véritable couperet.

En cette année électorale, quelle est, selon vous, la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

La question est extrêmement vaste. On pourrait en parler des heures. Nous avons déjà de la chance, car tout le monde a un avis. Un point me paraît pourtant très important et n’a pas été très évoqué jusqu’à présent. Il s’agit de la parité trot-galop. Le PMU a été créé par le galop et a depuis été partagé entre le trot et le galop. Au départ, il y avait trois disciplines, le trot, l’obstacle et le plat. Ensuite, sous François Mitterrand, Jean-Pierre Launay, le directeur des Haras nationaux, a imposé, en 1983, la parité entre le trot et le galop. Actuellement, cette parité est la clé de l’entente entre le trot et le galop. On entend cependant de plus en plus souvent une remise en cause de cette parité par le trot, qui considère que, comme ils ont beaucoup plus de naissances, ils doivent avoir un pourcentage de courses et de revenus supérieur. On entend donc une parité 45-55, ce dernier en leur faveur. Si au galop, nous ne nous arc-boutons pas sur cette parité à 50-50 et si nous sommes prêts à céder, nous allons complètement disparaître d’ici 30 ans, car il n’y a aucune raison pour qu’après, nous ne passions pas à 40-60, puis 35-65… Cet élément est essentiel à mes yeux.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot Sexe Père Mère
92 M Giant’s Causeway Grey Lina
159 M Gutaifan Sakarya
184 M The Gurkha Skimmia
281 M Iffraaj Imperialistic Diva


La course d’une vie.
Nous avons demandé aux éleveurs de nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs.

Pour voir la vidéo de l’interview, rendez-vous dans les pages de JDG.