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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TOUR DES HARAS - LE HARAS D’HASPEL - José Delmotte : « Si j’avais les moyens, je suivrais les traces de monsieur Yoshida »

Élevage / 14.08.2019

TOUR DES HARAS - LE HARAS D’HASPEL - José Delmotte : « Si j’avais les moyens, je suivrais les traces de monsieur Yoshida »

TOUR DES HARAS

LE HARAS D’HASPEL

61550 TOUQUETTES

José Delmotte : « Si j’avais les moyens, je suivrais les traces de M. Yoshida »

Comme chaque année, les journalistes de JDG visitent les haras qui présenteront des

yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire sur leurs lots 2019. Vingt-septième épisode : José Delmotte, du haras d’Haspel.

Jour de Galop. - Comment jugez-vous votre lot pour ces ventes d’août ?

José Delmotte. - Sincèrement très bien. De beaux modèles, de belles têtes, des origines sympas et avec tout ça, nous sommes capables de faire de belles choses au mois d’août.

Avez-vous un coup de cœur ?

Il y a en un qui se détache un peu plus car il a pour lui un peu plus de papier que les autres. C’est un fils de New Approach, premier produit d’une jument black type. En plus de cela, il a un super physique. Mais sincèrement, je suis globalement satisfait de l’ensemble du lot.

Comment jugez-vous l’état du marché des yearlings actuellement ?

C’est un marché de millionnaires. Et nous, nous sommes tout petits dans ce monde de millionnaires. Et c’est un marché qui s’est créé à peu près en même temps que l’écurie des Monceaux et qui est devenu très sélectif. Henri Bozo a eu le nez fin, il a su emmener avec lui des gens qui avaient le moyen de le faire et au bon moment. Devenu de plus en plus sélectif et financier, l’investissement a été multiplié par dix en cinq ans. Par conséquent, pour arriver sur ce marché et pouvoir réaliser avec des gens qui réussissent au quotidien comme les Monceaux, il faut avoir de très très gros moyens, sinon on est inexistants. La clientèle française, celle qui ne peut se payer le marché d’août, a été éliminée et là, on n’a plus que la clientèle étrangère. Et quand je dis "étrangère", je parle de celle qui vient des pays du Golfe, qui désormais ont leur propre haras. On le voit car le Qatar achète beaucoup moins. Concernant le cheikh Mohamed Al Maktoum, ce n’est pas tout à fait pareil, il fait plus de mécénat. Lui et son frère dépensent 450 M$ par an, alors qu’ils ont mille poulinières, donc c’est uniquement pour soutenir leurs étalons et le marché. Je ne pense donc pas que le marché va progresser, mais les places vont devenir de plus en plus rares. Pour arriver sur ce marché d’août, il va falloir de plus en plus d’argent pour investir sur l’achat de poulinières ou de saillies de très haut de gamme.

Quelles sont, pour vous, les particularités de la vente d’août ?

Je ne vais faire que répéter ce qu’ont dit les autres éleveurs dans vos précédents numéros : c’est Deauville. Ensuite, c’est une vente qui arrive tôt dans l’année et puis c’est la première vente de yearlings et cela ne me plaît pas. Je préfère être rassuré par ce qu’il s’est passé avant dans l’année. Elle intervient à cette période car le calendrier est étroit, mais il faut reconnaître qu’Arqana a développé un très beau produit. Cependant, ce n’est pas une vente très facile à cause de toutes ces exigences : tôt dans l’année, avec des chevaux qui ne sont pas aptes à encaisser le travail qu’on leur demande. Il faut savoir qu’une préparation représente du travail pour un cheval. On voit souvent de la casse, un cheval qui reste sur le carreau et qu’on n’a pas pu présenter car il n’a pas supporté la préparation. Et nous sommes obligés de les préparer car c’est une vente tellement sélective qu’un poil de travers suffit à ne pas vendre. C’est un bon marché mais très compliqué parce qu’il faut avoir le bon produit qui accepte cette préparation et qui est le bon papier, le bon étalon, la bonne mère.

Comment décririez-vous le yearling idéal pour la partie sélectionnée ?

Il faut une très bonne mère qui ait mis bas très tôt avec un étalon à la mode, donc n’ayant jamais produit… Bizarrement, c’est ça qui est à la mode. Alors pour en revenir à votre question, il faut qu’il soit un peu plus précoce que les autres, qu’il soit né un peu plus tôt que les autres et puis qu’il accepte ce travail.

Quelle famille maternelle vous fait particulièrement rêver ?

Ce ne sont pas elles qui m’intéressent mais l’avenir. Ce sont les jeunes pouliches issues de ces familles-là qui feront les familles et non l’arrière-grand-mère... Ce qui me plairait vraiment, ce serait de m’appeler M. Yoshida car quand je vois ces poulinières, tout ce qu’il a investi chaque année depuis dix ans, je me dis qu’à un moment ou à un autre ce sera le Abdullah mondial. Si j’avais les moyens, je suivrais les traces de M. Yoshida, pour lequel j’élève par ailleurs et pour qui il est très agréable de travailler.

Quel est le jeune étalon en qui vous croyez le plus ?

Territories (Invincible Spirit). Je préfère soutenir des étalons dont j’ai des parts. Ce que j’ai vu de Territories m’a conforté dans mes choix.

Parmi les chevaux qui ont été préparés par vos soins, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

J’ai un cheval de cœur, il s’appelle Lucky Harry (Equerry). J’avais acheté la mère, par Highest Honor, à Arqana, et il a dû gagner une trentaine de courses. Il court encore aujourd’hui à 12, 13ans en Guadeloupe. Il avait un niveau de Listed. On a aussi la chance d’élever des chevaux qui valaient mieux que ça mais lui, il a une histoire sympa à ce genre de ventes.

Quel est votre secret pour gérer la pression à la veille de ce rendez-vous majeur ?

Je n’ai aucune pression. Je pars en me disant : on verra ce qu’il se passe. Tout dépend du marché. On a fait ce qu’il fallait faire avant, on a investi pour réussir à avoir des produits dignes d’être présentés. Et puis j’ai de la chance, je suis épaulé par ma fille et mon gendre. La pression, je l’ai peut-être un tout petit peu quand le cheval passe sur le ring, mais pas avant.

En cette année électorale, quelle est selon vous la mesure la plus urgente à prendre pour la bonne santé des courses françaises ?

Ma réponse est simple, et avant tout je précise que je n’ai aucun problème avec les dirigeants de France Galop ; je ne les connais pas. Existe-t-il dans le monde une seule société pouvant perdre autant d’argent si longtemps et en gardant à sa tête le même président ? Afin de réussir à relancer notre activité et le PMU, il faut trouver un manager, un vrai, pas un coopté qui aura tenu des promesses aux uns et aux autres quelques semaines avant les élections. Sortons de la cooptation pour redevenir gestionnaires. Un exemple, Longchamp est loin d’être une réussite, pour un professionnel de l’immobilier comme moi, et tout le monde le dit. Et il y a bien d’autres incohérences. Cette présidence a eu combien de mandats ? Sur ces mandats, combien de fois la société a-t-elle gagné de l’argent ? On me dira que c’est à cause des circonstances extérieures, il faut arrêter avec cela. Les circonstances sont internes. La première impulsion nécessaire est de trouver le bon dirigeant.

Il faut peut-être laisser le système tel qu’il existe en place pour gérer le régalien (programme, commissaires…) et créer des structures différentes qui seront confiées à de vrais dirigeants qu’il faudra très bien rémunérer afin d’attirer des pointures. Ils seront jugés uniquement sur leurs résultats, et non sur la possibilité d’aménager le rond de présentation d’un tel, ou les balances pour l’autre.

On va me trouver sévère, défaitiste, critique, mais je me répète, je n’ai rien contre les personnes en place, mais les résultats de France Galop sont catastrophiques. Demandez à un éleveur, un entraîneur, un transporteur, un courtier : s’il ne peut pas payer les factures avec l’argent qu’il fait gagner à son entreprise, c’est la faillite. Donc France Galop est en faillite ! Dans ce cas, aux tribunaux de commerce, c’est le dirigeant qui est poursuivi et bien souvent lourdement sanctionné, voire déchu de ses droits.

Mon plus grand souhait, c’est que France Galop fonctionne, il en va de la survie de notre filière, et de milliers d’emplois.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot Sexe Père Mère

59 M New Approach Baroness Daniela

266 M Intello Galaxie des Sables

323 F Iffraaj Primaprima

LES YEARLINGS DE LA V.2

Lot Sexe Père Mère

446 M Outstrip Living Art

453 F The Wow Signal Maréchale

478 F Pedro the Great Private Riviera

La course d’une vie. Nous avons demandé aux éleveurs de nous commenter LA course qui a le plus marqué leur carrière, en nous décrivant l’histoire du cheval qui portait tous leurs espoirs.

Pour voir la vidéo de l’interview, cliquez sur l’image