Anthony Lecordier raccroche les bottes

Courses / 27.09.2019

Anthony Lecordier raccroche les bottes

Par Christopher Galmiche

Pendant plusieurs saisons, Anthony Lecordier a fait partie des meilleurs jockeys d’obstacle français. Mais, ayant du mal à retrouver des bons chevaux, après avoir subi de sérieuses blessures, il a préféré tourner la page. Sans aucune amertume. Retour sur une carrière bien remplie, riche de 220 victoires en comptant la Suisse, qui s’est lancée après un coup de foudre à Cagnes-sur-Mer…

Un déclic en Suisse. C’est après avoir monté Éclair (Apsis) dans le Grand Steeple-Chase d’Aarau en Suisse qu’Anthony Lecordier a pris la décision d’arrêter sa carrière. Son partenaire s’était alors classé sixième. « Je me suis dit que j’allais arrêter après avoir monté Éclair en Suisse, dans le Grand Steeple. J’ai vu ses limites. Il me restait trois courses avec lui, mais sans trop d’objectifs, donc j’ai préféré mettre un terme à ma carrière. »

Toujours à cheval. Anthony Lecordier a pris la décision d’arrêter, mais a conservé le rituel du matin, à savoir se mettre à cheval et procéder aux derniers réglages. « En ce moment, je m’occupe des chevaux d’obstacle de Mathieu Boutin. Nous avons une bonne équipe et ça ne se passe pas trop mal. Préparer les chevaux le matin est quelque chose qui me plaît, mais être entraîneur, ça ne me dit pas trop, vu la conjoncture actuelle. Ma carrière de jockey, c’est du passé, j’ai accompli de belles choses et je voudrais passer à autre chose. Pour le moment, j’ai une bonne place chez Mathieu Boutin et je m’y plais. »

Un premier Groupe pour Bernard Sécly. Si l’on rembobine le film de la carrière d’Anthony Lecordier, il faut aller au moins jusqu’au 26 novembre 2008. Nous sommes alors sur l’hippodrome d’Enghien. Le jeune Anthony Lecordier, apprenti, est en selle sur Townsville (Numerous) dans le Prix Général de Saint-Didier (Gr3) pour la casaque Scarisbrick, celle de Bog Frog et l’entraînement de Bernard Sécly. Et il va l’emporter ! Un grand moment, forcément : « Gagner mon premier Groupe en étant apprenti pour un homme comme Bernard Sécly, c’est magnifique ! Surtout qu’il était en fin de carrière. Je venais chez lui le matin pour travailler les chevaux, il m’a pris un peu comme premier jockey, m’a associé à de superbes sauteurs, de très bons chevaux, et m’a permis de gagner mon premier Groupe. C’était un grand plaisir. » Autre bon souvenir d’Anthony Lecordier, l’appel de Guillaume Macaire pour monter Roi de Trêve (Martaline) dans le Prix Congress (Gr2) 2011. Le couple était venu l’emporter tout à la fin pour la casaque Munir : « Roi de Trêve venait de débuter en gagnant au Pin-au-Haras. Avant la course, j’ai parlé avec les jockeys de Guillaume Macaire, qui m’ont expliqué comment était le cheval et je l’ai monté au feeling, en l’écoutant, et nous sommes venus gagner. C’ést un superbe souvenir. » Tout au long de sa carrière, Anthony Lecordier a pu s’asseoir sur de bons chevaux pour un grand panel d’entraîneurs et accumuler d’autres bons souvenirs : « J’ai eu pas mal d’autres bons souvenirs, notamment en gagnant des Quintés avec Attikos, Esplendido, Rescato de l’Oust, de bons serviteurs. J’ai été six ans le premier jockey de David Windrif. Nous avons vécu de belles histoires ensemble avec notamment Beyond Henry, qui a gagné deux Quintés d’affilée et a fini troisième du Prix Alain du Breil (Gr1). C’était de superbes moments avec David. »

La révélation à Cagnes-sur-Mer. C’est à Cagnes-sur-Mer qu’Anthony Lecordier a eu le déclic pour se lancer dans le métier de jockey. Pourtant, bien que "né pour sauter", il n’était pas programmé pour les courses au départ : « Mon grand-père et mon père étaient jockeys d’obstacle. J’ai commencé tard à vouloir devenir jockey parce que j’étais destiné au football à l’origine. Tout jeune, j’ai joué au PSG jusqu’en benjamins. Un jour, lorsque mon père a arrêté sa carrière, il a emmené des chevaux à Cagnes-sur-Mer pour mon grand-père, qui avait une société de transport de chevaux. J’étais en vacances et je suis venu avec lui. Lorsque nous sommes arrivés à Cagnes, il y avait une réunion de courses et les chevaux sont passés dans le tournant de la cantine. À ce moment-là, j’ai regardé mon père et je lui ai dit que c’était cela que je voulais faire. J’ai eu le déclic et, l’année suivante, je suis entré au Moulin à Vent. »

De Deauville à Chantilly. C’est à Deauville que tout a débuté, dans le monde des courses, pour le futur jockey Anthony Lecordier avant qu’il parte pour Chantilly : « J’ai appris à monter à cheval chez Philippe Van de Poële à Deauville car nous étions basés là-bas. C’est Loïc Michel, le garçon de voyage, qui m’a appris les bases et après je suis allé au Moulin à Vent. Pendant un an et demi, j’ai été au service d’Elie Lellouche. Ce dernier voyait que je commençais à prendre du poids sans trop pouvoir en perdre donc il m’a envoyé chez Jehan Bertran de Balanda. C’est pour lui que j’ai débuté en plat et en obstacle. Avant d’arriver à Chantilly, j’ai travaillé pour Bruno Jollivet, pour qui j’ai éclaté parce qu’il m’a appris beaucoup de choses. Puis j’ai collaboré avec Richard Chotard, avec lequel nous avons vécu de belles années avec Olga d’Arthel, Esplendido. J’étais toujours apprenti et il m’a toujours fait confiance. Je montais toutes les réunions, je faisais des gagnants et j’avais de plus en plus de chevaux à travailler le matin donc je n’avais plus trop le temps d’être à l’écurie. J’ai donc pris la décision de devenir jockey free-lance. »

À la conquête de la Suisse. La Suisse propose des épreuves d’obstacle tout au long de l’année et certains chevaux et jockeys français saisissent l’opportunité qui se présente à eux de briller dans ce pays. Bruno Jollivet, chez qui est passé Anthony Lecordier, l’avait fait. Tout comme ce dernier : « J’ai reçu un appel un matin et l’on me demandait si je voulais aller courir en Suisse car Andreas Scharer n’avait pas de jockey. C’était sur la neige à Saint-Moritz. J’y suis allé et j’ai gagné la préparatoire à la Grande Course de Haies. Je devais revenir le week-end suivant, j’ai regagné puis j’ai enlevé la bonne. J’ai gagné les deux préparatoires et la Grande Course de Haies à Saint-Moritz. Après, j’ai eu mon ticket pour la Suisse pendant six ans. »