Vichy et Montluçon à la pointe de la prise en charge des commotions cérébrales

Courses / 27.08.2019

Vichy et Montluçon à la pointe de la prise en charge des commotions cérébrales

Suite à la tribune de Felix de Giles, le docteur Thierry Chereau, responsable des services médicaux des hippodromes de Vichy-Bellerive et de Montluçon Néris-les-Bains, nous a expliqué de quelle manière les blessés étaient gérés sur les sites dont il s’occupe, mais aussi la façon de détecter la commotion cérébrale.

Comment se passe la prise en charge des blessés sur un hippodrome ? « Nous travaillons en permanence pour améliorer la sécurité et la prise en charge des blessés. Depuis quinze ans, nous médicalisons les sports mécaniques sur les circuits. L’idée a été d’apporter à l’hippisme ce que l’on réalisait déjà sur ces circuits automobile et moto en termes d’équipements, de compétences et de procédures. Intervenir sur un motard qui est tombé est assez comparable à secourir un jockey qui a chuté. Depuis une dizaine d’années à Vichy, mais également à Montluçon, nous avons mis en place tout un processus. Nous intervenons avec un véhicule médical équipé comme une voiture de SMUR. Une à deux ambulances sont également présentes. Cela nous permet d’avoir une grande réactivité car, sur un hippodrome, il y a beaucoup de choses qui se passent, sur la piste, dans les écuries et le public. Depuis quelques années, nous avons rédigé un cahier avec toutes nos procédures, dont la prise en charge des blessés. Sur les hippodromes, comme sur les circuits, pour les polytraumatisés, notre stratégie est de les médicaliser "solidement" et ensuite de les orienter, souvent par hélicoptère, sur les Trauma-Centres Régionaux. Leur prise en charge immédiatement pluridisciplinaire y est recommandée. À Vichy, nous disposons d’une zone dédiée à l’accueil de l’hélicoptère. Le nombre de nos ambulances sur les réunions est imposé par le guide de la sécurité de France Galop. Avec le docteur Le Masson du service médical de France Galop, depuis presque quinze ans, nous travaillons très étroitement. Vichy est un peu une sorte de laboratoire qui aime faire remonter ses expériences.  En 2015, nous avons, à notre niveau, participé à l’actualisation du guide de la sécurité des hippodromes. Il a permis une mise en place mieux définie des moyens médicaux, et des différents secours sur les hippodromes.

Un test d’évaluation plus complet pour la prise en charge du trauma crânien. « Depuis le début des années 2000, nous prenons attentivement en compte la commotion cérébrale dans le cadre des compétitions hippiques. Mais il y a eu tellement de progrès faits au rugby, au hockey sur glace ou dans le football américain, qu’il y a des consensus et des recommandations qui se sont récemment dégagés. Nous avions jusqu’à présent le Jockey Test, pour dépister la commotion cérébrale. Son seuil de sensibilité devait évoluer. C’est pour cela que, sur l’hippodrome de Vichy, nous développons depuis le début de la saison 2019 le T.C. Jockey, pour Trauma-Crânien Jockey, qui s’appuie sur certains éléments du Jockey Test existant et d’autres, nouveaux, du SCAT5 (Sport Concussion Assessment Tool 5e édition) lui-même référence internationale de la prise en charge de la commotion cérébrale. »

Pour accéder au TC Jockey, cliquez ici

http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/Traumastime.pdf

Une constante actualisation autour de la commotion cérébrale. « Actuellement, sur les circuits de Nevers-Magny-Cours et du Mans, nous réalisons une étude sur toutes les chutes de motos. Nous étudions, par l’intermédiaire d’un test de dépistage spécifique, toutes les survenues de commotions cérébrales et leurs évolutions médicales. C’était l’occasion pour nous de réactualiser notre pratique par un nouveau test adapté aux hippodromes. Le monde médical en général a longtemps sous-estimé la commotion cérébrale, sauf certains spécialistes précurseurs. Car celle-ci n’entraîne pas forcément de perte de connaissance ou de signes cliniques spectaculaires. Elle peut être fugace, se montrer pendant quelques secondes et disparaître totalement. Il faut néanmoins la prendre en charge. Elle peut parfois se manifester à retardement, d’où la nécessité de bien expliquer au patient de revenir consulter si certains signes apparaissent. De plus, même un fort traumatisme à un autre endroit que la tête peut entraîner une commotion cérébrale par torsion cervicale ou par la propagation d’ondes de chocs indirectes. Cela n’est donc pas toujours facile de la détecter, d’où l’importance d’un dépistage très exigeant. »

De l’importance de la prise en charge des commotions. « La deuxième conséquence immédiate, outre la santé, c’est le fait qu’un jockey qui a une commotion cérébrale peu visible peut sembler apte à remonter à cheval. Or si la commotion existe, il y a un risque d’accident parce que le jockey pourra ne pas avoir les réflexes suffisants ou la capacité de prendre la bonne décision dans une situation complexe de course. Toute commotion cérébrale doit donc être médicalement prise en charge et le patient placé au repos, aussi bien intellectuel que physique. Si elle ne l’est pas correctement, les risques sont de ralentir la guérison et même d’être le terrain de pathologies neurologiques chroniques secondaires. Il faut vraiment se mobiliser pour la dépister et inciter ceux qui la subissent à la prendre en considération et à se soigner. Nous relayons aussi par affichage, auprès des professionnels, une campagne organisée par le Comité national olympique et sportif français : "La commotion cérébrale en pratique sportive". Souvent, les jockeys sont peu enclins à ce que l’on s’occupe d’eux médicalement après une chute, car ils ont d’autres préoccupations à ce moment-là que leur propre santé. Nous avons donc besoin d’en parler, de faire campagne, pour souligner l’importance de ce sujet pour eux. »