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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

À LA UNE - La compétition entre étalons, c’est bien plus qu’un combat entre Galileo et Dubawi

Courses / 18.09.2019

À LA UNE - La compétition entre étalons, c’est bien plus qu’un combat entre Galileo et Dubawi

Le week-end dernier, nous avons vécu l’équivalent hippique de "La Grande Bouffe". Avec pas moins de 19 Groupes, un peu partout en Europe, le menu était copieux. C’est le signe que nous sommes enfin entrés dans le dernier quart de la saison. Qui sont les pères qui tirent leur épingle du jeu ?

Par Franco Raimondi

À cette date, 332 des 435 courses qui donnent droit au titre de "gagnant de Groupe" ont déjà livré leur verdict. C’est le bon moment pour établir un premier bilan – provisoire – de la réussite des étalons. Qui a progressé ? Qui s’est effondré ? Et surtout, à quoi ressemble la photo de famille de l’élevage européen au 18 septembre 2019 ? Pour tenter de répondre à ces interrogations, j’ai le plaisir de vous proposer le classement des étalons selon le nombre de gagnants de Groupe… car en se basant sur les autres critères, 2019 ressemble à une photocopie des années précédentes.

Shamardal fait sensation. Galileo (Sadler’s Wells) est largement en tête par les gains avec 12,5 millions d’euros. Il devance – dans l’ordre – Sea the Stars (Cape Cross), Dubawi (Dubai Millennium) et Shamardal (Giant’s Causeway) qui sont à la lutte. Pour dépasser le taulier, il faudrait cumuler les gains des trois derniers cités ! Kodiac (Danehill) est le leader selon le nombre de gagnants (142) et de victoires. Mais ça, c’est de la statistique pure. Concentrons-nous sur les Groupes en Europe. Galileo figure en tête avec 18 lauréats et avec un avantage confortable de six gagnants sur son fils Frankel (Galileo), mais aussi sur Dubawi, deux sires qui ont donné 12 gagnants. Shamardal vient ensuite avec 10 lauréats. Quatre étalons ont produit 10 gagnants de Groupe ou plus : il s’agit d’un véritable changement de scenario. L’année dernière, en fin de saison, ils n’étaient que trois : Galileo (25), Dubawi (17) et Frankel (10). Tout comme en 2017. Shamardal a donc intégré ce club très restreint. Et d’ici à la fin de la saison, il sera difficile pour tout autre étalon d’inscrire son nom dans ce groupe très select. Trois autres sires galopent sur la même ligne avec six gagnants : Siyouni (Pivotal), Sea the Stars et le jeune Kingman (Invincible Spirit). Six étalons comptent cinq gagnants. Sortir quatre gagnants de Groupe dans le dernier mois et demi de la saison sera très difficile car la compétition devient de plus en plus sélective avec les finales des grands meetings. Les malheureux qui n’ont pas encore trouvé leur course et les révélations de fin saison ne devraient pas peser bien lourd.

LES ÉTALONS EUROPÉENS SELON LE NOMBRE DE GAGNANTS DE GROUPES EN 2019

Rang Étalon  Naissance Père Total Ggts Groupes En Europe Ggt Gr1 Nouveaux gagnants 2019.
1 Galileo 1998 Sadler's Wells 21 18 9 12
2 Frankel 2008 Galileo 14 12 4 10
Dubawi 2002 Dubai Millennium 20 12 4 6
4 Shamardal 2002 Giant's Causeway 10 10 4 8
5 Siyouni 2007 Pivotal 6 6 2 3
Sea the Stars 2006 Cape Cross 8 6 4 3
Kingman 2011 Invincible Spirit 6 6 1 4
8 Le Havre 2006 Noverre 7 5 0 4
Lope de Vega 2007 Shamardal 6 5 2 4
Australia 2011 Galileo 5 5 0 5
Camelot 2009 Montjeu 5 5 0 4
Nathaniel 2008 Galileo 5 5 2 4
New Approach 2005 Galileo 5 5 0 4

Quand les Anglais et les Australiens ne sont pas d’accord ! Le chef de race de Coolmore a encore enrichi son palmarès avec neuf gagnants de Gr1 supplémentaires, dont sept ont remporté leur premier succès au top-niveau en 2019. Le coup de deux de dimanche au Curragh, avec les pouliches Love (Galileo) et Search for a Song (Galileo), lui permet d’atteindre un total 82 lauréats de Gr1. Galileo est à présent très proche du record de Danehill (Danzig). Il y a d’ailleurs deux manières distinctes d’appréhender ledit record.

Selon le Racing Post, il est de 84 gagnants. Alors que les Australiens l’annoncent à 89 pour l’étalon qui a changé la face de leur élevage. À l’époque où Danehill était en activité, les bases de données n’étaient pas aussi précises qu’en 2019. Et l’organisation du galop mondial était aussi très différente. Après quelques nuits de recherche, j’ai enfin découvert d’où vient la différence entre le chiffre annoncé par les Anglais et celui proposé par les Australiens. Ces derniers ont fort probablement tenu compte des succès dans les Grs1 locaux. Comme ceux de Scintillation (Danehill) et de King of Danes (Danehill) à Hongkong, ou celui de la pouliche Fine Motion (Danehill) au Japon. Toutes ces courses sont désormais des Grs1 en bonne et due forme, et ils sont reconnus en tant que tels au niveau international. Mais dans un passé pas si lointain… ce n’était pas le cas.

Il manque donc, au sens strict et réglementaire, seulement deux gagnants de Gr1 à Galileo. Mais si l’on fait preuve d’ouverture d’esprit, il lui en manque sept pour égaler Danehill ! Que l’on choisisse l’une ou l’autre des positions, c’est juste une question de patience. Les deux records vont tomber en 2020, avec l’aide de Danehill d’ailleurs, car il est le père de mère de 14 de ces lauréats de Gr1.

Frankel et Dubawi, le dead-heat. Revenons à notre classement et au dead-heat à 12 gagnants de Gr1 entre Frankel et Dubawi. Pour départager les deux, plusieurs options sont envisageables. Selon le nombre de nouveaux gagnants de Gr1 en Europe, Frankel, qui est représenté par quatre générations, est le leader général. Pas moins de 10 produits du crack de Juddmonte ont décroché le précieux sésame cette année. Et deux l’ont fait au niveau classique : Logician dans le St Leger, samedi, et Anapurna dans les Oaks. Dubawi, quant lui, avec 20 lauréats de Groupe, est à un seul gagnant de Galileo dans le classement mondial. L’étalon Darley peut compter sur sa forte présence à Meydan alors que Galileo et Frankel sont des européens purs et durs.

Shamardal et sa meilleure année. Il a frappé très fort cette saison, comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises dans ces colonnes. Nous avons notamment beaucoup parlé de ses 2ans Pinatubo (Shamardal) et Earthlight (Shamardal). Mais n’oublions pas Castle Lady (Shamardal) qui lui a permis de décrocher la Poule d’Essai des Pouliches. Et au final, il peut compter sur huit nouveaux gagnants de Groupe. Il y a un autre paramètre pour apprécier la réussite de Frankel et celle de Shamardal. L’étalon du prince Abdullah a 385 produits âgés de 2ans à 5ans, dont deux générations, les plus jeunes, qui dépassent de peu les 80 foals. Les éleveurs ont en effet attendu les premiers résultats en piste avant de lui renouveler fortement leur confiance. Shamardal n’a que 427 produits en âge de courir. C’est la conséquence de la décision de l’économiser et d’en faire un étalon privé de la famille Maktoum. Galileo – pour les mêmes générations – compte 553 sujets et Dubawi 500.

Siyouni, le meilleur français. Le premier français du classement est Siyouni avec ses six gagnants, dont trois sont des petits nouveaux et deux ont remporté un Gr1. Son score est vraiment exceptionnel si on considère une donnée importante : ses générations de 4ans et 5ans ont été conçues lorsque l’étalon de Son Altesse l’Aga Khan officiait à 7.000 €. Ses 3ans sont le fruit de saillies à 20.000 € et il est passé à 30.000 € pour la saison de monte qui donné ses 2ans actuels. Sea the Stars a eu des générations de 4ans et 5ans assez réduites – pour les mêmes raisons que Frankel – mais il conserve sa place parmi l’élite avec 6 gagnants de Groupe, dont quatre de Gr1 et trois qui ont décroché leur premier succès à ce niveau cette année. Les six lauréats de Kingman impressionnent. Quatre sont à mettre au crédit de sujets qui ont remporté leur premier Groupe cette année et Persian King ** (Kingman) lui a offert au passage un premier succès classique.

Le Havre en Europe et au Japon. Six étalons viennent ensuite avec cinq gagnants, dont Le Havre (Noverre). Parmi eux quatre sont flambant neufs et le score monte à sept si on comptabilise ceux décrochés hors d’Europe, par Rymska (Le Havre) aux États-Unis et Pourville (Le Havre) au Japon. Le jeune Australia (Galileo) – avec moins de 200 chevaux en âge de courir – atteint lui aussi les cinq lauréats de Groupe. Pour autant de premiers succès. Comme Camelot (Montjeu) d’ailleurs. Les deux fils de Galileo, Nathaniel et New Approach, sont au même niveau avec un avantage pour le père de la grande Enable (Nathaniel) qui a aussi la lauréate du Prix de Diane Channel. Lope de Vega (Shamardal), lui aussi à cinq gagnants, a par ailleurs produit deux lauréats de Gr1, Phoenix of Spain et Zabeel Prince.

Un gagnant de Groupe, c’est plus qu’un rêve. Les treize étalons dont nous avons parlé représentent un total de 100 gagnants de Groupe. Un chiffre qui peut paraître décourageant pour les éleveurs qui disposent d’un budget saillie limité. Certes, 100 gagnants c’est beaucoup. Mais il y a encore de la place pour les autres : parmi les étalons européens, 81 sires ont donné 114 lauréats de Groupe à l’international. La véritable difficulté, malgré la multiplication du nombre de courses black types, reste toujours de sortir lesdits gagnants de Groupe. J’ai une anecdote sympa, celle de l’Ingegner Vito Schirone. Ce grand dirigeant d’industrie – et petit éleveur sans sol – n’avait que deux ou trois poulinières. Il aimait m’inviter à manger d’énormes côtes de bœuf à midi pile…. ce qui est une torture pour un couche-tard. Un jour, il y a une quinzaine d’années, il m’a sorti une liste de tous les gagnants de Groupe en Europe et m’a dit : « Regardez bien, il y seulement – et environ – 400 courses sur ce papier. Pourtant, dans cette fameuse liste, il y a ma pouliche, Fanjica (Law Society). Pour moi, c’est plus qu’un rêve. » Gagner un Groupe, c’est quelque chose d’unique. Et c’est beaucoup plus qu’un simple jeu de statistiques…